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CHAPITRE VI

Causes et mécanisme des déviations de la taille. — Les déviations « de croissance ». — Exercices d’orthopédie préventive. — L’orthopédie dans la famille.

Causes et mécanisme des déviations de la taille.

La direction de la « taille » est déterminée par celle de la •colonne vertébrale, longue tige osseuse formée de la réunion des vertèbres. On sait comment ces vertèbres, os courts et de forme irrégulièrement cubique, sont empilées les unes sur les autres, et unies par un système de ligaments qui ne leur permet entre elles qu’une mobilité très restreinte. Les déplacements que peuvent subir les vertèbres, les unes par rapport aux autres, étant extrêmement limités, il en résulte une certaine solidarité de toutes les parties constituantes de la tige vertébrale, dans l’exécution des mouvements.

11 importe, pour comprendre le mécanisme des déviations, de se rappeler que les mouvemen's du tronc quels qu’ils soient ont toujours leur origine dans l’ensemble de la colonne vertébrale, et jamais sur un point nettement limité comme on l’observe pour ceux du membre inférieur, par exemple, qui ont leur centre dans l’articulation de la hanche ou du genou. Les mouvements de la colonne vertébrale sont toujours des déplacements d’ensemble nécessitant la mobilisation de plusieurs articulations à la fois.

Il resuite de la disposition des vertèbres, que chaque changement d attitude du buste ne modifie pas seulement

L’APPLICATION DU TUAITEMENT.

la direction clii bras levier représente par la colonne vertébrale, mais en modifie aussi la forme. Dans tous les mouvements, la tige osseuse se ploie et se contourne comme le ferait une baguette llexible et souple. Elle ne peut se lléchir en avant ou en arrière, à droite ou à gauche, sans se courber en forme d’arc; elle ne peut pivoter sur elle-même* sans se tordre en spirale.

Les déformations de la taille ne sont autre chose que lapersistance anormale, à l’état de repos, de ces modifications de forme qui ne devraient se produire que pendant les mouvements.

Ces déformations peuvent se présenter sous un certain nombre de types qui répondent à chacun des déplacements physiologiques observés dans la colonne vertébrale quand elle se meut. La déformation peut reproduire l’attitude de la flexion en avant : c’est alors la courbure à concavité antérieure ou cyphose; elle peut correspondre à la flexion en arrière; c’est la courbure à concavité postérieure ou lordose; ou bien à la flexion latérale : c’est la courbure à concavité droite ou gauche, appelée scoliose. Enfin, la déformation peut rappeler l’attitude des vertèbres dans le mouvement de rotation du tronc autour de son axe vertical, et on a alors affaire à la torsion de la colonne vertébrale, déformation qui accompagne toujours, ainsi que nous le verrons, la scoliose.

Pour bien comprendre le mécanisme des déformations rachidiennes, il faut aussi se rappeler le mode de fixation des diverses pièces qui composent le rachis. Elles sont en contact d’une part par des surfaces articulaires lisses, et réunies par de très solides ligaments interosseux et péri-articulaires. Ces moyens d’attache suffisent pour unir les vertèbres entre elles, mais ils ne suffiraient pas pour les maintenir dans la position respective d’on résulte l’attitude verticale du buste. En elfet, quand le corps est debout, chafiuc vertèbre sup-

porte un poids considérable représenté, d’abord par l’ensemble des vertèbres situées au-dessus d’elles, puis par toutes les parties dures ou molles auxquelles la colonne vertébrale sert d’attache ou de support: les viscères abdominaux, les membres supérieurs, le thorax, la tête.

Chaque vertèbre est soumise ainsi à une très forte pression de haut en bas dont l’exagération tendrait à l’écraser, et tendrait aussi à la déplacer suivant une direction tangente, comme serait déplacé un noyau de cerise pris entre la pression du doigt et la résistance d’un plan solide. En outre, quand cette pression se répartit inégalement sur la surface de la vertèbre et se localise sur les bords, par le fait des attitudes ou des mouvements, elle tend à la faire basculer, soit en avant, soit en arrière, soit de côté, suivant le sens de déplacement du centre de pression.

Les vertèbres résistent à l’écrasement, grâce à l’interposition entre elles d’une sorte de coussinet élastique formé de tissu fibro-cartilagineux, le disque intervertébral ; elles résistent au déplacement suivant la tangente et au mouvement de bascule grâce aux ligaments qui les entourent. Mais ce qu’il importe d’établir, c’est que ces ligaments ne suffiraient pas à lutter contre la poussée considérable qu’elles subissent à certains moments, s’ils n’avaient des auxiliaires puissants dans les muscles vertébraux.

Les muscles vertébraux places et en arrière et sur les côtés des vertèbres, sont les régulateurs de l’attitude; ils règlent l’énergie de leur intervention suivant l’intensité des poussées subies par les vertèbres, restant au repos quand le corps est en position horizontale, entrant enjeu quand il est dans l’attitude verticale, augmentant l’énergie de leur action quand le centre de gravité se déplace. Le concours de ces muscles est absolument indispensable, non seulement pour produire les mouvements do la colonne vertébrale, mais encore pour maintenir les diverses pièces qui la composent

362 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

dans leur position normale respective. — De là le rôle important que jouent les troubles des fonctions musculaires dans les diverses formes de déviations vertébrales, bien que certains auteurs refusent de voir dans l’insuffisance des muscles le point de départ de ces déformations.

