‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 26 sur 106 · I. — ÉTUDE DE L'ACTION ISOLÉE DE LA QUINIDINE · texte numérisé non relu

I. — ÉTUDE DE L'ACTION ISOLÉE DE LA QUINIDINE

1° Elude d'ensemble.

Nos premières recherches ont eu pour but de faire une étude d'ensemble de l’action de la quinidine à différentes doses, sur le rythme et l'énergie des contractions cardiaques et sur le nerf vague, plus facilement accessible que le sympathique:

A cet effet, nous nous sommes efforcés tout d’abord de déterminer quelle est, chez le chien, la dose proprement physiologique de sulfate de quinidine, c’est-à-dire la dose minima nécessaire et suffisante pour obtenir l'effet physiologique le plus proche des effets thérapeutiques, tout en évitant l'effet toxique. Ce fut le but de nos trois premières expériences, qui furent des expé-

riences d'orientation.

Exrérience 1. — 94 octobre 1921. — Chien : 20 kgr. 500, Chloralosé. Tracés auriculaire et ventriculairé sur 16e cœur à nu.

17 h. 05 — Injection ‘intraveineuse de sulfate de quinidine : 0 gr. 40, soit deuæ cenñligrammes par kiloÿ d'animal.

Ralentissement immédiat et alfaiblissement rapide des con< tractions,

Vagüe devenu totalement inexcitable.

17 b. 12, — Arrêt du cœur en diastole.

On voit qu'en injectant 2 centigr. par kilogr. d’animal d'emblée, nous avons obtenu un effet nettement toxique : aussitôt après l'injection, ralentissement et affaiblissement rapide des contractions, puis arrêt du cœur en diastole au bout de quelques minutés.

Le vague en même temps était devenu totalement inexcitable.

Nous avons été amené, dans les expériences suivantes, à diminuer la dose totale de quinidine injectée. En même temps, nous avons fraclionné les doses, espérant qu’ainsi nous obtiendrions un effet moins brutal.

Ce fut le but de l’expérience que voici :

Expérience II. — 28 octobre 1921. — Chien : 12 kgr. 500, Chloralosé,.

Mise à nu du cœur qui est relié, oreillette d'une part, ventricule d’aütré part, au polygraphe de Marey. Tracés auriculaire et ventriculaire sur le cœur à nu. Prise d’un tracé cardia-

que normal. Seuil d’excitation du vague : n° 10 du chariot de Gaiffe.

Deschamps 9

16 h. 50. — Injectien intraveineuse de 0 gr. 09 de sulfate de quinidine (3/4 de centigr. par kilogr.). Pas de modification du tracé.

Seuil de l'excitation du vague : n° 5 du chariot de Gaiffe.

16 h. 53. — Injection intraveineuse de 0 gr. 09 de sulfate de quinidine (3/4 de centigr. par kilogr. ; dose lotale: 1 centigr. 1/2 par kilogr.). Affaiblissement et ralentissement progressif des contractions, Allongement de l’espace As. Vs. (intervalle entre l’onde auriculaire et l'onde ventriculaire) constaté par un tracé pris à grande vitesse. + Vague devenu totalement inexcitable même én repoussant la

bobine secondaire du chariot de Gaiffe jusqu'à 0.

17 h. 10. — Les contractions qui sont devenues de plus en plus faibles et lentes, cessent au niveau des oreillettes. Les ventricules battent très faiblement à raison de 28 contractions par minute.

17 h. 30. — Il persiste encore des contractions très faibles, à peine perceptibles, des venitricules, tandis que les oreillettes ne

battent plus. L'expérience est arrêtée,

Dans cette expérience, nôus avons injecté en tout 0 gr. 48 de sulfate de quinidine pour un chien de 12 kilogr., c'es'-à-dire 1 centigr. 1/2 par kilogr. d'animal, et l'injection a été faite en deux fois.

Avec 0 gr. 09, nous n'avons pas obtenu de grande modification du ryihme, cependant l'étude attentive du tracé nous montre une légère augmentation de l’amplitude des contractions jointe à une légère accélération

du pouls aussitôt après l'injection. En même temps PS;

l'excitabilité du vague diminuait de moitié (le seuil d'excitabilité passait &e 10 à 5).

