‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 8 sur 106 · I. — LA QUININE GONSIDÉRÉE COMME TONIQUE DU CŒUR · texte numérisé non relu

I. — LA QUININE GONSIDÉRÉE COMME TONIQUE DU CŒUR

Divers auteurs, observant avec la quinine des effets toni-cardiaques qui peuvent en effet, comme nous le verrons, se produire dans certaines circonstances . conclurent que la quinine produit essentiellement sur

le cœur un effet tonique, caractérisé par une augmenta-

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tion de l'énergie contractile du myocarde, accompagnée suivant les uns par un ralentissement, suivant les autres par une accélération du rythme. Cette théorie qui, comme nous le verrons, est en opposition avec les faits les plus certains, fut une conséquence de l’abus de l’esprit de système, qui fit considérer la quinine, au début de son histoire, comme le type même du médicament tonique. C’est la conclusion que Duval et Biraudi, de même que Piorry, avaient tirée de leurs recherches cliniques ; Duval et Biraudi (1829), avaient donné à des sujets bien portants, des doses faibles de sulfate de quinine, variant de 0 gr. 60 àl gramme, et avaient observé une augmentation constante de la fréquence et de la force du pouls, un médecin allemand, Schultz, fit des observations analogues.

Certaines recherches expérimentales conduisirent aux mêmes conclusions : c’est ainsi que Lauder Brunton attribua à la quinine une action essentiellement excitatrice, et admit que l’alcaloïde était capable de réveiller les contractions d’un cœur de grenouille arrêté en systole. Guido Cavazzani conelut de ses expériences sur les grenouilles que, sous l'influence de la quivine, la fibre cardiaque se contracte énergiquement, le musele pâlit et le cœur s'arrête en systole. Cette action tonique sur la fibre cardiaque coïnciderait d’après lui, avec une action vasoconstrictive constante et énergique qui serait cause du ralentissement de la circulation.

Schichepotjew, émit l'opinion que les effets de la quinine sont différents chez la grenouille d’une part, chez

le chien et l’homme d’autre part; chez la grenouille on

observerait toujours un ralentissement, chez le chien et chez l’homme toujours une accélération ; mais dans les deux cas, il y aurait renforcement constant de l’impulsion systolique. La quinine exciterait les centres moteurs cardiaques, et l'on verrait persister, après quinisation, des contractions dans la pointe isolée du cœur de grenouille, alors que celle-ci, chez la grenouille qui n’a pas été quinisée perd toute faculté de se contracter lorsqu'elle est isolée.

Bochefontaine et son élève Soulier, ont été les plus ardents promoteurs de la théorie de l’action cardio-tonique de la quinine, et l’ont soutenue dans toute une série de travaux. Ils appuyaient leur opinion sur des constatations expérimentales et cliniques. Expérimentalement, les auteurs prétendent avoir observé que la quinine à toutes les doses, en ingestion et injections intraveineuses, augmente l'énergie contractile du cœur. Ce serait pour eux l’action essentielle de l’alcaloïde. Chez le chien, à la suite d’ingestion de sulfate.de quinine, on observerait une élévation immédiate de pression coïncidant avec une accélération du cœur et des irrégularités, par excitation des terminaisons gastriques du vague, puis secondairement une baisse de pression et un ralentissement du cœur. À la suite d’une injection intraveineuse, on observerait une augmentation immédiate de pression dûe, à l'excitation de l’endocarde par la quinine, puis aussitôt après on verrait apparaitre de même une chute de pression coïncidant avec le ralentissement du rythme cardiaque. Mais, fait essentiel, quelles

que soient ces variations de la pression artérielle, le

ie

cœur conserverait jusquà la mort une énergie contractile augmentée, et la hauteur de la systole, sur les tracés, serait accrue ; l’abaissement de pression observé ne serait nullement dû à une diminution de la force du cœur et aurait une origine purement vasculaire. Chez la grenouille enfin, par injection hypodermique, on provoquerait une accélération durant six minutes, puis un ralentissement consécutif. Mais ici encore, l'énergie contractile serait conservée. Seule l'application directe sur le muscle cardiaque de la grenouille produirait un arrêt immédiat du cœur, puis une reprise et un ralentissement des battements, mais avec diminution de leur force, phénomène qui serait dù à une action toxique locale. Au point de vue clinique de même, Bochefontaine et G. Sée ont affirmé que chez l’homme sain comme chez le malade, l’ingestion de quinine provoque bien un abaissement de pression, mais que celui-ei a une origine purement vasculaire. Chez le typhique en partieulier, la quinine aurait une action toni-cardiaque des plus nettes, caractérisée par la disparition du dicrotisme (celui-ci étant d’après G. Sée et Bochefontaine un signe d'hypotension) ef par la modification du tracé sphygmographique dont la ligne d’asecension deviendrait beaucoup plus ample et beaucoup plus verticale. |

A côté des auteurs que nous venons de eiter, et qui considèrent que la quinine est dans tous les eas, un tonique du cœur, se placent ceux pour qui elle est un tonique du cœur aux doses physiologiques, et ne devient un paralysant qu'aux doses toxiques.

C’est là l'idée essentielle de Laborde et de ses élèves

Dupuis et Simon. D'après ces auteurs, l’action tonique de la quinine sur le cœur se manifesterait tout d’abord, et serait la véritable action physiologique, elle consisterait en une augmentation de l'énergie contractile. Quant à l'effet dépressif, paralysant, il n'apparaîtrait qu’à dose toxique ; il coïnciderait toujours avec des phénomènes d'irrégularités et d’ataxie cardiaque, indiquant une in toxication profonde de l'organe, et précéderait de peu la mort du cœur.

Les expériences sur lesquelles s’appuie cette opinion sont fort nombreuses. On en trouvera la description détaillée dans la thèse de Simon. Nous renverrons le lecteur à celle-ci sans y insister davantage.

Des conclusions de Laborde il faut rapprocher celles de Jérusalimski, qui fit des expériences chez le chien. D'après lui, on observerait, mème à dose importante, une augmentation de la pression artérielle allant de pair avec l'accélération du cœur. Seul Femploi de doses massives, ou de doses moyennes répétées, finirait par produire des effets dépresseurs ; mais ceux-ci n’apparaitraient qu'après une injection hypodermique de ? gr. à 1 gr. 25 au minimum el seraient accompagnés de signes d'intoxication cardiaque grave.

Nous venons donc d'exposer diverses théories qui, différentes dans les détails, se rapprochent par un trait commun : elles attribuent à la quinine un effet essentiellement tonique sur le cœur, au moins aux doses physiologiques.

En opposition avec celles-ci, nous allons maintenant

passer en revue l’ensemble des travaux qui amenèrent

roue

À PA AE 5 leurs auteurs à conclure que la quinine exerce sur l’appareil circulatoire, même aux doses physiologiques, une

action essentiellement dépressive.

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