‹ La médicine chez les ChinoisChapitre 81 sur 89 · PAR LE PÈRE CIBOT, MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

PAR LE PÈRE CIBOT, MISSIONNAIRE

A en croire le témoignage des caractères , le cheval a été connu à la Chine dès la plus haute antiquité. Le caractère de cheval, en effet, qui est sa vraie image dans les monuments qui remontent le plus haut , est du nombre de ceux qui sont regardés , universellement et sans contradiction, comme les plus anciens et les plus sûrement conservés.

Les naturalistes chinois ont posé en principe que la durée de la vie des animaux est proportionnée au temps qu’ils demeurent dans le sein de leur mère. Comme le cheval est un de ceux qui y restent le plus (car, selon eux, c’est près de douze lunes) , ils en concluent que c’est un de ceux qui devraient vivre le plus longtemps. S’il vit moins , c’est qu’on attente à sa vie en le mettant trop tôt au travail, en le soignant mal , et surtout en ne le ménageant pas assez , et en épuisant ses forces par des efforts trop violents , ou par des fatigues trop continuelles.

Les livres chinois entrent dans de fort longs détails sur la forme , la couleur, la taille , la proportion des membres , la configuration de certaines parties du corps et les autres signes qui indiquent, selon eux, et auxquels on connaît sûrement les forces , les bonnes qualités et les défauts du cheval (1).

« La petitesse des oreilles du cheval , selon un ancien mémoire , in- » dique celle du foie , et dès là peu de fantaisies ; la grandeur des » naseaux , celle des poumons , et dès là sa facilité à tenir au plus » grand galop ; la grandeur des yeux, celle du cœur, et dès là du cou- « rage et du feu ; un bas-ventre effilé et qui se perd sous les cuisses ; « un estomac peu dilaté , et dès là le non besoin de beaucoup de nour- » riture. »

Il faudrait s’entendre un peu en chevaux pour pouvoir dire en quoi, comment et jusqu’ où les chevaux d’ici sont semblables aux nôtres , ou diffèrent d’eux. Tout ce que nous nous hasarderons d’insinuer, c’est qu’à en juger par les chevaux que nous avons vus à la ville , à la cour et au palais , on trouve ici des chevaux de presque autant de couleurs que chez nous, mais qu’il y en a deux ou trois dominantes; que presque tous ont les oreilles petites, les yeux grands et pleins de feu, la crinière

(1) Nous nous proposons de publier ces détails dans un supplément.

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et la queue belles, et que pour tout le reste ils n’approchent pas des nôtres : ce qui doit s’entendre avec les exceptions et les modifications qu’il faut supposer pour l’empereur, les princes et les grands. Nous voyons , en effet , que les Chinois et les Tartares regardent toujours avec surprise et avec admiration les chevaux de nos estampes et de nos tableaux, et se récrient sur leur beauté.

Les naturalistes chinois rangent le cheval parmi les animaux en qui le feu domine , et d’une façon qui , dans leur système , influe également sur sa constitution , sa nutrition , sa conservation . ses inclinations , ses bonnes qualités , et les services qu’elles le mettent en état de rendre à l’homme. Pour ces deux derniers articles , ils disent à peu près les memes choses que les nôtres. Si l’on avait besoin de faits articulés et bien remarquables sur le courage du cheval , sur sa patience , sur son attachement pour son maître, on en a recueilli ici un grand nombre. On nourrit actuellement au palais un très-vieux cheval de l’empereur régnant, qui, lorsqu’il était de quelque voyage de Sa Majesté, n’avait ni paix ni trêve, dès quelle approchait, qu’il ne lui eût été présenté, et n’en eût reçu quelque caresse; mais après , soit que Sa Majesté prît une voiture, une chaise, ou un autre cheval , il allait attendre en paix, à sa suite, qu’on agréât ses services ; et quand il portait son maître, on eût dit, à son allure et à ses attentions, surtout à sa docilité, qu’il sentait qui il était.

Un cheval est ici un animal de service, qu’il faut nourrir et conserver, puis voilà tout. Pour ne pas exposer sa santé aux affaiblissements des délicatesses , des petits soins et des régimes raffinés , mais plus encore pour ne pas faire un fardeau à la société de ce qui en doit être le soulagement , on pose en principe , pour les chevaux de main comme pour les chevaux de harnais et de tirage, qu’il faut acheter leurs services le moins cher qu’on peut, et ne pas leur donner des besoins dont la nature les a affranchis. En conséquence, les écuries des pays les plus froids, celles même de Pékin et de l’empereur, ne sont que de longs appentis, avec un toit et trois murailles. Le côté du midi, vers lequel ils sont tournés, n’a ni portes ni fenêtres : ils sont assez profonds, du reste, pour que les chevaux y soient bien abrités à leur râtelier. La paille hachée est leur fourrage, et le leao leur avoine. Gomme l’on graisse les roues d’une charrette selon le chemin quelle a fait ou qu’elle doit faire, on proportionne la ration du cheval à la tâche qu’il a remplie ou qu’on lui demande.

II existe quatre grands principes fondés sur les indications de la nature.