Avec la 2° injection de 0 gr. 09, nous avons obtenu un effet inverse, apparaissant aussitôt après l'injection : ralentissement et affaiblissement des contractions, comparab'e à celui de l'expérience n° I, et aboutissant rapidement à l’arrèt du cœur en diastole : arrèt de l’oreillette d'abord, du ventricu!e ensuite.

La dose de 1 centigr. 1/2 par kilogr., injectée en deux fois mais par doses très rapprochées (3 minutes entre les 2 injections) provoquait donc encor: des effets toxiques. Cependant cette dose nous paraissant réelle: ment faible, nous l'avons employée de nouveau dans

une 3° expérience, mais en espaçant davantage les deux injections successives.

Exrértexce Il. — 9 novembre 1921. — Chien: 11 kilogr. Chloralosé. | Prise de tracés auriculaire et ventriculaire sur le cœur à nu.

15 h. 30, — Tracé avant la quinidine. Seuil de l'excitation du vague à 9 du chariot de Gaiffe.

15 h. 40. — Injection de 0 gr. 09 de sulfate de quinidine (3/4 de centigr. par kilogr.). Augmentation de la fréquence du rythme. Augmentation de l'amplitude des contractions auriculaires. Diminution de l'amplitude des contractions ventriculaires.

Vague totalement inexcitable au chariot de Gaiffe. On allend vingt minules pour faire une nouvelle injeclion.

16 heures. — Injection de 0 gr. 10 de sulfate de quinidine

(3/4 de centigr. par kilogr.). Léger ralentissement et légère

= 189 = diminution de l'amplitude des contractions auriculaires et ventriculaires.

16h, 15. — Injection intraveineuse de 0 gr. 18 de sulfate de quinidine(dose totale de quinidine injectée : 0 gr. 09 + Ogr.10 + 0 gr. 18 = 0 gr. 37, soit O0 gr. 03 par kilogr.). Diminution considérable de la fréquence et de l’ampleur des contractions. Mais pas de tendance à l'arrêt du cœur.

17 heures, — On est obligé d'arrêter la respiration artificielle pour tuer l’animal et terminer l'expérience,

Cette expérience est fort instructive à différents égards. Nous voyons en effet qu'après avoir injecté 0 gr. 09 de quinidine chez un chien de 11 kilogr., c’est-à-dire moins dé 1 centigr. par kilogr. d'animal, nous avons obtenu une accélération du rythme avec augmentation de l’amplitude des contractions auriculaires. Dès ce moment le vague était totalement inexcitable. Nous avons attendu vingt minutes avant d’injecter de notveau 0 gr. 09 de façon à compléter la dose injectée à 1 centigr. 1/2 par kilogr. Nous avons constaté alors qu'au contraire de ce qui s'était passé dans l'expérience précédente, la nouvelle injection ñ'anenait qu'une modification minime du rythme par rapport à la première.

Un quart d'heure après, une injection dé quinidine égale à la somme des deux premières (ce qui porte la dose totale injectée à 0 gr. 03 par kilogr.) amena un ralentissement du rythme aveë diminution de l'ampleur des contraciions, mais ce phénomène ne suivit pas la marche progressive qu'il avait présentée dans les expériences Let IT. Le cœur continua à battre, quoique fai-

blement et lentement il est vrai, et l’on fut obligé de tuer le chien par arrêt de la respiration artificielle, 2

Cette expérience nous prouve une fois de plus que le fractionnement des doses à intervalles espacés, amène une accoutumance rapide du cœur à l’action de l'alealoïde, une véritable tachyphylaxie. Le cœur peut ainsi supporter une dose qui serait sûrement mortelle si elle était injectée en une seule fois. C’est là un fait de physiologie générale bien connue par ailleurs, qu’il nous à été donné de vérifier avec la quinidine.

En résumé, nous pouvons conclure de cette première série d'expériences que, chez le chien, la dose de sulfate de quinidine qu'il faut injecter par voie intraveineuse pour obtenir, dans une expérience donnée, des effets physiologiques sans effets toxiques, varie de 1 egr. 1/2 à 2 centigr. et même 3 centigr. par kilogr., à condition de fractionner les doses à intervalles suffisamment espacés el de ne dépasser, en aucun cas, pour la 1° in jeclion, la dose de 1 centigr. par kilogr. À cette dose initiale de 1 centigr. par kilogr., on obtient d’une façon constante, une diminution ou une suppression de l’excitabilité faradique du vague, coïncidant fréquemment avec une accélération du rythme: et une légère augmentation de l'amplitude des battements cardiaques.

