POULS NATURELS DES ORGANES
l’eau qui déborde. Sous une légère pression, il est très-sensible. En appuyant fortement, il semble disparaître sous le doigt; il est fort (ta)i et superficiel (feou). En élé, il est débordant ( hong ) et fort (ta). Au printemps, il est hien-hong-feou (trémulant, débordant, superficiel). A la fin de chaque saison, il est liong-ouan (débordant, lent modérément). En automne, il est feou-hong (superficiel, débordant); en hiver, tcliin-hong (profond, débordant). Le pouls contraire du cœur est tcliin-sy (profond et délié).
Le pouls naturel des poumons est feou-touan (superficiel, court), et semblable aux gouttes d’eau qui tombent du toit. Au printemps , il est hien-feou (trémulant, superficiel) . En été , il est feou-touan- hong (superficiel, court, débordant). En automne, feou-touan (superficiel , court) . En hiver, tchin (profond) . A la fin de chaque saison , feou-ouan (superficiel, lent modérément). Le pouls contraire du poumon est hong-ta (débordant, fort).
Le pouls naturel de l’estomac est semblable aux feuilles du saule légèrement agitées par le zéphyre (ouan), fort (ta). Au printemps il est lent (tche) et (hien) trémulant. En été, il est tchehong (lent, débordant). A la fin de chaque saison, tche-ta (lent, fort). En hiver, tchin-lche (profond, lent). Le pouls contraire de l’estomac est (hien) trémulant.
Nous dirons en résumant, qu’au printemps les trois pouls de chaque bras tiennent du hien (trémulant). En été, ils tiennent du hong (regorgeant). En automne, du feou (superficiel) . En hiver, du tchin (profond). A la fin de chaque saison, du ouan (lent modérément).
Les pouls, suivant que la chaleur vitale est dominante, sont ou précipités, superficiels, pleins, forts, solides, longs, ou produisant la sensation de la corde tendue d’un instrument. Lorsque l’humide radical domine, les pouls sont profonds, variables, lents, faibles, courts, saccadés et mous.
Aux trois régions du corps dont nous avons parlé plus haut, correspondent trois pouls dans chaque bras. Le premier, appelé pouls du ciel ou pouls de la partie supérieure du corps, chang-tsiao , indique la dominance de la chaleur vitale , et par conséquent est débordant (hong), superficiel (feou) et fort (ta). 'Le deuxième,
nommé pouls de la terre ou pouls de la région inférieure du corps (i hia-tsiao ), indique la dominance de l’humide radical, et par conséquent est profond. Il est généralement plus élevé chez la femme, où le sang et l’humide radical dominent; raison qui fait que le pouls de la première région est plus faible chez elle que chez l’homme. Enfin le troisième pouls ou pouls de l’homme, pouls de la région médiane ( tchong-tsiao ) est lent modérément (ouan) , participant de la chaleur vitale qui se porte naturellement vers la région supérieure, et de l’humide radical qui tend à descendre vers la région inférieure.
§ VII. POULS IRRUPTEURS.
Lorsqu’un pouls étranger fait irruption dans un endroit qui n’est pas le sien propre, le médecin sera certain qu’il y a altération de l’équilibre, trouble dans l’organisme, et il devra alors s’efforcer de reconnaître la nature du pouls irrupteur et les dangers qu’il peut signaler. Ainsi, par exemple, en été, il peut arriver que le cœur, qui est soumis à l’influence de la chaleur, éprouve quelque affection plus ou moins grave. Les grandes chaleurs de cette saison sont généralement suivies d’un automne assez froid; et il en est de même du corps humain, dans lequel l’humide radical suit de près l’extrême chaleur vitale. Dans ce cas, si une partie de l’humide radical sort de la source du cœur, ou d’un de ses sièges naturels, pour se porter vers les extrémités par son grand canal de communication, le pouls du cœur, qui, dans son état naturel, est, comme nous l’avons dit plus haut, débordant, plein et large sous le doigt, devient par suite de celte fuite de l’humide radical, lent, mou et comme fuyant. Or, supposons que le cœur se trouvant dans ces conditions, le pouls naturel du foie fasse irruption dans l’endroit où l’on tàte le pouls du cœur et se substitue à lui-mème sous le doigt; comme le bois produit le feu, le pouls que l’on sentira à l’endroit du pouls du cœur indiquera un défaut d’inanition dans le cœur, épuisement, ou manque d’esprits vitaux et de sang, affection produite par l’action d’un mauvais vent. Il faudra dans ce cas rétablir le foie pour délivrer le cœur. Supposons maintenant que ce soit le pouls de l’estomac qui ait fait irruption
POULS IRRUPTEURS.