Le premier est qu’il ne faut jamais trop dépayser les chevaux ; le pourquoi, c’est qu’un cheval de Tartarie arrivé dans les provinces du Midi, et un cheval des déserts de l’Ouest transplanté dans les pays gras et humides du Tche-kiang et du Kiang-nan , y trouvent un climat, un sol et des aliments défavorables à leur constitution naturelle , qui diminuent nécessairement leurs forces, et attentent peu à peu à leur santé.

Le deuxième principe, c’est qu’on perd les chevaux en les hongrant, et la race suivante en faisant travailler les juments qu’on a fait couvrir. Les anciens, auxquels les Chinois reviennent toujours, reléguaient toutes les juments dans les haras , et ne se servaient que de chevaux entiers. La pratique de hongrer les chevaux n’a commencé qu’avec la nécessité de se servir des juments. Pour quelques avantages quelle procure , elle ôte au cheval beaucoup de ses forces et de ses plus belles qualités pour la guerre surtout et pour le travail; sur quoi l’on conclut qu’il ne faut que céder à la nécessité sur cet article , et que moins on hongrera de chevaux, plus on fera le bien de l’Etat, pour le labourage surtout, le tirage, etc.

Le troisième principe est qu’un cheval est tellement constitué, que la manière dont on le forme et dont on le dresse le rend tel qu’on le veut pour tout le reste de sa vie , jusqu’à lui ôter les défauts dont il a la naissance , et lui donner de bonnes qualités , et des adresses dont le germe est caché.

Le dernier principe dont nous avons à parler, c’est qu’un cheval doit finir sa carrière où il l’a commencée; c’est-à-dire continuer à faire jusqu’au bout ce à quoi il a été appliqué.

« De soins en soins, dit Tai-tchi (auteur chinois), de leçons en » leçons , on avait conduit un cheval à marcher, à se tourner et à bon- 5> dir en cadence au son des instruments. Tout Tchang-ngan (ou Si- 55 ngan-fou) l’a vu et s’en est amusé à la première lune. Le maître » dont il était le gagne-pain mourut dans un village du Hou-kouang, 55 en le conduisant à Han-keou, pour le faire voir durant la grande 55 foire. Le cheval fut vendu pour acheter une bière à son montreur, et 55 tomba entre les mains d’un petit mandarin de la douane voisine, qui, 55 au lieu de le faire danser, le mit dans son écurie avec deux mules et 55 un âne , et le destina à son usage. Mais quoique bien reposé, et mieux 55 soigné que sous son ancien maître , qui ne lui donnait sa ration que 55 le soir, quand toutes ses danses étaient finies , lui qui était auparavant 55 si familier et si docile , devint peu à peu si dur, si rétif, si ombra- 55 geux, qu’on ne pouvait plus le monter. Le voiturier auquel il passa

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» Je trouva encore plus indomptable, et fut forcé de le vendre au bou- 5) cher. Or, ajoute le lettré chinois, si un pareil cheval perdit si prodi- 5) gieusement à être tiré de ses premières habitudes, quoiqu’au profit de » son bien-être, que doit-ce être de ceux qui passent d’une bonne 55 nourriture à une mauvaise et d’un travail médiocre à un travail

55 forcé? 55

L’empire de la Chine est aujourd’hui beaucoup plus grand que toute notre Europe ; dès là il doit y avoir bien des manières de nourrir les chevaux; mais la plupart regardent des pays trop différents à notre France pour pouvoir y être d’aucune utilité. Xous nous bornerons à parler de celle de la province du Pe-tche-li , où nous sommes ; nonseulement parce qu’il nous a été facile de nous en instruire en détail et sûrement, mais encore et surtout parce que c’est elle dont il semble qu’on pouvait faire plus d’usage chez nous.

Les écuries chinoises, celles de l’empereur comprises, ne sont que de grands appentis tournés au midi. Le sol en doit être élevé et en pente, pour qu’il soit toujours sec et propre. On le pave quelquefois ; mais pour l’ordinaire on se contente de le couvrir de terre grasse et de la bien battre. Les écuries d’hiver sont profondes et entourées de murailles au nord, à l’orient et à l’occident. Le côté du midi est sans portes ni fenêtres et totalement ouvert, même à Pe-king, où les froids sont si rigoureux et si longs. Les écuries d’été sont des appentis ouverts aux quatre vents, pour que les chevaux y soient au frais et à l’abri du soleil et de la pluie. On les y mène aux beaux jours du printemps, et on les en retire quand les nuits d’automne commencent à être fraîches; mais ce n’est que peu à peu ; en sorte qu’on les y laisse encore passer la journée pendant quelque temps. Au reste, on ne connaît point l’usage de la litière , hors certains cas fort rares, et on ne voit pas que cela ait aucun mauvais effet.

