‹ La médicine chez les ChinoisChapitre 3 sur 89 · DES CHINOIS · texte numérisé non relu

DES CHINOIS

Kin-yao-kien-chou , par Tchang-kiai-ping (sous le règne de Kang-hi). Y-ling-kai-tcho , par Ouang-tsin ( sous le règne de Tao-houang). Tong-y-pao-tien , par Hiu-kiun (sous le règne de Kien-long). Tsy-yn-kang-mou , par Chang-sy (sous le règne de Kang-hi).

Ouen-y-lun, par Ou-yeou-ho (sous le règne de Tchong-tchin). Y-tchong-kin-kien , par une assemblée de Tai-yucn, présidée par Kang-hi. Pen-tsao-kang-mou , par Ouang-joui-ngan (sous le règne de Kang-hi). Tchin-kieou-ta-tchou, par Tchang-tchong-kin (sous le règne de Kang-hi). Nieou-ma-to-king , par Ouang-leang (sous le règne de Kien-long). Houang-ty-nuei-king , attribué à l’empereur Houang-ty.

SUR LES PLANTES MÉDICINALES DE LA CHINE

PAR M. P. DABRY.

En offrant à la Société d’ acclimatation les minéraux et les plantes médicinales que j’ai rapportés de Chine , et qui sont employés dans ce pays comme agents de guérison, mon but n’a pas été seulement de chercher à introduire en France de nouveaux moyens thérapeutiques , mais surtout d’appeler F attention des savants et des hommes dévoués qui composent cette Société sur Futilité qu’il y aurait à sauver du naufrage les débris de l’antique civilisation chinoise, et à étudier les richesses et les ressources du nouveau territoire que la France vient de conquérir dans cette partie du globe.

Lorsque Bonaparte dut faire sa mémorable campagne d’Egypte , ce guerrier civilisateur comprit que sur la vieille terre des Pharaons, dans la patrie des Ptolémées , il y avait autre chose que des Turcs et des mameluks à combattre et à vaincre , et il emmena avec lui cette immortelle commission scientifique dont les travaux devaient faire connaître une contrée dont le nom n’est jamais prononcé sans réveiller de grands souvenirs. Tout ce qui dans l’ordre d’utilité pratique ou d’activité intellectuelle put être exploré avec avantage fut l’objet de ses recherches et de ses méditations : la science moderne put lutter ainsi de gloire avec l’héroïsme. Or, si ces illustres chercheurs ont pu faire tant de découvertes dans un pays conquis tant de fois et par tant d’épées, dans un pays qu’aucune barrière n’isolait du reste du monde, que ne trouverait-on pas dans cet extrême Orient, si riche et si peu connu?

J’ai vu la Cochinchine, j’ai chassé dans les grands bois du cap Saint- Jacques, j’ai remonté le magnifique fleuve qui arrose ces terres si fertiles, j’ai visité les environs de Saigon, je nie suis longuement entretenu avec Mgr Gauthier et plusieurs missionnaires et officiers qui ont pénétré dans l’intérieur; eh bien , je suis heureux de pouvoir dire qu’il sera difficile de trouver une autre colonie où les trésors soient aussi abondants et qui offre plus d’avenir pour sa métropçle. Admirablement situé entre la Chine, l’Inde et Siam; riche d’un sol presque encore vierge et facile à travailler ; pourvu de productions de toutes sortes déjà exploitées par le commerce indo-chinois et dont plusieurs seront fort bien accueillies sur nos marchés; habité par une population très-douce, très-maniable et par-dessus tout agricole; voisin de certaines provinces dç la Chine qui fournissent les meilleurs émigrants laboureurs; coupé par de nombreux cours d’eau qui servent d’excellentes voies de com-

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munication ; très -bonne station pour notre marine, qui y trouvera en tout temps des approvisionnements et des abris sûrs ; entouré de frontières à peu près inaccessibles, le royaume d’Annam, devenu terre française , est appelé , sous une administration habile , qui saura tirer parti de l’élément indigène en le ménageant, et avec le concours nécessaire de capitalistes formés en association, à devenir, pour notre commerce et notre industrie, une source de richesses.