Sur un cadavre qu’on dresse dans la position verticale, ■on voit que la pesanteur ne peut pas déformer les membres, mais déforme la colonne vertébrale : les vertèbres glissent les unes sur les autres, et, suivant la position du cadavre, la tige osseuse, dans son ensemble, se courbe en arc, se tord latéralement, se contourne en divers sens. Les mêmes déformations s’observent passagèrement chez l’homme en syncope qui s’affaisse sur lui-même, et, aussi, mais avec moins d’exagération chez l’homme fatigué ou débilité qui se « laisse aller ». Toutes les fois que l’action musculaire cesse de se faire sentir ou diminue d’énergie, la tige vertébrale subit ce même affaissement dû au déplacement des vertèbres insuffisamment soutenues par leurs ligaments.

Les muscles vertébraux s’opposent à l’attitude « affaissée » en appliquant plus fortement les unes contre les autres les surfaces articulaires. Leur pression tour à tour augmente ou diminue, suivant qu’il faut résister à la pesanteur ou obéir à un mouvement, et c’est grâce à cette énergie musculaire toujours prête et toujours vigilante que la colonne vertébrale, tige flexible mais élastique, revient à sa forme correcte après avoir cédé aux déformations passagères qu’y produisent les mouvements. Quand les muscles vertébraux cessent d’agir et que la colonne vertébrale s’aliandonne à la pesanteur, les pièces qui la composent ne sont plus maintenues entre elles que par les ligaments, moyens de fixation insuffisants; dès lors les surfaces articulaires glissent les unes sur les autres et il en résulte deux conditions vicieuses de l’attitude, aussi capables l’une que l’autre de conduire aux déformations permanentes : la

première est Tinégalité de tension des ligaments, et la seconde l’inégalité de pression des surfaces articulaires.

Les ligaments se distendent et s’allongent s’ils sont soumis à des tensions répétées et prolongées : ils tendent à se rétracter et finissent par se raccourcir quand ils restent dans un relâchement permanent. Si les vertèbres abandonnées par les muscles se portent toujours dans le même sens, par exemple, dans l’attitude d’affaissement en avant, on observera la rétraction des ligaments antérieurs qui ne seront jamais tendus, et l’allongement des ligaments postérieurs qui seront constamment tiraillés et finiront par céder, les muscles ne venant plus à leur secours. On comprend que ces deux conditions tendront à faciliter la reproduction de l’attitude qui leur a donné naissance : le relâchement du ligament postérieur favorisant la flexion en avant, et le raccourcissement du ligament antérieur s’opposant à l’extension en arrière, c’est-à-dire au redressement du corps.

C’est ainsi que le relâchement des forces musculaires, c’està-dire du soutien phij Biologique des vertèbres, pourra troubler l’équilibre des forees qui assurent mécaniquement leur direction correcte. C est ainsi, en un mot, qu’une cvphose par rétraction ou relâchement des ligaments pourra avoir pour origine un défaut d’action des muscles.

11 en sera de meme pour les déplacements latéraux. Quand faction musculaire fait défaut, la pesanteur n’entraine pas forcément les vertèbres en avant; la direction du déplacement est. naturellement, subordonnée à celle du centie de giavité, et si une cause quelconque fait pencher le corps de coté, c’est de côté que se produira la courbure. L alltiissemcnt habituel du i;orps à droite ou à gauche produira l’élongation des ligaments latéraux gauches ou droits: d’où tendance à la fixation du corps dans l’attitude penchée, la colonne vertébrale subissant une courbure doul

L’APPLICATION DU TIIAITEMIÎNT.

la concavité regardera non pins en avant, mais à droite ou à gauche : c’est la scoliose.

La scoliose par lassitude dorsale peut se produire soit à droite, soit à gauche, suivant l’attitude de prédilection du sujet. Il faut remarquer que chacun a, dans la vie ordinaire , ses habitudes , ses manies de tenue , et c’est cette tendance à s’affaisser toujours dans le même sens qui fait que les vertèbres, constamment déplacées suivant la même direction, gardent pour ainsi dire le « cliché » de l’attitude favorite.

Certaines attitudes scolaires, comme celle que nécessite l’écriture penchée, le cahier restant droit, peuvent jouer un grand rôle dans la production de la scoliose des écoliers. Mais la principale condition de ces déformations c'est la durée excessive de l’immobilité, quelle que soit du reste l’attitude dans laquelle le corps s’immobilise. C’est un fait constant que si les muscles se fatiguent dans une attitude prolongée, le sujet tend à suppléer à l’action musculaire en se plaçant de manière à utiliser l’action mécanique des tissus ligamenteux. Par exemple, la position hanchée que prend l’homme fatigué de rester debout a pour effet de laisser reposer l’un des membres, en plaçant l’autre dans une attitude qui fait supporter le poids du corps à cette large aponévrose latérale qui recouvre la face externe de la cuisse et de la hanche et qu’on api)clle le fascia lata. Les animaux comme les hommes prennent, en cas de fatigue, leurs attitudes de repos qui tendent à. substituer au travail des muscles la tension passive d’un tissu ligamenteux. On voit le cheval qui stationne deiiuis longtemps à la même place soulager ses membi-es postérieurs en se « hanchant >» sur l’un, {lendant que l’autre reste à demi (léchi. C’est par un mécanisme analogue <|ue se produisent les scolioses par relâchement musculaire, chez renfant tenu trop longtemps sur le banc scolaire, ((uand les muscles, fatigués de tenir le

corps droit pendant les longues heures de classe, abandon nent le poids du tronc aux ligaments vertébraux, et se soulagent en laissant le buste s’affaisser de côté.

