VII. — DURÉE DES EFFETS THÉRAPEUTIQUES
DE LA QUINIDINE
L'observation de nos malades nous a montré d’une facon indiscutable que l’action de la quinidine sur l’arythmie complète est essentiellement fugace et qu'il est nécessaire, si l’on veut la prolonger, de prolonger presque indéfiniment l’administration du médicament ; c'est à notre avis, le gros reproche qu'on peut faire à la quinidine considérée comme médicament du cœur, Voici
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les chiffres que nous avons obtenus pour notre part : sur 12 cas d’arythmie complète où nous avons obtenu la régularisation, nous trouvons 7 cas où l’arythmie areparu moins de quinze jours après la cessation du médicament ; dans la plupart de ces cas, elle reparaissait deux à quatre jours après la fin de la cure. Dans 3 cas seulement, nous avons obtenu une régularisation persistante après cessation de toute médication quinidique, plus de quinze jours et moins d’un mois, et dans 2 cas seulement, un effet favorable qui durait encore un mois après la fin de la médication.
Les observations des différents auteurs corroborent cette manière de voir (Bock, Jenny, Hewlett et Sweeney, Ellis et Clark-Kennedy, etc.). On voit donc que si l'on cesse le médicament, on voit reparaitre en général l'arythmie à plus ou moins bref délai. Mais si l’on continue à donner l'alcaloide à faible dose, nous croyons qu'on arrive ainsi à prolonger la période de régularisation du rythme. C'est ce que nous avons fait dans notre observation XXX VII (p. 302). Il s'agissait d’une femme chez qui une arythmie supprimée par une cure antérieure était reparue deux jours après la cessation de la quinidine ; nous avons repris la médication. Cette malade a pris pendant cinq jours 1 gr. 20 de quinidine par jour, puis pendant onze jours 1 gr. 20 par jour pendant deux jours; interruption un jour et reprise: la dose totale d’alcaloïde ingérée comme dose d’entretien a été de 15 ge. 60 en seize jours. On put ainsi, pendant ces seize jours, maintenir la régularité du rythme, et la malade a quitté l'hôpital très améliorée,
Le traitement quinidinique doit être done, à notre avis un traitement prolongé, si l'on veut arriver à des résultats pratiques. Îl faudrait savoir combien de temps il doit durer, après la suppression de l’arythmie; quelles sont les doses minima capables de maintenir la régularité du rythme ; si le malade s'habitue peu à peu au médicament ou s’ilest nécessaire d'augmenter progressivement les doses; si à partir d’un certain temps il y devient réfractaire; si l'administration prolongée de quinidipe peut à la longue avoir une influence fâcheuse sur l'organisme. Dans cette voie, essentiellement pratique, il y a, à notre avis, tout un ordre de recherches nouvelles que nous n'avons pas eu le temps d’entreprendre, mais que nous nous proposons de poursuivre. Cependant nous avons d'ores et déjà la conviction que la quinidine peut être prolongée longtemps sans inconvénient. Nous insistons sur cette question des doses quinidiques d'entrelien, qui nous parait essentielle, Nous apportons à ce sujet, comme documents, deux de nos observations : 1° Notre obs. XXT (p. 271) chez cette malade très sensible à l’action de la quinidine, mais dont l’arythmie reparaissait régulièrement de huit à quinze jours après la cessation du médicament, nous avons pu maintenir plus de deux mois un rythme absolument régulier en lui donnant la dose d’entretien suivante : 1 gr. 20 trois fois par semaine. Elle à pris ainsi 28 gr. 60 de l’alcaloïde en 2 mois ; sans aucun inconvénient : 2 obs. XXXIIT (p. 296). Cette malade avait eu deux crises d’arythmies régularisées par La quinidine,
mais qui étaient reparues, les premiers huit jours la
deuxième, quatra jours après la cessation du médicament. Or, nous avons pu maintenir, chez elle, pendant plus de deux mois, une régularité complète du rythme par une dose d'entretien de quinidine combinée avec la digitaline, de la manière suivante : cinq jours de digitaline à dix gouttes par jour, puis dix jours de théobromine. Chaque semaine, sauf la semaine de digitaline, sulfate de quinidine trois jours par semaine, à raison de 0 gr. 60 le premier jour, 0 gr. 80-le deuxième, 1 gramme le troisième. Notre malade a pris ainsi 15 gr. 40 de quinidine en deux mois. Nous l’avons revu le 6 juin : son cœur était en parfait état; ses troubles fonctionnels avaient disparu et son électrocardiogramme était normal. Ses deux observations nous paraissent absolument démonstratives au sujet de l'efficacité pratique du trai-
etment quinidique prolongé.