Les anciens Chinois posaient en principe, comme ceux d’aujourd’hui, qu’il fallait tirer du cheval tous les services qu’il peut rendre sans qu’il coûtât trop de soins; mais comme la population n’était pas montée si haut , ils avaient des pâturages , des prairies à leur choix , et leurs chevaux étaient bien nourris. On a eu besoin depuis de toutes les terres pour des moissons , et on a trouvé le moyen de nourrir des chevaux sans pâturages ni prairies. Au lieu donc de regarder comme une ignorance ce que nous allons en raconter, qu’on y admire une industrie très-étendue, et qu’on voie jusqu’où on pourrait l’imiter dans notre France. Car enfin, quelque décisives et quelque triomphantes que soient

les raisons qu’on ne manquera pas d’alléguer en faveur de la nécessité des prairies et des foins, le fait public de la Chine , qui s’en passe et continue à tirer des chevaux les mêmes services , paraît une réponse à laquelle le préjugé le plus opiniâtre doit se rendre. Au reste, nous sommes les premiers à en avertir, nos chevaux ne manqueront pas d’opposer bien des résistances , si l’on en vient à les traiter à la chinoise : mais tout cède à la faim dans les animaux. Quand les chevaux venus de Tartarie ont jeûné deux ou trois jours plutôt que de toucher à la paille hachée dont leur auge est garnie, ils en mangent enfin comme leurs camarades ; et s’ils perdent quelque temps de leur embonpoint, ils ne tardent pas à le reprendre et à redevenir aussi forts et aussi vigoureux que ci-devant. Malgré cela, on pourrait peut-être y aller plus doucement que les Chinois , qui mettent ces pauvres chevaux à la paille dès qu’ils ont passé la grande muraille , et continuent à les faire marcher, quoiqu’ils ne mangent pas.

On s’est trompé en France, si l’on a cru qu’on nourrissait ici les chevaux avec de la paille de froment ; elle est trop dure , trop sèche , trop peu substantielle, pour être donnée à la place du foin. Dans les provinces du Nord, on fait usage de la paille de millet; et dans celles du Midi, de la paille de riz. Il faut pourtant convenir que les chevaux s’accoutument plus aisément à la première, et s’en trouvent mieux. Si quelques gens de lettres avaient mieux su ce qui se pratique dans nos provinces , leurs préjugés en faveur du foin ne leur en auraient pas tant imposé, et ils auraient plus écouté les propos de la physique sur l’analogie et la ressemblance de certaines pailles avec le foin. Car enfin, il est de fait qu’il y a des cantons où l’on nourrit les bœufs et les vaches avec de la paille de millet : témoins les charbonniers des Landes, qui viennent vendre leur charbon à Bordeaux. Nous nous souvenons très-distinctement d’avoir vu ces bonnes gens hors d’une des portes de la ville, se ranger autour de leurs bœufs et de leurs vaches , et tordre de la paille de millet pour la leur faire manger. Or, si des bœufs et des vaches , pour qui on réserve les meilleurs foins, s’accommodent de cette nourriture, combien n’est-on pas endroit d’y accoutumer les chevaux, surtout si l’on admet le grand principe des Chinois , qu7/ faut en tirer tous les services quils peuvent rendre, en réduisant leur entretien au plus pur nécessaire .

A en croire les Chinois , toutes les pailles de millet et de riz ne sont pas également bonnes pour les chevaux. Celle de millet qu’ils préfèrent, est celle du millet qu’on appelle ici cou-tsee , et chez nous panis. Nous

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ne disons rien de celle du riz ; il serait trop difficile de nous faire entendre. Quelque paille qu’on choisisse , il faut avoir attention quelle n’ait pas été mouillée , quelle ne soit point salie ni de poussière ni de mauvaises herbes; et surtout qu’elle ne se soit point échauffée quand elle a été liée en petites gerbes ou mise en grands monceaux , comme nos meules de foin dans quelques provinces. Les livres chinois entrent dans de fort longs détails sur les soins , les attentions et les précautions qui assurent la bonté de la paille et la conservent jusqu’au bout; mais comme nous n'y voyons guère que ce qui se pratique chez nous , il est inutile de nous y arrêter. On coupe la paille pour la donner aux chevaux; et plus elle est coupée courte, plus ils la mangent avec plaisir. Si elle passe un pouce, elle est trop longue; le mieux est qu’elle n’ait que cinq à six lignes. L’emploi de la couper est très-fatigant; l’on y condamne les Tartares et les eunuques qu’on envoie en Tartarie. Nous trouvons dans tous les livres, qu’on doit couper la paille de trois jours en trois jours, qu’elle perd de sa bonté à être coupée longtemps d’avance, se salit de poussière et ne se conserve pas si bien. Cependant on ne suit guère cette règle dans la plupart des grandes écuries et pour de très-bonnes raisons sans doute. La vraie, c’est que couper la paille étant très - fatigant , on choisit le temps le plus commode. Au, reste , on convient que si elle est mise en monceau dans un endroit couvert, bien sec et à l’abri de la poussière, elle se conserve bien, si l’on a attention surtout de renouveler l’air de cet endroit quand le temps est beau.