Nous avons parlé d’un autre résultat du déplacement des vertèbres, qui peut conduire aux déviations permanentes de l’attitude : c’est l’inégale répartition des pressions sur les surfaces articulaires. Quand les vertèbres ne sont plus suffisamment soutenues par leurs muscles, la pression supportée par chacune d’elles est amortie, grâce à l’interposition entre deux corps vertébraux de disques fibro-carlilagineuxdoués d’une grande élasticité. Mais, malgré la présence de ces tampons d’amortissement, le poids que supporte chaque vertèbre est considérable, et l’on comprend combien il importe que chaque point de l’os concourre à le supporter. Toute pression excessive est une entrave à la nutrition du tissu qui la subit, et si le déplacement du centre de gravité vient concentrer tout le poids du tronc sur une partie très circonscrite de la vertèbre, la nutrition va se ralentir dans cette partie comprimée qui s’atrophiera, tandis que les autres parties allégées bénéficieront d’une nutrition plus active et augmenteront de volume. C’est justement ce qui se passe dans les attitudes vicieuses habituelles dues au défaut d’action musculaire. La vertèbre tend à s’amincir dans le point comprimé, c’est-à-dire en avant, dans l’attitude voûtée; sur le côté où le corps se penche, dans l’affaissement latéral du buste. Elle tend à s’épaissir dans le sens opposé à la direction du mouvement, et prend ainsi une forme « en coin », qui finit par rendre, définitive et organique la déformation primitivement passagère et fonctionnelle.

On voit par quel mécanisme le défaut d’action des muscles peut amener l’altération des ligaments et la déformation des surfaces osseuses. Il n’y a aucune raison pour rejeter l’origine « musculaire » de la scoliose ainsi présentée. La sco-

3CG L’APPLICATION DU TRAlTEMIiNT.

liose « ligamenlcuse » et la scoliose « osseuse » ne sont en réalité que (les degrés plus avancés d’un même processus morbide. Les lésions osseuses ou ligamenteuses nesontpas le point de départ, mais l’aboutissant des déformations de la colonne vertébrale que nous étudions ici, et qu’on pourrait appeler « essentielles », en ce sens qu’fdles ne dépendent ni d’une maladie particulière des os, comme le rachitisme, l’ostéite, l’infiltration tuberculeuse, ni d’une affection des tissus articulaires et péri-articulaifes, comme les arthrites d’origine diverse. Dans toutes ces maladies, en effet, aussi bien que dans celles qui dépendent d’un trouble de l’innervation, tels que paralysies ou contractures musculaires, la déformation rachidienne n’est qu’un symptôme, tandis que dans les cas dont nous parlons elle constitue la maladie elle-même.

Toutefois les affections générales ou locales qui diminuent la résistance des os, des surfaces articulaires ou des ligaments, constituent des causes prédisposantes très puissantes, et expliquent, dans certains cas, le défaut de résistance de certains sujets en comparaison de l’immunité de certains autres soumis aux mêmes causes de déformation.

Il est une série de déformations de la taille dont le mécanisme pathologique est tout autre que celui des déviations essentielles et primitives que nous décrivons ici. Ainsi une lésion locale éloignée susceptible de modifier la statique dû corps peut amener des attitudes « compensatrices » qui aboutissent à des déformations variables. Par exemple une inégalité dans la longueur des deux membres inférieurs, une déformation de la voûte du pied, une irrégularité dans la conformation du bassin, peuvent produire des scolioses, en obligeant le malade à changer son é(|uilibre normal et à corriger son irrégularité de sustentation en prenant des attitudes ii’régulières dites attitudes compensatrices, dont le but est toujours le même: porter le cen-

tre de gravité du corps dans un point (pii assure la stabilité de l’équilibre. Mais toutes ces déformations sont secondaires et symptomatiques ; leur traitement doit s’adresser à la cause qui les a provoquées, et qui ne réside pas dans la colonne vertébrale même. Nous en dirons autant de ces déviations récemment décrites qui succèdent à des obstacles à la respiration nasale, tels que végétationsu adénoïdes, polypes, etc., et qui se relient à ces causes locales par des déformations du tborax résultant de la respiration, insuffisante.

Les déviations « de croissance ».

Les déformations de la taille, étudiées en dehors de toute lésion organique des parties déviées, reconnaissent pour cause prédisposante toutes les conditions qui peuvent débilitei le système musculaire, diminuer la force des ligaments, et la résistance des os. Or ces conditions se trouvent souvent réunies dans la période de croissance, chez certains adolescents dont le développement est très soudain et très rapide.