Les arts et l’industrie annamites sont peu avancés. Enfants perdus des Chinois, gâtés par les libéralités de la nature, ils connaissent la plupart des inventions qui leur ont été transmises par les caractères de la langue chinoise que leurs sciences et leurs lettres ont adoptés, mais ils ne cherchent pas à en profiter. Nous aurons peu à leur demander sous ce rapport; mais, d’un autre côté, que de choses utiles à emprunter à leur histoire naturelle ! Sans compter leurs bois de Tek , de Sai-sou , et tant d’autres bois de construction , si remarquables par leur grain et leur dureté et si recherchés par les Chinois ; sans parler de leurs milliers d’espèces végétales si précieuses pour nos manufactures et notre alimentation , nous y trouverons la plupart des plantes médicinales usitées en Chine , et qui constituent une des branches importantes du commerce indigène. Or, qui sait si quelques-uns de ces agents de guérison ne seront pas appelés un jour à prendre place dans notre pharmacie , et destinés à succéder à quelques-uns de nos moyens thérapeutiques? Il n’y pas très-longtemps que nous avons emprunté le quinquina à l’Amérique, le cousso à l’Afrique , la rhubarbe à l’Asie, etc.

Maintenant que nous possédons un territoire d’où nous pourrons tirer la plupart de ces plantes médicinales ; maintenant que , grâce à la Société d’acclimatation, nous pourrons introduire dans nos provinces les espèces qui redoutent un soleil trop brûlant, n’est-il pas opportun, en attendant que des recherches sérieuses soient faites sur les lieux mêmes, de commencer à consulter les ouvrages chinois qui décrivent les propriétés et les vertus de ces plantes, et qui expliquent leur usage en médecine? Moins avancés que nous en anatomie, en pathologie et en physiologie, les Chinois ont suppléé à ces sciences par leur esprit d’observation, leur expérience et leur connaissance des matières premières. Tout ce qui vole dans T air, tout ce qui nage dans l’eau, ou tout ce qui est sur la terre ou dans son sein, a été étudié avec soin par eux. Depuis un temps immémorial, ils font entrer dans leurs remèdes le carbonate de soude, le sulfate de soude, le sulfate de fer, le minium, l’acétate de cuivre, le carbonate de chaux , le sulfure de cuivre , le cinabre , le chromate de plomb , le borax, l’alun, le mica; le soufre, avec lequel ils guérissent la gale, connue depuis plus de quatre mille ans sous le nom de tchoiig -kiai (mots qui signifient pustules formées par un ver); l’arsenic, pour combattre les fièvres intermittentes rebelles ; le mercure , pour expulser du sang le virus syphilitique et dont ils se servaient bien des siècles avant

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la découverte de l’Amérique; enfin tant d’autres substances minérales ou végétales dont un grand nombre nous est encore inconnu. Suivant leur tradition, l’étude de la materia medica remonte à la plus haute antiquité. L’empereur Chin-nong (esprit laboureur), 3216 avant J.-C., fut le premier qui fit connaître à ses sujets les cinq sortes de graines les plus propres à la nourriture de l’homme, et qui leur apprit à distinguer les cent sortes de plantes utiles. Il inventa tous les instruments qui peuvent faciliter la culture du sol, et en enseigna l’usage. Il goûta luimême les différentes productions de la terre , et il connut ainsi les plantes vénéneuses et toutes celles dont les qualités ou les vertus peuvent contribuer à la santé ou guérir les maladies. Frappé de leurs extrêmes différences , il fit sur ce sujet de profondes réflexions et inventa la médecine ; puis , dans la crainte que la tradition orale ne pût suffire pour conserver le souvenir de ses travaux, il eut recours , en l’absence des caractères de l’écriture qui n’étaient pas encore inventés, à des signes conventionnels formés par la combinaison d’un certain nombre de lignes droites ou brisées. Houang-ty (2637 avant J. -G.) fit recueillir religieusement toutes lés découvertes antérieures , et fit de la médecine un véritable corps de science , dont les éléments furent consignés dans un livre qui est venu jusqu’à nous. — Cet ouvrage ( Nuei-king ) est certainement, au point de vue historique de la médecine , le plus curieux qui existe. Les plus habiles critiques chinois disent que le texte original ne subsiste plus tel qu’il est sorti des mains de l’auteur; mais ils croient sur de bonnes preuves qu’on n’a fait qu’en simplifier le style pour le mettre à la portée de tous les médecins. Quelques-uns soupçonnent qu’on a fondu, dans cette espèce de traduction, des principes et des observations qui appartiennent à la dynastie des Tcheou (1222 avant J.-C.), et même à celle des Han (200 ans avant J.-C.). Quoi qu’il en soit, comme les livres de médecine furent exceptés de l’édit de proscription de Tsin-che-houang , le brûleur de livres, on ne peut douter que la Chine ne possède les plus beaux secrets de l’antiquité. Quels enseignements ne peut-on pas en espérer, surtout quand on songe que quarante siècles d’expériences et d’observations ont grossi ce trésor d’une infinité de découvertes transmises religieusement d’âge en âge!