Ce serait un soin fort superflu que celui de prétendre indiquer au juste combien de livres de paille on donne par jour à un cheval; cette quantité ne peut être fixée et doit varier selon la taille , l’âge, le tempérament, le travail de chaque cheval, et même selon la saison de l’année et ce qu’on lui donne d’autre nourriture. A s’en tenir aux livres des mandarins, pour les postes de l’empire où il y a des chevaux de selle, de malle et de voiture , on donnait , sous la dynastie passée , depuis quinze jusqu’à vingt livres de paille par jour à un cheval et quatre picotins de leao : nous dirons dans un moment tout ce qu’il faut savoir sur le leao. Nous trouvons aussi dans les mêmes livres , réimprimés sous le règne de Kang-hi , qu’on doit donner cette paille à certains temps et dans une certaine proportion. Par exemple, à midi on donne trois livres de paille et un picotin de leao aux chevaux dont la ration est de quinze livres; le soir, à six heures, sept à huit livres de paille et un picotin et demi de leao; le matin, à la pointe du jour, le restant de la paille et

du leao. Du reste, après avoir rapporté le dire des livres, qu’on suit dans bien des écuries, nous avouons, à la honte et à la confusion de la cour de Pe-king, que les kouan-ma (ou chevaux du palais envoyés chaque jour à ceux qui ont certains emplois) ne gardent point du tout ce régime, vu qu’ils sortent au soleil levant des écuries impériales pour n’y rentrer qu’au soleil couchant; vu aussi que ceux à qui on les accorde ne sont obligés qu’à les faire abreuver. On leur dispense leur paille et leur leao le soir à leur arrivée , vers minuit et à la petite pointe du jour. Du reste, quoique les kouan-ma soient des chevaux impériaux, ils se font parfaitement à ce régime , fatiguant beaucoup et se portant bien.

Disons maintenant ce que c’est que le leao. Leao est un nom commun à plusieurs espèces de fèves et féveroles qu’on cultive en plein champ jusque dans les plus mauvais pays; il varie d’une province à l’autre, et paraît être une espèce de pois dans quelques cantons. Le premier mot de bien des gens sera de prononcer contre le leao, et de décider qu’il faut le laisser aux chevaux chinois; et nous n’appellerons point de leur sentence. Si d’autres, par égard pour une pratique qui a pour elle la recommandation d’une expérience de plus de trente siècles, voulaient faire des essais , nous les avertissons que la manière de préparer le leao pourrait bien contribuer à en rendre l’ usage plus sain et plus utile pour les chevaux. Nous oserions presque dire que ce point mérite quelque attention. Or, la manière de préparer le leao consiste à le faire cuire dans un grand vase de fer enchâssé sur un fourneau qui a sa petite cheminée. La meilleure eau n’est pas trop bonne pour cela. On en met assez pour qu’elle s’élève au-dessus du leao de cinq à six pouces; puis on la fait bouillir à gros bouillons, jusqu’à ce qu’elle soit diminuée et descendue au-dessous du niveau du leao. Alors on modère le feu de façon quelle achève de se consumer et de s’évaporer peu à peu. Le leao n’est censé cuit que lorsqu’il n’en reste plus du tout et que la chaleur l’a tellement dissipée, que les grains du leao, qui s’étaient enflés et allongés , ont repris leur première figure et se sont durcis de mous qu’ils étaient devenus par la cuisson. Dès qu’ils sont à leur point, on les tire du vase de fer et on les fait refroidir dans de grandes corbeilles. Cuire le leao est la grande science et le grand mérite d’un valet d’écurie, science de pratique et d’expérience, ou même de routine, si l’on veut, mais ennuyeuse et lassante par les attentions toujours les mêmes et sans lesquelles le leao est , pour les chevaux comme pour les hommes , un pain ou mal levé , ou mal pétri , ou mal cuit : mérite qui est rare ,

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parce qu’il se soutient difficilement contre les profits de certaines adresses, industries et honnêtes friponneries , au moyen desquelles on dépense pour les chevaux moins de chauffage et de leao qu’on n’en compte au maître. Du reste, avant de faire cuire le leao , il faut le passer au crible pour en ôter toute la poussière, la terre, etc., qui lui donnent un mauvais goût , et puis en ôter les pierres et les corps étrangers , à peu près comme l’on fait des pois qu’on veut faire cuire. Dans les grandes écuries on cuit du leao pour plusieurs jours; mais on convient qu’il perd à être gardé cuit, et que plus il est cuit de fois , plus les chevaux le mangent avec plaisir, plus aussi il leur profite. Les mules, les mulets et les ânes sont servis comme eux en leao. Pour les bœufs et les vaches, qui sont mal endentés , on le leur concasse et on le leur donne cuit en bouillie grumeleuse.

On dit ici, comme en Europe, que l’eau de rivière ou de fontaine est la meilleure pour abreuver les chevaux, puis vient celle d’étang. Quant à l’eau de puits, qu’on met la dernière, on prétend que l’hiver et l’été elle est moins saine et souvent nuisible, si elle n’est pas tirée du moment. On ne pense pas ainsi en Occident; mais on pourrait avoir raison des deux côtés, parce que les climats de Chine sont très - différents des nôtres, et les eaux de puits encore plus différentes. Au surplus, il ne paraît pas que les chevaux d’ici soient aussi souvent incommodés de leur boire que les nôtres. La règle générale est de les abreuver trois fois par jour : le matin, au milieu du jour et le soir. Le matin et à midi, on ne laisse pas boire beaucoup les chevaux, et s’ils doivent rester à T écurie, on ne leur fait pour ainsi dire que goûter l’eau : mais le soir on les laisse boire tout leur soûl. On prétend qu’un cheval ne doit pas être abreuvé avant qu’il ait mangé, ni après qu’il s’est rassasié, mais quand il a mangé un peu. Si l’abreuvoir est éloigné, il faut l’y conduire et surtout l’en ramener doucement, et si on l’abreuve à l’écurie, il est essentiel de le faire marcher après et de le promener quelque temps par la bride. Enfin, si un cheval sue beaucoup en été, il faut l’arrêter sur le boire, quoiqu’il reste à l’écurie, parce qu’il s’affaiblit. En hiver il est certain que l’eau le refroidit, et que moins il en boit, plus il est vigoureux.