Outre la faiblesse musculaire due à l’état de langueur maladive, d affaissement momentané que présente souvent l adolescent qui « s’allonge », il faut se rappeler qu’un travail d ossification se fait chez lui dans le corps des vertèbres. G est de la douzième à la quinzième année, en effet, qu’apparaissent dans les corps vertébraux les points d’ossification dits « complémentaires ». On comprend qu’en plein travail d’ossification, la vertèbre soit plus aisément influencée par l’inégalité des pressions dues aux attitudes vicieuses, et que les mauvaises habitudes de tenue puissent, à ce moment, transformer aisément une déviation purement musculaire en déformation osseuse. Aussi est-ce au début de l’adolescence que se présente le plus souvent l’occasion d’appliquer le traitement.

368 L’APPLICATION J)U TUAITLMENT.

A celte cause prédisposante générale, il faut en ajouter d’autres plus personnelles qui sont utiles cà connaître, car elles doivent servir de base au traitement préventif de la scoliose. — On pourrait les diviser en causes actives et causes passives des déformations.

Les causes passives résident dans l’inertie, le défaut d’activité et d’énergie du sujet qui « se laisse aller » et se lient mal. Tous les parents et tous les éducateurs comprendront la valeur de cette cause pour ainsi dire psychique et consistant dans l’indolence , le défaut de volonté du sujet. Nous avons montré l’importance de l’attitude « relâchée » dans le processus des déformations. Il est des enfants chez lesquels cette attitude est le fait de la paresse, ou de TinsoLiciance d’eux-mèmes, de l’inattention. Toutefois, pour d’autres la faiblesse musculaire est réelle et la fatigue dont ils se plaignent est légitime. Mais dans les deux cas, l’aboutissant du vice de tenue est le même, déformation passive par défaut d’action des muscles. Dans les deux cas l’exercice musculaire est indiqué, car c’est un moyen d’éducation morale aussi bien que physique, et l’etfort qu’on imposera mettra en jeu la volonté aussi bien que les muscles.

11 est un grand nombre de cas dans lesquels l’attitude « relâchée » s’établit non par paresse, mais par fatigue des muscles. Et cela arrive inévitablement toutesles fois que le corps doit rester trop longtemps dans la même position, sans le secours d’aucun appui extérieur. Les muscles mis en jeu étant, dans ce cas, toujours les mêmes, il leur est impossible de lutter indéfiniment contre la pesanteur qui tend à fléchir le rachis. Ils cèdent et cessent de soutenir les vertèbres qui s’affaissent les unes sur les autres, s’abandonnant à leurs ligaments. C’est ainsi qu’une attitude primitivement active comme celle d’un enfant assis sur un tabouret sans dossier se transforme au bout d’un quart d’heure en une attitude passive qui aboutit à la flc.xion en

avant et à la voussure du dos par alTaissement de l’épiiie dorsale. Et il faut noter que l’attitude passive une fois passée dans les habitudes de l’enfant finira par s’établir d’emblée, avant même que les muscles n’aient eu le temps de se fatiguer.

Les causes actives des déviations de la taille dérivent de l’action musculaire même, dont nous venons d’exposer l’utililé, mais de l’action musculaire mal utilisée. L’exercice appliqué à faux, à l’âge où les os vertébraux sont en voie de formation, est une des causes les plus fréquentes de déviation; que cet exercice soit systématique et même appliqué dans un but thérapeutique, ou bien qu’il soit professionnel ou domestique.

On sait que tout acte musculaire souvent répété tend à laisser son empreinte au corps qui le subit. C’est là l’origine de toutes les déformations professionnelles. Tout exercice ([ui impose au corps une attitude prolongée et répétée de flexion, tendra à produire la cyphose si la flexion est faite en avant ou à déterminer la scoliose si la flexion est latérale. C’est ainsi que se voûte le dos des forgerons, des casseurs de pierres. Nous avons, dans un précédent ouvrage, exposé le mécanisme des déformations dues à certains appareils de gymnastique, comme la barre fixe dont l’abus produit des cyphoses, et de certains exercices de sport comme l’escrime qui peut produire des scolioses. 11 faut dire que toutes ces déformations peuvent être évitées si on corrige l’efïet d’un exercice, susceptible de déformer, par un autre exercice produisant une déformation inverse. C est de cette façon qu’agissent tous les procédés de la gymnastique orthopédique, et notamment les mouvements .suédois appelés mouvements « correctifs ».

L’indication du traitement préventif des déformations vertébrales sera donc de lutter contre les deu.x ordres de causes qui les produisent communément.

Lagiiânge, — iMod. par l’e.xcrc.

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

L’orthopédie dans la famille.

Supposons le sujet pris avant toute manifestation de déformation, et suivons les indications de l’exercice dans les diverses phases d’évolution d’une déviation vertébrale, depuis le moment où l’on en craint l’éventualité jusqu’au jour où elle est établie.

Les conditions particulières qui peuvent faire surgir l’indication du traitement préventif sont l’atonie générale du système musculaire, la rapidité de la croissance, une certaine indolence physique avec tendance aux attitudes affaissées. Une autre condition qui doit éveiller l’attention du médecin est l’hérédité; il faudra redoubler de surveillance si quelqu’un dans la famille de l’enfant a déjà présenté des signes de déviation de la taille.