La théorie médicale des Chinois , reposant sur des bases moins certaines que la nôtre , a quelque chose de plus vague et de plus mystique. « La médecine, disent-ils , ne peut rien que selon les vues et les desseins impénétrables du tien (ciel). Outre qu’elle est presque tou- « jours dans les nuages du doute , de l’incertitude et de la conjecture ,

* combien de maladies nouvelles , combien de fièvres épidémiques et » de pestes , combien de crises générales et de symptômes développés 3) tout à coup qui échappent à sa pénétration et rendent inutiles tous « ses efforts (Nuei-king) ! L’homme ne sait pas comment il naît, et 3) ignore comment il meurt ; tout est mystère pour lui. Il voit bien

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v l’instrument j cherche à en expliquer les ressorts, donne des noms 33 aux cordes les plus cachées , mais les vibrations et les notes qui for- » ment l’harmonie sont au-dessus de sa portée. Les jours de l’homme )3 sont comptés, la longueur de sa course mesurée, et la borne de sa 33 carrière fixe et immobile , sans aucun espoir que la médecine puisse y 33 rien changer, parce que toute vie est un anneau dans la grande chaîne -33 des destinées du monde, dont toutes les proportions sont déterminées 33 et immuables. La médecine ne peut donc sauver de la mort, mais son 33 rôle reste encore admirable; elle sert à prolonger l’existence, à guérir 33 d’une foule de maux qui assiègent notre pauvre humanité, à fortifier 33 la morale en prêchant la vertu et en proscrivant le vice, cet ennemi 33 mortel de la santé, et enfin à consolider les Etats et les peuples par 33 des conseils et des recommandations hygiéniques ( Lien-tche ).

33 La vie, disent-ils encore, renferme deux principes essentiels, la 33 chaleur vitale ( yang ), et l’humide radical (yn) , dont les esprits, l’air 33 et le sang sont les véhicules. De l’altération, delà division de ces deux 3) principes, naissent les troubles de notre organisation et les affections 33 morbides. La santé dépend donc de leur accord parfait et de leur 33 équilibre constant.

33 Ces deux principes essentiels passent dans les autres parties du 33 corps, par le moyen des esprits vitaux (air) et du sang, dont la circu- 33 lation est réglée (Tou-pien) . Le corps humain avec ses nerfs, ses 3) muscles , ses artères et ses veines , ressemble à une espèce de luth ou 33 d’instrument harmonique dont les parties , rendant divers sons , ont 33 par leur structure , leur forme et leur usage , une sorte de tempéra- 33 ment qui leur est propre; et c’est par le moyen des pouls différents 33 produits par le flux et le reflux continuel du sang et des esprits vitaux, 33 et qui sont comme les touches et les sons divers de cet instrument , 33 qu’on peut juger des dispositions du corps (Nuei-king).

33 Ils admettent, en outre, que le mécanisme du corps humain est 33 tout hydraulique , et que la santé ne subsiste que par la libre cir- 33 culation des humeurs et des esprits vitaux*. Deux grands obstacles , la 33 pesanteur et le frottement , combinés avec les causes extérieures , 33 gênent continuellement cette circulation. De là ils ont admis l’impor- 33 tance de l’acuponcture , qui , au moyen de la pénétration des aiguilles, 33 augmente l’activité et le ressort de l’air nécessaire à la fluidité des 33 liquides , et aide les humeurs et le sang à vaincre les engorgements 33 qui gênent leur circulation et produisent la douleur.