Nous avons parcouru et feuilleté bien des livres , et sur ce que nous y avons vu, nous croyons pouvoir en conclure que la doctrine ancienne, générale et constante de Chine pose en principe que le cheval est d’un tempérament de feu, que l’humidité et le grand boire altèrent, et que la sécheresse et le peu boire conservent. On donne comme un fait certain

que les chevaux des pays montagneux , des plaines presque arides , des cantons sablonneux et peu arrosés, sont plus sains, plus forts, plus durs à la fatigue et plus courageux. Les chevaux des pays gras, marécageux et humides, sont, à la vérité, plus gras, plus grands, plus membrus ; mais ils ne se soutiennent pas et durent peu. Bien plus, on dit avoir observé que les derniers , après avoir pâti quelque temps dans les pays secs , s’y accoutument ensuite , jusqu’à en devenir meilleurs ; au lieu que les premiers, après avoir paru d’abord profiter beaucoup dans les gras pâturages, s’y affaiblissent peu à peu, deviennent maladifs et vieillissent fort vite. Si cette observation était vraie et avait également lieu ailleurs, elle demanderait peut-être qu’on en tînt compte pour la cavalerie de nos armées. Mais à propos de cette observation (je le mettrai ici de peur de l’oublier), à en croire les livres, surtout les anciens , les pays où l’on nourrit beaucoup de vers à soie sont très-malsains pour les chevaux. Sous la dynastie des anciens Tcheou, il était défendu d’élever des vers à soie dans les endroits où l’on nourrissait beaucoup de chevaux, et de nourrir beaucoup de chevaux dans les cantons où l’on élevait des vers à soie. Quelques lettrés disent crûment qu’ils se nuisent réciproquement et ne sauraient réussir dans le même canton. Par malheur, ils ne rapportent point les raisons qu’en alléguaient les anciens , beaucoup meilleures probablement que celles de quelques philosophistes de la dynastie des Song, qui les vont chercher dans le ciel et les font descendre gravement, les uns du yn et du yang , parce que le yn domine dans les vers à soie et le yang dans les chevaux ; les autres, de je ne sais quelles étoiles dont les influences sont opposées et s’entrechoquent. Si nos physiciens jugeaient cette bagatelle digne de leur attention , ils feraient moins de chemin sûrement , et trouveraient mieux.

Ce qui nous a donné la pensée d’en parler , c’est que nous avons trouvé, par manière de conjecture, dans un commentaire du Ly-ki , que les endroits où les anciens élevaient les vers à soie étant des endroits bas et arrosés, parce que les mûriers étaient plantés le long des ruisseaux et des canaux, ceux au contraire où l’on nourrissait les troupeaux de chevaux étant des endroits montueux et peu arrosés , il n’était ni possible ni convenable de les mettre dans les mêmes lieux. Pour dire cependant les choses comme nous les trouvons sur une chose qui pourrait mériter quelque attention , il paraît qu’on a cru que le voisinage des vers à soie était nuisible aux chevaux et celui des chevaux aux vers à soie. On assure que si l’on frotte les lèvres du cheval en dehors et en dedans d’excréments des vers à soie, il ne peut plus mâcher, et que si

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on lui met dans la bouche quelques feuilles de mûrier broyées , il cesse , sur-le-champ de manger : il sera aisé de le vérifier.

Plusieurs lettrés en ont fait la remarque : les chevaux des déserts de Tartarie , ceux même qu’on met au vert pendant quelques mois, ne sont ni pansés ni soignés comme ceux des écuries ; or, bien loin que cela leur nuise , il est de fait qu’ils sont plus vigoureux et mieux portants que ceux qui nous coûtent tant de soins. D’un autre côté , il est sûr que les chevaux des écuries souffrent, s’affaiblissent, et deviennent maladifs, si on néglige de les soigner et de les panser. « Pour « moi, dit Lu-tchi, plus je réfléchis sur cela, moins je vois qu’il » faille s’en étonner. Outre que le cheval abandonné à soi-même est » affranchi de tout travail, il respire sans cesse le grand air de la » campagne , choisit à son gré ses pâturages , boit et mange quand il 33 veut, court ou se repose de même, et se baigne dès qu’il lui plaît.

33 II s’avance vers le Nord en été, revient aux pays méridionaux en n hiver, et trouve en tout temps les abris et les soulagements dont il a 33 besoin. Quelle idée nous formons-nous de la nature , si nous ne 33 voulons pas reconnaître que la vie pour laquelle le cheval est né est 33 celle qui lui doit mieux profiter? Pourquoi n’en serait-il pas de lui 33 comme du bœuf, du bélier, de l’âne, et de tous les autres animaux 3) que nous apprivoisons? S’il n’avait pas été capable de se conserver 33 lui-même, lorsque toute la terre n’était qu’un désert, et le genre 33 humain réduit à une famille, où les hommes l’ auraient-ils trouvé,

33 lorsqu’ils se furent assez multipliés pour avoir besoin de son aide?