On devra d’abord lutter contre la faiblesse physique du sujet et combattre aussi la torpeur morale d’où procèdent " souvent les vices de tenue. Nous savons que ces deux indications peuvent trouver satisfaction en même temps dans l’exercice à l’aide duquel on obtient à la fois l’entraînement des muscles et l’éducation de la volonté. Quels que soient les exercices pratiqués, ils seront efficaces, si nous supposons le sujet soumis au traitement fjréventif, alors qu’aucune déformation précise ne s’est produite. A ce moment l’action de l’exercice est indépendante de sa forme. On lui demande surtout des elfets toniques, c’est-à-dire des effets généraux, afin de rendre le sang plus riche, et de stimuler l’énergie du système nerveux. Les jeux de plein air sont à ce moment les exercices les plus utiles, à cause de cette particularité même qu’ils se font au grand air et aussi parce qu’ils ont tous pour base la course, exercice qui est de tous le plus apte à activer la respiration et à introduire dans le sang une plus grande

quantité d’oxygène. 11 faut ajouter que même au point de vue de leur aetion orthopédique directe les exercices de course sont utiles pour redresser la colonne vertébrale, 1 attitude du coureur étant éminemment favorable à la tenue droite, et à l’effacement des épaules.

Mais bientôt la tendance aux déviations va se traduire par des symptômes formels. On remarque que l’enfant « se tient mal », sans pouvoir encore préciser dans quel sens la taille se fléchit de préférence. La déviation n’est pas encore nettement établie et l’attitude vicieuse semble changer de forme suivant les moments où l’enfant est examiné. A ce moment les impressions de l’entourage au sujet de la déformation à craindre sont d’ordinaire contradictoires. Pour la mère, c’est l’épaule gauche qui penche, pour le père c’est l’épaule droite, pour un autre membre de la famille, c’est le dos qui s’arrondit. Le médecin après mûr examen ne trouve encore aucune déviation > proprement dite, mais constate seulement que l’enfant livré à lui-même et examiné debout, prend successivement plusieurs attitudes différentes pour peu que 1 examen soit prolongé. Il arrive malheureusement, trop souvent à la suite de cet examen négatif, qu’il juge les craintes des parents chimériques, et écarte trop vite "toute inquiétude de leur esprit. Ce n’est que de la « mauvaise tenue » ; mais il y a là des symptômes très manifestes de faiblesse dorsale. Les muscles sont affaiblis, et commencent àremplir imparfaitement leur rôle d’agents fixateurs des vertèbres. La taille peut bien être maintenue droite, mais seulement pendant un temps très court, au bout duquel l’attitude relâchée s’établit, la colonne vertébrale abandonnée au soutien de ses ligaments s’affaissant indifféremment à droite, à gauche, ou en avant. Ce serait le moment d’amr et on le laisse souvent échapper. Erreur d’autant plus fâcheuse que plus tard, quand la déformation sera nettement caractérisée et d’un diagnostic certain, il sera presque

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

impossible d’en eflacer toutes les traces. 11 ne faut donc pas attendre, pour instituer le traitement, de pouvoir nettement préciser la déformation qu’on doit combattre et de pouvoir dire avec autorité : c’est une scoliose droite ou gauclie, ou bien c’est une simple cyphose.

On ne saurait trop répéter celte vérité pratique : le traitement du début est le même pour toutes les formes de déviation de la taille. Et c’est là, pour le dire en passant, ce qui explique comment la gymnastique, appliquée empiriquement et en dépit de toutes les règles, peut donner des succès, à la condition toutefois que les exercices, aussi mal choisis soient-ils, n’exigent pas des efforts musculaires trop intenses.

Dans la période dont nous parlons, le sujet n’est pas encore dévié, mais il est en imminence de déviation, par suite du défaut d’action des muscles dorsaux. Dans peu de temps la déviation sera caractérisée si on n’y porte remède, et la forme de cette déviation sera déterminée par les habitudes de l’enfant, par la répétition de ses attitudes favorites, surtout par les attitudes auxquelles le disposent son travail scolaire, ses occupations professionnelles, etc. — Sa colonne vertébrale n’a plus le « ressort » que devraient lui donner des muscles énergiques; l’insuffisance du soutien musculaire en fait une cire molle qui gardera toutes les empreintes.

La première indication dans cette période que nous appellerons période de relâchement musculaire de veiller sur toutes les conditions qui peuvent créer des attitudes f)rô1ongées. L’enfant devra varier ses atlitudes. Il faudra de plus lui rappeler constamment qu’il se tient mal, faire l’éducation continuelle de son maintien. Une surveillance de tous les instants, poussée jusqu’à l’obsession et la taquinerie,' suffit parfois pour le tenir en éveil, l’ernpècher de céder a sa tendance à l’affaissement. En stimulant constamment ce qu’on pourrait appeler son « attention musculaire » on lui

impose, en réalité, une véritable gymnastique dorsale; il est obligé, pour obéir à chaque observation faite, de mettre en jeu les extenseurs de la colonne vertébrale, de leur envoyer une certaine dose d’influx nerveux qu’il oublie, en quelque sorte, de leur distribuer quand il est livré à luimême. Ces muscles travaillent avec d’autant plus d’énergie que la réprimande est faite avec d’autant plus d’autorité ; ils reprennent peu à peu leur force, ils reprennent aussi l’habitude de veiller à remplir leurs fonctions de soutiens.