dans l’endroit où se tàte le pouls du cœur, ou bien que le canal de l’estomac ait versé en déviant une partie de ses esprits dans la voie du cœur, le feu engendrant la terre, le pouls que l’on sentira à l’endroit du pouls du cœur indiquera de la plénitude dans le cœur; il faudra purger l’estomac pour soulager le cœur. Si c’est le pouls du poumon qui a fait irruption, comme le métal lutte avec le feu, le pouls que l’on sentira à l’endroit du pouls du cœur indiquera une faiblesse dans le cœur provenant du froid. Et comme le feu est plus fort que le métal, et que la puissance froide du poumon peut être dominée par la chaleur naturelle du cœur, cette faiblesse peut être guérie facilement. Supposons encore que ce soit le pouls des reins ou de la vessie qui ait fait irruption, comme l’eau est l’ennemie du feu, le pouls que l’on sentira à l’endroit du pouls du cœur indiquera que le cœur est envahi par les eaux des reins. Ce mal, causé par un froid et une humidité extrêmes qu’il faut faire cesser, devient très-difficile à guérir. Enfin, si le pouls naturel du cœur est plus élevé ou plus faible que sa nature ou la saison ne le comporte, il indique un vice de rectitude qui, en raison de la conservation de sa propre substance, disparaîtra seul, sans qu’il soit nécessaire d’employer de remèdes. Toutes les fois que le pouls naturel d’une saison se trouve changé en son contraire, la vie est en danger. Ainsi le pouls du cœur devenant profond et délié (tchin-sÿ), celui du foie superficiel ( feou ), court ( touan ) et aigu (se)’ celui des reins, lent modérément (ouan) ; celui des poumons, regorgeant (hong) et fort (ta); celui de l’estomac, long ( tchancj ) et trémulant (hien)y il y a danger. Mais si l’altération est telle que l’enfant soit soutenu par sa mère, le mal n’est pas grand; par exemple, si le pouls du cœur est lent (oaari) ; celui de l’estomac, regorgeant (hong) ; celui des poumons, profond ( tcliin ), la maladie sera de courte durée. Mais si la mère charge l’enfant, c’est-à-dire si les reins communiquent leur mal au foie, ou si le foie communique ce mal au cœur, la maladie sera très-longue.
En d’autres termes , si le mal quittant les grandes voies de communication par lesquelles il doit passer jusqu’à sa disparition, pénètre dans une voie qui ne soit pas dans l’ordre normal de suc-
cession, mais qui cependant soit ou contiguë, ou liée, ou d’une force inférieure à la précédente, par exemple si le cœur transmet son mal à l’estomac ou au foie, ou si le cœur reçoit son mal du poumon qu’il domine, il résulte de cette communication, qui n’est pas violente, que les maladies n’ayant pas de racine sont guéries facilement. Sf au contraire le mal passe en déviant dans une voie opposée à la précédente , si , par exemple , le cœur communique son mal au poumon, celui-ci au foie, le foie à l’estomac, l’estomac aux reins, les reins au cœur, et que le cœur essaye de nouveau de le transmettre au poumon , comme aucun organe ne peut supporter de lésion de la part de son organe contraire, il s’ensuit que les maladies deviennent sinon mortelles, au moins très-longues et très-difficiles à guérir.
Au printemps, avoir le pouls du poumon est également mortel, parce que le printemps répond au bois et le poumon au métal que détruit le bois ; il en est de même si dans cette saison on a le pouls de l’estomac. Par une analogie semblable, avoir en hiver le pouls du cœur, en été celui du poumon, en automne celui du foie, indique un danger sérieux. Quand au printemps le pouls du foie est en même temps lent et trémulant (ouan-hien) , quoiqu’il ait la lenteur (< ouan ) propre du pouls de l’estomac, s’il conserve la trémulation qui lui est propre , l’altération n’est pas grande ; mais s’il vient à perdre cette trémulation, le mal est alors trèsdangereux. 11 sera facile, au moyen de ces données, de déduire les conséquences qui peuvent résulter de l’irruption ou du changement de chaque pouls.