EXPOSE DES TRAVAUX EXPERIMENTAUX ANTÉRIEURS
L'étude expérimentale de la quinidine au point de vue de son action cardiovasculaire est, nous l’avons vu, de date toute récente, Avant la période contemporaine, les auteurs tels que Santesson, Fredericq et Terroine, qui l’ont étudié en même temps que les autres alcaloïdes du quinquina, notèrent son action dépressive. Santesson nota même son aclion régulatrice.
Mais ces différents obsérvateurs déclarèrent la quinidine moins active sur lé cœur que la quinine. Nous verrohs plus loih que nos propres expériences nous ont conduit à des conclusions toutes différentes du moins avec les échantillons de quinidihe que noûs avons utilisés.
Tel était l'état de la question lorsque Frey vint affirmer l'efficacité thérapeutique de la quinidine dans
Pie
l'arythmie complète. C'est alors que parurent en Allemagne les travaux expérimentaux de Schott (1919), de Hoffmann (1920), de Boden et Neukirch (1921) qui précisèrent l’action de la quinidine sur le cœur des difrérents animaux.
Scholt fit des recherches sur le cœur ir situ du marsouin. Il employait la méthode électrocardiographique. A cet effet, il plaçait deux électrodes, l’une au niveau de la musculature du cou, l’autre dans l’anus, et recueillait des tracés, avant et après une injection de quinidine sous la peau de l'abdomen.
Hoffmann expérimenta sur des cœurs isolés, et se servit comme liquide de perfusion, du liquide de Locke. Il plaçait une serre-fine sur l'oreillette droite, et mettait cette serre-fine en communication avec un style dont les variations s'inserivaient sur un cylindre. D'autre part, il plaçait deux électrodes en forme d’aiguille, fichés dans la paroi de l'oreillette, afin d’exciter électriquement celle-ci. Il étudia les effets d’une dilution étendue de quinidine dans le liquide de Locke, à raison de OFer” 02 L
Boden et Neukirch firent leurs expériences sur des cœurs isolés de lapins et de fœtus humains, 9 cœurs de lapins et 2 cœurs de fœtus de 7 à 8 mois. Le cœur isolé était plongé dans un bassin de verre rempli d'un liquide rappelant par sa composition le liquide de Ringer- Locke, et dans lequel plongeaient deux électrodes de platine réunies à un galvanomètre à corde. L'expérience a montré en effet à ces auteurs que si l’on fait battre
un cœur isolé dans un tel milieu, avec un semblable
dispositif, on obtient au niveau du galvanomètre des variations que l’on peut enregistrer, et qui donnent un tracé identique à celui de l’électrocardiogramme du cœur in situ ; Boden et Neukirch, qui ont mis au point celte méthode particulière d'étude physiologique du cœur isolé, lui ont donné le nom de « Méthode de Dérivation fluide » (Æluide Ableitungs methode).
Dans ces conditions techniques ils étudièrent les effets d'une dilution de quinidine dans le liquide de Locke égale à 0 gr. O1 ou à 0 gr. 02 °/.
Tout récemment, (fin 1921), de nouvelles recherches expérimentales ont contribué à préciser la question.
Trois physiologistes argentins, Arrillaga, Waldorp et Gruglielmetli ontobservé au moyen de tracés mécaniques et électrocardiographiques, les effets de l'injection intraveineuse de sulfate de quinidine sur le cœur du chien et de grenouille ir situ, ainsi que les effets du contact direct d'une solution de quinidine sur la chronaxie du cœur isolé de grenouille. En Angleterre, T. Lewis vient de publier les résultats d'une série d'expériences très minutieuses, faites en vue d’élucider l’action de la quinidine sur le myocarde et sur le nerf vague. Elles ont porté sur des chiens, et l'étude de l’action de la quinidine fut faite au moyen de l’électrocardiographie. A cet effet, Lewis mit l’électrocardiographe en rapport, d’une part avec des électrodes placées au niveau des membres antérieur droit et postérieur gauche de l'animal ; d'autre part avec des électrodes placées sur l’auricule mis à nu; les premières lui servirent à étudier les variations élec-
triques du rythme cardiaque total ; les secondes, la con-
= ee —= duction intra-auriculaire et la durée de la période réfractaire du niveau de l'oreillette. Enfin une troisième paire d’éleetrodes, placées directement sur l'oreillette et en rapport avee un appareil producteur de courant faradique, permettait d’exciter électriquement celle-ei. Lewis a utilisé une solution de quinidine diluée dans du sérum physiologique, et dosée à raison de 0 gr. 10 de sulfate de quinidine pour 30 ec. de sérum. Les injections furent faites dans la veine saphène du chien. Le physiologiste anglais a pu observer ainsi l’action du sulfate de quinidine sur le rythme normal d’un cœur d’une part, et d'autre part sur le rythme anormal dù à l'exeitation électrique du myocarde. Parmi les chiens en expériences, un certain nombre furent atropinisés en vüe de supprimer l’activité fonetionnelle de l'appareil inhibiteur. Le travail de Lewis est certainement le travail expérimental le plus important paru sur l’action cardiaque de la quinidine et nous y ferons de larges emprunts lorsque nous essaierons de préciser cette dernière dans une étude eritique d'ensemble. Lewis vient de faire paraître tout récemment une série de recherches sur laction de certains médicaments sur la fibrillation : il y reprend entre autres la question de l’action des corps de la série quinique sur celle-ci. Nous renvoyons d’autre part le lecteur au mémoire important de Jackson, Friedländer et Lawrence, de Saint-Louis (États-Unis) qui nous est parvenu au moment où ce travail était sous presse et dont les conelusions s'opposent aux nôtres sur un certain nombre de
points.