À la dose de 1 centigr. 1/2 ou de 2 centigr, suivant que la 2% injection est plus ou moins éloignée de la 1”, on obtient un ralentissement marqué du rythme avec diminution de l’amplitude des contractions, Mais, si lés doses ont été suffisamment fractionnées, et l'inter-

valle entre les injections suffisamment long, le rythme

cardiaque se maintient longtemps avec ces nouveaux

caractères el l’on n’observe pas le collapsus.

2° Etude de l’action de la quinidine sur l'excitabilité

du vague et du sympathique.

A. — Etude de l’action sur le vague.

Celle-ci a été faite dans les expériences I, IL et HIT décrites ci-dessus. Nous n'y reviendrons pas. Rappelons ‘qu'aux doses employées, le vague a été constamment trouvé hypoexcitable ou inexcitable au courant faradique,

B. — Etude de l’action sur le sympathique.

L'étude de l’action isolée de la quinidine sur le sympathique a fait l’objet de deux expériences. Nous avons employé la technique d’excitation du ganglion par voie antérieure déjà décrite par nous à propos de nos ex périences sur la quinine (p. ).

L’excitation du sympathique fut faite au niveau de l’anse de Vieussens, au moyen du chariot de Gaiffe,

avant et après l'injection de sulfate de quinidine.

ExpÉRtENCE XXIV, — 16 mars 1922, — Chien: 7 kilogr. Chloralosé. Isolement du ganglion étoilé. Prise de tracés auriculaire et ventriculaire sur le cœur à nu.

16 h. 50, — Tracé initial.

16 h. 52. — Excitation du sympathique au chariot de Gaiffe,

Sauil de l'excitation : 5.

sisi

16 h. 55. — Excitation du sympathique au chariot de Gaiffe : accélération et augmentation d'amplitude des contractions très marquées.

17 h. 5. — Injection intraveineuse de 0 gr. 08 de sulfate de quinidine (soit un peu plus de 1 centigr. par kilogr. d'animal).

Ralentissement et diminution de l’amplitude des contractions,

17 h. 8. — Excitation du sympathique à 5. Même effet qu'avant l'injection de quinidine.

17 h. 15. — Injection intraveineuse de 0 gr. 06 de sulfate de quinidine (dose totale de quinidine injectée : 2 centigr. par kilogr.). Nouveau ralentissement avec diminution de l’amplitude des contractions.

17 h. 16. — Excitation du sympathique à 5. On ne constate plus d’accélération, mais l’augmentation de l’amplitude des con-

tractions persiste aussi marquée qu'au début de l'expérience,

Cette expérience nous montre que la quinidine à la dose de 1 et de 2 centigr. par kilogr. d'animal, chez le chien, respecte l'excitabilité du sympathique. Lorsque la quinidine est injectée à la dose de 1 centigr. par kilogr., l’excitabilité du sympathique reste absolument intacte. Si la dose injectée atteint 2 centigr. par kilogr., l’excitabilité est un peu diminuée. L'accélération ne se produit pus, mais l’augmentation de l'amplitude des contractions persiste aussi marquée que chez le chien non quinidisé.

En opposition avec cet effet de la quinidine sur le sympathique, nous avons vu dans les expériences précédentes (I, Il et III) que la quinidine à la dose de 1 centigr. par kilogr. diminue déjà fortement l'excitabi-

— JPA

lité du vague, et qu'à la dose de 1 centigr. 1/2 à 2 cenügr. par kilogr. elle la supprime complètement. Il ressort donc déjà de l'étude comparative de ces différentes expériences, qu'il existe une action différente de la quinidine sur l’appareil inhibiteur et accélérateur,

Mais le fait ne pouvait être tenu pour démontrer que si nous recherchions, chez le même animal, l’action simultanée de la quinidine sur l’excitabilité de ceux-ci. C’est ce que nous ayons fait dans les deux expériences que nous décrivons ci-dessous,

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