‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 22 sur 106 · DE LA QUININE F · texte numérisé non relu

DE LA QUININE F

Une seconde opinion fut celle-ci : {a quinine produit une chute de pression immédiate et brutale proportionnelle à la quantité de l'alcaloïde in jectée et cette chute de pression dure sans se relever tant que dure l'action de la quinine.

Cette opinion fut soutenue par les auteurs qui déerivaient un effet uniquement dépresseur sur le cœur, et par ceux qui lui attribuaient un effet vaso-dilatateur constant. La chute de pression pouvait, en effet, suivant les idées de chacun, être considérée comme produite par l’une ou par l’autre cause.

1° Parmi les premiers, citons Briquet, qui attribua l'hypotension qu'il avait observée, uniquement à l’action dépressive sur le cœur, et Lewitzki qui admet que; chez le lapin, en injections hypodermiques, la quinine, quelles que soient les doses, produit une chute de la pression artérielle, d’origine purement cardiaque.

2° Parmi Les seconds, citons Laborde et Chirone. Laborde admettait, nous l’avons vu, que la quinine à dose physiologique augmente l’énergie contractile du myocarde. Or, comme en même temps il observait une chute de la tension, dès le début de l’action de la quinine, il attribua celle-ci à un effet vaso-dilatateur concomitant. Chirone admet qu'il se produit une chute de tension dès le début de l’action de la quinine, chute de tension qui est permanente et qui serait due à la vasodilatation.

Il n’est pas douteux que l'effet hypotenseur soit l'effet essentiel de la quinine produit sur la tension. Mais cette chute de tension ne présente pas une courbe uniforme, et les expérimentateurs observèrent certains faits de réascensions secondaires de celle-ci qui ne pouvaient ètre expliquées par la théorie précédente. Aussi en vint-on à considérer que dans l’action de la quinine sur la tension, interviennent plusieurs facteurs, les uns cardiaques, les autres vasculaires, qui amènent certaines oscillations de la courbe. Nous arrivons ainsi aux tra-

vaux très importants sur ce sujet de L. Stiénon.

Deschamps $

— 114 = FANS

HI. — Takorte DE L. STIÉNON

En voici l'essentiel : les effets de la quinine sont sous la dépendance de deux facteurs, l'effet dépresseur exercé par la quinine sur le cœur, et l'effet vasomoleur de la quinine, celui-ci consistant, comme nous l'avons vu, en une vaso-constrietion aux faibles doses suivie d’une vaso-dilatation lorsque l'influence de la quinine se prolonge. Deux d’entre eux, la diminution de l'énergie cardiaque et la vaso-dilatation, tendent à faire baisser la pression; la vaso-constriction au contraire a tendance à l’élever.

Stiénon a démontré cette action complexe de la quinine sur la pression artérielle par des expériences très précises faites sur le lapin et le chien curarisé, en se servant de chlorhydrate neutre de quinine en solution aqueuse injecté dans la jugulaire. La courbe de tension artérielle était inserite un moyen du kymographe.

Dans ces conditions expérimentales Stiénon a observé les faits suivants : aux doses minimes, par exemple, avec une dose de 0 gr. 006 par kilogramme d’animal, il se produit une chute immédiate de la tension, puis une ascension consécutive, rapide, et la tension remonte à son niveau antérieur. Avec une dose forte de quinine (O gr. 045 par kilogr.) la chute de pression est immédiate, brutale, mais plus durable. La pression artétielle ne remonte ensuite que lentement, et n'atteint pas son niveau primitif. Enfin, avec une dose massive,

la pression tombe à 0 et la mort survient par arrêt du

cœur. Si l’on injecte de petites doses répétées, on observe le même effet au début, qu'avec une dose unique égale à chacune d'elles. Mais l'importance de la chute de pression augmente avec le nombre des injections, et au bout d’un certain nombre d’injections faibles, l'effet produit est le même qu'avec une dose forte. Stiénon a répété les mêmes expériences avec de l’eau distillée pure, mais il n’a pu produire ainsi aucune chute de la tension.

Comment interpréter tout ceci ?

Lors de la première injection (0 gr. 006 par kilogr.) on observe une chute de la pression, due à la dépression exercée sur le myocarde et à la diminution consécutive de l’énergie systolique mais la pression se relève ensuite par suite de la vaso-constriction périphérique que la quinine produit aux petites doses. Lors de la deuxième injection au contraire (0 gr. 045 par kilogr.), l'effet hypotenseur est durable, parce qu’à la diminution de l’énergie systolique s'ajoute l'effet vaso-dilatateur qui a remplacé l'effet vaso-constricteur. L'effet hypotenseur est en définitive avant tout un effet cardiaque ; il traduit la diminution du travail de l'organe.

Stiénon a en effet prouvé l'influence sur la pression artérielle de la diminution de ce travail du cœur, par l’expérience suivante : il produisait une paralysie vaseuiaire par section de la moelle, puis administrait la quinine. Il vit apparaître une chute de pression qui fut définitive. Dans une expérience complémentaire, pour éliminer totalement l’action des éléments vaso-moteurs, il obtura

l'aorte abdominale ; ainsi les vaisseaux situés au-dessus

de l’obturation étaient distendus au maximum et ne pouvaient l'être davantage par action de la quinine sur les fibres musculaires des vaisseaux. Or, dans ces conditions, l'injection de quinine produisit une nouvelle chute de la pression qui ne pouvait être expliquée que par la diminution du travail du cœur sous l'influence de l’al-

caloïde.

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