Si l’enfant était suffisamment discipliné et les parents suffisamment attentifs, cette gymnastique du maintien serait à ce moment la meilleure de toutes les orthopédies. On en voit l’efficacité quand elle est appliquée non plus dans la famille, par des parents trop faibles à des enfants indociles, mais au régiment, par les caporaux instructeurs, sur des recrues que terrorise la discipline. Au seul mot de « fixe ! >>, l’attitude affaissée du conscrit qui se tenait mal est remplacée par l’attitude « militaire » ; tous les muscles extenseurs des vertèbres semblent galvanisés par le commandement, et la colonne vertébrale, dont toutes les pièces s’affaissaient comme disjointes, se raidit tout à coup en une tige ferme et droite dans la direction parfaitement verticale du fil à plomb. Rien de plus remarquable que l’influence orthopédique du service militaire sur les jeunes gens de mauvaise tenue habituelle. Cette influence se fait sentir dès les premières semaines, c’est-à-dire à un moment où les exercices militaires sont surtout des exercices d’alignement, de fixité. Leur efficacité est telle pour redresser la colonne vertébrale dans ces déviations purement fonctionnelles, que la taille apparente de certains jeunes gens peut augmenter très notablement au bout d’un mois de ser-

vice,nonpar accroissement véritable,mais par redressement

Le redressoment volontaire du sujet par lui-même est la base de plusieurs procédés de la gymnastique orthopédique,

■m L’APPLICATION DU TRAITEMENT.

faciles à appliquer dans la famille, et qui sont d’une grande efticacité. L'idée de ces procédés a été suggérée à un médecin suédois à la suite d’expériences faites sur lui-même et dont le but, comme il arrive parfois, était tout autre que le résultat auquel il est arrivé. Ce médecin, cité par Georgii dans son exposé du système de Ling, faisait des recherches sur les variations de la taille aux différentes heures de la journée, et, pour cela, il se mesurait lui-même un grand nombre de fois chaque jour, se plaçant contre un mur, et « se grandissant » sans quitter le sol des talons, comme on fait pour avoir une mesure très exacte. Après une quinzaine de jours de mensurations répétées, l’observateur fut surpris de constater, à côté des différences de taille notées au lever, au coucher, ou au milieu du jour, un accroissement réel et persistant de la hauteur du corps. Comme il avait quarante ans, et qu’on ne pouvait invoquer une poussée de croissance, il fallait bien admettre qu’il avait grandi par redressement de la taille. L'explication du fait était du reste facile ; les muscles extenseurs des vertèbres avaient subi un exercice quotidien par le fait de l’attitude de « grandissement » renouvelée plusieurs fois chaque jour, et étaient devenus plus aptes à s’opposer à une attitude vicieuse de flexion. Le sujet avait pris, par ses exercices de mensuration, l’habitude de ne « rien perdre de sa taille ».

On a rendu usuel, dans la pratique, ce procédé si simple de gymnastique dorsale, au moyen de l’appareil représenté figure 37, et que nous reproduisons d’après une photographie prise dans le gymnase de M. Soleirol, rue de la Chausséed’Antin, à Paris.

Cet appareil n’est autre chose qu’une « toise » graduée, pareille <à celle dont se servent les conseils de révision et qu’on pourrait appeler la toise orthopédique . Le sujet se place dans l’attitude du conscrit dont on veut mesurer la taille, et s’elforce de se grandir sans que

les talons quittent terre. Son effort se traduit par l’extension forcée de la colonne vertébrale, et on en constate le résultat grâce au mouvement ascensionnel d’un curseur qui

échelle graduée, par la poussée du sommet de la tête. Si on fait placer devant l’appareil un sujet atteint de dé-

d’abord au repos, puis quand il cherche à « se grandir » , on voit le curseur s’élever parfois de plusieurs centimètres dès que se produit l’effort de redressement. Preuve irrécusable

utilité thérapeutique, quand il se reproduit méthodiquement un grand nombre de fois. On peut rendre cet effort d’extension vertébrale plus énergique en surchargeant le curseur d’un poids adapté à la force du sujet.

Mais il faut se donner garde de ne pas dépasser le but en demandant un effort trop grand. Un poids exagéré

La ceinture nonoégienne, imaginée par le Tydmann, de Christiania, représente le procédé le plus énergique dii « redressement par soi-même ». Nous croyons être le premier à 1 avoir introduite en France, quand, au retour de notre mission dans les pays Scandinaves, nous en avons présenté à 1 Académie de médecine une description et un dessin (1).

glisse à frottement le long d’une

viation vertébrale, et qu’on le mesure

de l’efficacité de cet eftbrt et de son

pourrait produire Inflexion du rachis au lieu d’amener son redressement.

Fig. '61. — La toise orthopédique.