33 Pour moi, ce qui m’étonne, c’est que, raisonnant aussi mal pour 33 le cheval que pour nous , nous soyons parvenus à tourmenter sa vie 33 comme la nôtre, par des nécessités, des sujétions et des maladies 33 sans nombre. L’avarice, le faste et la prodigalité ont tout perverti à j 33 son égard. L’avarice, pour en tirer plus de profit, a prévenu le 33 temps où, ayant pris son accroissement, il travaille sans s’épuiser;

3) elle a forcé son travail; elle n’y a gardé aucune règle, et a été ré- I 33 duite à lui trouver une nourriture extraordinaire pour soutenir ses ! 33 forces. Mais qu’y a-t-elle gagné? Outre que cette nouvelle dépense

33 diminue ses profits, la vie du cheval est abrégée, et il est usé dans 33 un âge qui était celui de sa grande force sous les Tcheou. Le faste 33 décompose ses allures naturelles , pour lui en faire prendre qui vio- 33 lentent son organisation et le mécanisme de ses mouvements ; ou 33 bien il pousse sa marche , et le met au galop dans les chemins qui 3) y sont les moins propres; et à force d’inventions, il est venu à bout

» de lui doubler le poids des voitures et des cavaliers. Nos militaires ». eux-mêmes ont oublié les anciennes lois de la cavalerie et affectent de ne plus voir qu’on ôte en ressources au soldat toutes les forces « qu’on ôte au cheval par un monde de harnais. Qu’ils ouvrent les » registres du tribunal de la guerre , et voient comment étaient enhar- » nacliés et nourris les chevaux des héros qui chassèrent les Hiong-nou 55 de nos frontières, et les firent fuir jusqu’en Occident. Pour la pro- 5) digalité , je n’ose regarder ni le ciel, ni la terre, quand je compare 55 la manière dont étaient logés, nourris et servis les chevaux du palais,

55 de la cour, des grands, des riches, sous les Tsin, les Leang, les 55 Soui et les Tang , avec le triste état auquel étaient réduits les habi- 55 tants des campagnes et le petit peuple des villes. Les placets et les 55 requêtes du temps font foi qu’à la honte de l’humanité, les auges 55 des écuries étaient pleines de riz et de blé , tandis que les horreurs 55 de la famine avaient réduit des millions d’hommes à errer sur les 55 montagnes pour s’y nourrir de feuilles d’arbres et d’herbes sauvages.

55 Le seul souvenir de ces horribles et exécrables excès glace d’effroi 55 et remplit d’indignation les âmes les moins sensibles de nos jours.

55 Mais j’ai grand’peur qu’elles ne sentent pas assez que le plus rare s? et le plus admirable cheval n est quun animal de service , et que le 55 dernier esclave de l'empire est aussi homme que l'empereur. Oh ! que 55 cette idée , qui est si vraie et si belle , réformerait de choses dans 55 les écuries, si l’on avait le courage de la méditer et la bonne foi 55 d’en admettre toutes les conséquences!

55 On a ri du mot du docteur Lieou , qui dit à l’empereur quil aime- 55 rait mieux être le cheval que le secrétaire d'un vice-roi. Mais ceux 55 qui l’ont répété le plus souvent dans les cercles auraient joué pro- 55 bablement un fort sot personnage, si on avait rapporté ce qu’ils ont 55 dit quand on leur a annoncé la maladie d’un cheval et celle d’un 55 domestique ; puis quand on leur a montré le registre des dépenses 55 pour l’un et pour l’autre. Tous les hommes sont mes frères, dit 55 celui qui parle dans la belle pièce Si-ming. Mon cœur me l’avait dit 55 avant lui, et le Chi-ldng me l’avait expliqué, en m’avertissant que le 5) Tien est le père commun, qu’il veille sur les besoins des pauvres, 55 et prend leur défense contre les empereurs mêmes, jusqu’à renverser 55 leur trône, pour les punir d’avoir abandonné les vieillards, les 55 veuves et les orphelins. Or, on aura beau me parler du bien de la 55 chose publique, de la splendeur de l’État et de la sûreté des fron- 55 tières de l’empire, au sujet des soins que demandent les chevaux, je

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r, laisserai dire et n’écouterai rien qu’ autant qu’on aura posé en n principe que tous les hommes sont frères; et puis, ce principe admis, r> je dirai : De quoi s’agit-il dans les soins qu’il faut prendre des che- » vaux? c’est sans doute de diminuer le travail des hommes, en leur « procurant le secours des chevaux. Cela posé , on manquerait son y) but si ce secours était acheté par trop de dépenses et de soins ; et « plus on l’aura aisément et à bon marché, plus on sera censé réussir 3) dans ce qu’on se propose.