33 Ils ne se sont pas contentés des indices du pouls , qu’ils regardent 33 comme certains pour connaître les dispositions du corps ; ils ont cher- 33 ché des signes extérieurs , et ont cru les avoir trouvés dans la tête , 33 qui est le siège de tous les sens qui font les opérations animales. La 33 nature , suivant eux , a placé aussi chez la femme et chez l’enfant des 3) marques apparentes faciles à distinguer, et qui permettent, à leur

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;m inspection, de reconnaître le genre et la gravité de l’affection. Ainsi, » tout enfant dont les organes accusent un désordre plus ou moins » grand, porte à la main, au-dessous d’un doigt, des marques très- » visibles et dont la couleur, la forme et la position indiquent les lésions 3) opérées par les désordres morbides. 33

Telles sont, en résumé, les bases du système médical, qui n’a jamais varié en Chine depuis cinq mille ans. Cependant quelques critiques chinois pensent que ces principes ne sont que les parties infiniment petites d’un tout que le torrent des siècles n’a pas épargné ; ils prétendent que dans les premiers âges le traitement des maladies était éclairé par une connaissance approfondie du mécanisme du corps humain, et qu’ alors les médecins possédaient le secret, par la rénovation de l’air primordial et par la transfusion du sang, d’augmenter les forces et de prolonger l’existence. On trouve effectivement dans le Tcheou-ly des détails extrêmement curieux qui semblent prouver que la pure tradition de la théorie médicale n’est parvenue jusqu’à nous que brisée par le temps , et remplie de lacunes très-regrettables. Aujourd’hui la science du bon médecin consiste à savoir tâter le pouls , examiner, écouter et interroger. Seulement , ces bons médecins commencent à être rares, et comme l’art de guérir est parfaitement libre, et que la loi qui protégeait autrefois la santé publique en punissant le médecin ignorant (Code pénal, Ta-thsin-liu-ly) est tombée en désuétude , il est assez difficile de trouver actuellement chez le médecin chinois autre chose que de la cupidité et du charlatanisme. Il existe bien encore à Pékin un collège de médecine ( Tay-y-yuen ), dont les membres sont toujours honorés par le gouvernement de privilèges et de marques de distinction ; malheureusement ces places , qui autrefois étaient données au concours , sont maintenant vendues au plus offrant. Il reste les ouvrages, de médecine, dans lesquels on trouve leur manière de traiter les différentes maladies , et qui expliquent assez clairement les symptômes de chaque affection pour qu’on ne puisse pas se tromper sur l’emploi et l’usage de leurs moyens thérapeutiques. En lisant ces ouvrages, dont je me propose de donner bientôt une traduction, et en les comparant avec ceux de nos meilleurs auteurs , on y trouve moins de clarté , moins de lucidité , moins de méthode ; cependant des médecins européens auxquels j’ai communiqué quelques extraits ont bien voulu me dire que l’esprit d’observation et d’analyse des Chinois qui ont écrit sur cette matière leur faisait le plus grand honneur. Ils décrivent en effet les moindres prodromes et les plus petits symptômes qui se rapportent à l’invasion du mal , au fort de la crise et à la dernière période. Dans chaque maladie , l’attention du médecin est appelée sur un symptôme caractéristique. Ainsi , pour n’en citer qu’un exemple, dans la fièvre typhoïde , qu’ils nomment ouen-tcliin-tsee (peste à petits boutons et à taches), à l’apparition de petites taches sur le corps, dès

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que les yeux deviennent rouges et larmoyants , et dès que la toux est déclarée , la forme et la durée de ces taches leur servent à établir leur diagnostic et à asseoir leur pronostic.

Je n’entrerai pas dans de plus longs détails sur ce sujet si fécond ; mais, avant de terminer, qu’il me soit permis de dire que, n’étant pas médecin, je ne me permets pas de juger la théorie médicale des Chinois et leur manière plus ou moins rationnelle de guérir ; seulement je puis affirmer que j’ai vu, de mes propres yeux vu, des cures faites par eux et qui m’ont paru miraculeuses. Aussi, en présence des nombreux cas de guérison que j’ai pu constater, j’ai acquis la conviction profonde que , sous ce rapport , la science moderne aurait quelque chose à emprunter à l’antique civilisation chinoise. Il existe une source précieuse d’où peuvent sortir des découvertes utiles à notre humanité. Pourquoi attendre quelle disparaisse avant d’y avoir puisé? Le voyageur qui marche la nuit , éclairé par la lueur des astres , profite de ce guide lumineux sans se préoccuper s’il vient de l’orient ou de l’occident. La science n’est-elle pas comme ce voyageur ? toujours enveloppée de ténèbres , peut-elle avancer dans la recherche de la vérité sans reconnaître les phares quelle rencontre sur sa route? ( Bulletin de la Société d’acclimatation, t. IX, 494, 1863.)

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