été présenté le !«'• février 1891.

L’APPr.ICATION DU TRAITEMENT.

Elle consiste dans une large bande de cuir (üg. 30) à laquelle sont annexées deux sangles attachées à son bord supérieur. Le corps de la ceinture est appliqué non autour des lombes, mais autour du bassin, entre la crête iliaque et l'iscliion, pendant que les deux sangles qui partent à

angle très oblique de la partie postérieure , viennent passer au-dessus des crêtes iliaques, puis s’entre-croisent sur la région hypogastrique pour aller se boucler chacune de leur côté sur le devant de la ceinture.

Ce double moyen d’assiijétissement a pour but d’assurer à tout le système une résistance suffisante. Les bras en effet doivent venir y prendre un point d’appui solide au moyen de deux fortes pendeloques eu toile rembourrée de crin, qui sont attachées au bord inférieur de l’appareil. La ceinture étant appliquée comme nous l’avons dit, le malade saisit à pleines mains les deux pendeloques et fait un effort d’extension des bras en même temps qu il lève la tête et cherche à « se grandir » en redressant le lronc(fig. 38)-

Ce procédé si simple a donné entre les mains de Tydmann, à (fiiristiania, des résultats merveilleux. Le D'' Wide, à Stockholm, en fait un moyen de traitement collectif qu il ap-

l'i". 3,). — La ccuilurü iiürwôfjieuri,;

• plique à une vingtaine d’enfants à la fois. On les range en peloton sur plusieurs lignes, et après leur avoir fait prendre la position de « grandissement », on leur commande une marche en avant lente et rythmée dont le mouvement se décompose en élévations alternatives sur la pointe du pied droit et sur la pointe du pied gauche. On ajoute ainsi un e.xercice d’équilibre du corps au mouvement de traction des bras, et on rend le traitement moins monotone pour les enfants. Ce moyen suffit à lui seul pour obtenir le redressement des cyphoses aussi bien que des scolioses quand leur degré n’est pas excessif. Le résultat obtenu est dû à trois éléments curatifs dirtërents qui se trouvent réunis dans l’application de la ceinture norwégienne. Le premier résultat est l’effort volontaire de redressement qui amène l’entrée en jeu instinctive dés puissances mus- ... ,

i‘‘o- 3ü.— Le « redressement par soiculaires capables de corriger même .. au moyen de la ceinture , 1 ' • 1 norwégienne.

la déviation ; le deuxieme est

un travail de coordination propre à assurer l’équilibre du corps dans la station et la progression sur la pointe des pieds; le troisième enfin est un ell’et mécanique de redressement tel qu’on pourrait l’obtenir à l’aide d’un appareil prenant son point d’appui sur les hanches, d’une part, et sous l’articulation scapulo-humérale de l’autre. Ce sont bien là.

378 L Al'PLICATION DU TUAlTIiMKNT.

en ellet, le point ù^appui et le point de résistance que tend à éloigner Tun de l’autre l’ellort d’extension des bras, car les poignées auxquelles les mains se fixent sont à une hauteur telle, que les bras, pour les saisir, doivent garder une position légèrement flécliie. En faisant effort pour se tendre, les membres supérieurs produisent, dans ces conditions, une poussée de bas en haut, et redressent toute la tige vertébrale.

La ceinture de Tydmann est un moyen orthopédique applicable non seulement aux sujets prédisposés aux déviations, mais encore aux déviations confirmées. Le grandissement, c’est-à-dire le redressement, n’est pas dû seulement à l’action des muscles extenseurs de la colonne vertébrale, mais encore et surtout à l’action des extenseurs des bras. Ces muscles interviennent comme pourrait le faire une force extérieure qui tirerait de haut en bas sur la tige rachidienne, la partie inférieure du corps étant retenue au sol. Cet exercice est plus puissant que le moyen de redressement précédemment décrit, car il permet de faire subir une élongation, non seulement aux ligaments intervertébraux, comme peuvent le faire les muscles dorsaux, mais encore aux muscles vertébraux eux-mêmes quand ils sont rétractés et raccourcis, comme il peut arriver à un degré avancé de la déviation confirmée.

Les procédés que nous venons de décrire ont tous pour but d’augmenter par l’exercice la force des muscles rachidiens; il en est d’autres qui ont pour objectif de faire, pour ainsi dire, l’éducation de ces muscles, en rendant la coordination des mouvements plus parfaite. Les plus utiles en orthopédie, parmi les exercices de coordination, sont les exercices d’équilibre qui tendent à donner à la taille une rectitude parfaite, parce qu’ils exigent une action parfaitement « harmonique » des muscles extenseurs et fléchis-

seiirs de la colonne vertébrale. L’efficacité des exercices d’équilibre ne réside pas dans l’énergie du travail musculaire, mais dans la pondération parfaite de l’effort respectif »

de chacun des groupes antagonistes. Un danseur de corde ne peut tenir debout sur son mince support qu’à la condition de n’écarter jamais le centre de gravité du corps de la direction du fil à plomb; tous ses mouvements tendent à donner aux muscles qui meuvent les vertèbres, le. degré de contraction voulu pour que la tige osseuse qu’elles composent ait une attitude parfaitement verticale. Et ce danseur de corde, revenu à terre, conservera l’attitude parfaitement droite que nécessitent ses exercices, par suite de la direction que ses muscles bien disciplinés ont appris à donner à l’axe des vertèbres.