» Je ne suis pas assez versé dans la science des écuries pour ajouter 33 rien de plus; mais je suppose qu’on prendra bien ma pensée , et 33 qu’ew prenant dans leur totalité les secours tirés des chevaux et les 33 soins rendus aux chevaux, comme dit la loi des Han, pour appré- 33 cier les premiers par les seconds, toute autre considération cessant, 33 les secours ne seront pas censés prépondérer et l’emporter si les 33 soins devenaient trop serviles, ou, ce qui est affreux à penser, 33 obtenaient plus pour les chevaux qu’on ne peut faire pour les pauvres, 33 ou meme des préférences en fait de nourriture. Qu’on n’aille pas me 33 faire un procès sur cette dernière remarque ; elle a trait aux temps 33. de famine, pour lesquels j’ai voulu rappeler les attentions des an- 33 ciens, qui, comme tout le monde sait, renvoyaient alors dans les 33 pâturages du désert tous les chevaux dont on pouvait se passer, et 33 ne souffraient pas qu’on donnât aux autres ce qui pouvait servir à 33 la nourriture des hommes. 33

On trouve dans un vieil ouvrage traitant des soins que demandent les chevaux , les passages suivants :

1° Dans une poste où il y a soixante-douze chevaux, on compte ordinairement neuf palefreniers et quatre valets de peine, pour suffire aux courses qu’il faut faire et aux pansements des chevaux. Propreté est santé, dit le proverbe, pour les chevaux d’écurie. En conséquence on emploie l’étrille , la brosse , le peigne et le bain. L’étrille, à ce que nous trouvons, doit être douce, et n’êlre jamais employée à contrepoil , pour 11e pas échauffer et irriter la peau du cheval ; la brosse doit être molle, pour ne pas nuire au poil, et le peigne clair, pour démêler les crins sans les arracher. On fait moins usage ici de l’étrille que chez nous; ce n’est guère que de trois jours en trois jours. Outre cela on l’appuie moins, surtout en été, parce que, dit-on, elle irrite la peau du cheval, et lui cause des sueurs qui 1 affaiblissent. Il y en a même qui se servent alors d’une étrille de bois, comme plus douce; et la plupart sont dans l’idée que le cheval abandonné à lui-même ne faisant rien qui

puisse donner idée de l’étrille, si ce n’est la manière dont il se frotte contre les arbres ou se roule sur le gazon, c’est trop le tirer de sa manière de vivre que de s’en servir beaucoup. Pour la brosse, on convient qu’elle conserve le poil du cheval, en augmente le lustre, et lui rafraîchit tout le corps. Aussi autant il s’agite sous l’étrille, autant il prend plaisir à la brosse, surtout en été. La règle générale prescrit de faire baigner les chevaux de trois jours en trois jours en été, tous les quinze jours au printemps et en automne, et une fois le mois en hiver. Les eaux courantes sont les meilleures pour le bain du cheval dans toutes les saisons; mais si l’on veut qu’il lui profite, il faut l’y conduire et l’en ramener au petit pas.

2° Un valet d’écurie intelligent et zélé suit ses chevaux de l’œil, remarque chaque jour où en est leur santé , et, sans les dorloter, comme un marchand qui les mène à la foire, il règle leur nourriture et ses soins sur l’état où il les voit. Mais, comme dit le livre que nous copions, ce sont des choses de pratique et de bonne volonté, qu’on ne peut pas prescrire. Il recommande seulement : 1° de mêler du son avec la paille dans le grand été, et quand on voit que les chevaux sont échauffés; 2° de leur faire gagner l’avoine de temps en temps, c’està-dire se coucher à terre et se rouler dans la poussière. Les valets d’écurie ont ici une manière de les y inviter, comme nos valets d’écurie ont celle de les faire boire. Le temps indiqué pour cela est le matin, quand le cheval a un peu mangé, et avant de l’abreuver. 3° Un cheval s’engourdit à rester trop longtemps à l’écurie. Tout son corps souffre de la contrainte du licol , et son feu le consume. Il est essentiel de le conduire dehors de temps en temps et de le promener deux ou trois lieues, une fois tous les dix jours, même lorsqu’il fait de petits voyages. Ces promenades à corps libre profitent beaucoup au cheval, et il en revient , dit-on , tout ragaillardi : aussi les recommande-t-on beaucoup ; et soit parce que la négligence en ce cas ne pourrait pas se cacher, soit par zèle pour leur devoir, les mandarins qui gouvernent les écuries du palais, ont grand soin qu’on emmène promener les chevaux. Nous les avons rencontrés plusieurs fois par bandes , le long des murs de la ville et dans la campagne. 4° Les chevaux souffrent et ont souvent des maladies, si on les réduit toujours à leur paille et à leur leao. Il y a ici deux manières de les mettre au vert pendant quelque temps. La première, qui est pour ceux qui restent à l’écurie, consiste à les nourrir d’herbe, ou en entier ou du moins en partie, pendant quinze jours à trois semaines, ou même plus. Mais comment faire pour avoir

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de l’herbe dans un pays où il n’y a pas de prairies et où toute terre est champ de blé? Le voici.