Les exercices d’équilibre sont, malheureusement, trop rares dans notre gymnastique. La gymnastique suédoise, toujours préoccupée de l’esthétique du corps, en renferme un grand nombre. Nous avons décrit dans la deuxième partie de cet ouvrage les exercices de marche sur le bord d’une planche placée de champ, tels qu’on les pratique à l’Institut central de Stockholm. Ces exercices peuvent être cités parmi les moyens de redressement les plus efficaces pour une déviation au début. La marche sur la pointe des pieds, et surtout la course sur la pointe des pieds, constituent encore d’excellents exercices d’équilibre; ils font partie de la leçon quotidienne dans la gymnastique pédagogique de Stockholm.

Parmi les exercices d équilibré, l’un des plus gracieux et des mieux adaptés au redressement de la taille, chez les jeunes filles, est le port de fardeaux légers sur la tôle. Nous avons vu dans un de nos gymnases de Paris (t), de légères corbeilles d’osier de forme cylindrique, un peu élevées

(1) Le gymnase Soleirol, rue de la Chaussée-d’Antin.

38ü L’APPLICATION DU TRAITLMLNT.

et portant à leur base un creux capitonné par où l’appareil peut reposer sur la tête. On peut combiner le port de la corbeille avec un autre exercice d’équilibre, tel que la marche sur une surface étroite, ou la course sur la pointe des pieds : on augmente ainsi l’efticacité du travail de coordination en le rendant plus difficile. 11 est essentiel, dans ces exercices, que le fardeau porté soit extrêmement léger et que le travail d’équilibre ne se double pas d’un travail de force qui en dénaturerait absolument l’effet.

Ajoutons enfin aux exercices d’équilibre proprement dits, comme moyens d’orthopédie préventive, tous les actes musculaires qui exigent une coordination très parfaite des mouvements du tronc pour s’adapter à ceux des membres; à la condition expresse que tout effort musculaire intense en soit banni, et qu’ils se pratiquent debout. Tels sont l’acte de jongler avec des balles, de faire tenir un bâton verticalement, soit sur le bout des doigts, soit sur le menton, etc.

Chez l’enfant menacé de déviation de la taille, tous les exercices de coordination vertébrale ont pour effet de réveiller le sens musculaire qui tend à s’émousser, etquiseperd d’autant plus que la déviation est plus accentuée. Les médecins autrichiens, doués comme les Suédois d’un merveilleux sentiment de l’orthopédie, ont remarqué que, plus la déviation est prononcée, moins le malade en a conscience, à tel point qu’il ne sait plus faire le mouvement nécessaire à son redressement, même dans la mesure où ce redressement serait possible. Si vous dites à un enfant scoliotique : redressez-vous! il ne peut, malgré ses elïorts, prendre l’attitude droite sans le concours d’un maître qui contrôle sa tentative de redressement et corrige son altitude. H peut toutefois réussira se redresser au moyen d’un point de repère, ou avec le contrôle de la vue s’il est devant un miroir.

Le professeur hongrois Dollinger a mis à profit cette observation pour faire chez ses malades l’éducation de la

tenue. Les déviations, dit-il, sont notablement aggravées par ce fait que le malade a perdu le sentiment de la direction normale du corps. Il croit se tenir droit quand il se tient voûté ou courbé latéralement. Il faut lui rendre la notion de la tenue correcte en lui montrant, justement, qu'il l’a perdue et en le forçant à la chercher. Pour cela, on le, place simplement devant une glace. Et ce moyen si simple, si enfantin en apparence, produit les meilleurs résultats. Le malade contrôle à l’aide des yeux les efforts qu’il fait pour se redresser. Ce contrôle lui est facilité par une dispositimi particulière. Sur la glace où il étudie son maintien, sont tendus des fils verticaux qui lui servent de repères pour la direction du tronc et des fils horizontaux à l’aide desquels il contrôle la direction des épaules. — En visitant l’Institut orthopédique du professeur Dollinger, à Budapest, nous fûmes vivement intrigué de voir tous les murs de la salle presque entièrement revêtus de grandes glaces sur lesquelles venaient s’entre-croiser des fils noirs tendus en long et en travers. C était là qu à la fin de la leçon les enfants venaient durant un quart d’heure s’exercer à ce redressement spontané qui peut compter parmi les plus efficaces de tous les moyens orthopédiques connus.

De tous les exercices capables de prévenir les déformations vertébrales, il n’en est aucun qui soit supérieur à la gymnastique suédoise. Le soin de fortifier les muscles vertébraux semble être la préoccupation continuelle du système do Lmg. Dans tous leurs mouvements, en général, les exercices d’extension ont la prédominance sur les exercices do llcxion, ce qui est tout à fait l’inverse des tendances de notre gymnastique française où les elforts musculaii’es les plus énergiques se font en flexion.

Dans tous les exercices de la gymnastique française, même ceux qui demandent une extension très énergique du

tronc, on voit intervenir des procédés d’exécution qui tendent

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