Quand viennent les grandes et longues pluies d’après le solstice d’été, toute la campagne se couvre de verdure , qui croît comme à vue d’œil. Rien de ce que nous avions observé en Europe ne nous avait préparés à la rapidité d’un pareil accroissement. Nous le voyions presque sans le croire, la première année de notre arrivée, tant il nous paraissait surprenant. Or, cette herbe qui croît ainsi dans toute la campagne, on la recueille en en faisant un bon choix, et on la donne aux chevaux toute fraîche. La seconde manière, qui n’a lieu que de trois ans en trois ans pour les chevaux du palais comme pour ceux des troupes , consiste à envoyer un certain nombre de chevaux dans les pâturages de Tartarie et dans les provinces , dans quelques vallées en prairies que le gouvernement s’est réservées. Cela se fait d’une façon également simple et aisée, qui ne fait rien débourser ni à l’ empereur ni à l’Etat. Quand la belle saison est venue, les mandarins des pâturages et leurs gens , ayant avec eux des soldats et des officiers des huit bannières, conduisent par bandes les chevaux qu’on leur confie dans les pâturages au delà de la grande muraille , en ont soin tout le temps qu’ils y restent, et les ramènent à la septième ou huitième lune, c’està-dire au commencement de l’automne.

La loi que nous avons sous les yeux leur recommande , sous peine de punition corporelle , de veiller à ce que leurs chevaux ne causent aucun dommage dans les campagnes , ni en allant ni en revenant. A leur retour, des mandarins du tribunal de la guerre et des bannières font la revue des chevaux pour s’assurer s’ils sont en bon état, etc. Du reste, l’article de la dépense ne fait aucun embarras. Un cavalier tartare a quatre taëls par lune en argent, c’est-à-dire trente livres, et autant en riz, puis trois taëls pour son cheval. Du jour où son cheval est mis entre les mains de ceux qui doivent le conduire au vert, il ne touche plus ces trois taëls jusqu’à ce qu’ils le lui aient rendu. Or, à mettre vingt mille chevaux conduits au delà de la grande muraille , voilà soixante mille taëls par mois pour leur viatique. Ils peuvent les dépenser dans leur allée et dans leur retour, à cause du grand nombre de gens dont on a besoin ; mais durant tout le temps du séjour dans les pâturages de l’empire ou de l’empereur, à un peu de leao près, ils ne dépensent rien. Cependant, comme l’on est obligé de rendre le nombre de chevaux qu’on a reçus, les accidents et les morts quelquefois très-nombreuses, causent des dépenses qui réduisent les profits à bien peu de chose.

3° Le cheval qui travaille demande des attentions , des ménagements et des soins particuliers. Or ces attentions , ces ménagements et ces soins, varient pour le cheval de selle, le cheval de poste, le cheval de malle, le cheval de voiture et le cheval de trait. Ici nous demandons grâce pour les détails; nous n’entendons pas assez les opérations et le langage des écuries pour pouvoir en rendre compte. Nous nous bornerons à observer en général 1° que, selon l’ancien proverbe, ce ri est pas le travail qui use le cheval, c'est le défaut desoins. Selon un autre, cavalier mouillé se sèche en pansant son cheval. Un troisième dit : C'est à l’auberge qu'on abrège les mauvais chemins. 2° Les premières journées des grands voyages sont ici fort courtes. On ne fait guère que trois à quatre lieues le premier jour. Il y a outre cela des demi-journées ou des journées entières de repos; et, quand le temps est trop mauvais, on s’arrête sans hésiter. Outre cela, on choisit pour marcher le temps le plus commode pour les chevaux, et dès qu’ils paraissent fatigués, on ne balance pas à augmenter les attelages et à décharger en partie les chevaux de malle. 3° Quand on est arrivé au gîte, au lieu de mener les chevaux à l’écurie, comme chez nous, on est ici dans l’usage de les promener parla bride, au petit pas, durant quelque temps, c’est-àdire, selon le langage du pays, jusqu'à ce qu'ils soient séchés de leur sueur, et soit préjugé , coutume ou raison , on regarde ce soin comme si essentiel qu’on n’y manque jamais. Les aubergistes ont des gens tout prêts pour cela, et ce n’est qu’ après que les chevaux ont été ainsi promenés qu’on les met à l’écurie, qu’on leur ôte la selle en été, et qu’on lâche les sangles en hiver. Peut-être serait-il bon d’examiner cette pratique. On recommande beaucoup aussi celle de leur faire gagner l’avoine dans la poussière, quand ils se sont un peu reposés et ont mangé, avant de les abreuver et même après. Cela les délasse, dit-on, et les refait. 4° Nous trouvons bien qu’il y a de grandes attentions à avoir sur la nourriture et le boire d’un cheval qui voyage ou qui travaille ; mais ces attentions sont si subordonnées à la saison, à l’état du cheval et au lendemain, que nous n’osons en rien dire.

Nous l’avons déjà dit, il faut le répéter : la population qui va toujours croissant et réduit les Chinois à faire un champ de blé de toute terre où l’on peut en semer, est la vraie et unique cause de ce qu’on fait moins usage ici des chevaux que dans nos provinces. Ce n’est qu’à force d’industrie et d’économie que les Chinois. peuvent venir à bout de nourrir ceux qu’ils ont. A examiner combien en ont les particuliers et le peuple, le nombiàe n’en est pas comparable à celui qu’ils en ont dans

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nos provinces, et est même très-inférieur, si l’on ne tient pas compte soit de la disproportion de la population , soit du peu de besoin qu’on a de chevaux, ou de l’impossibilité de s’en servir dans plusieurs cantons des provinces du Midi, à cause de la multitude prodigieuse des canaux. Par exemple, à Pe-king, les troupes à part, le peuple et les particuliers ont moins de chevaux qu’à Paris, quoique la totalité de chevaux soit de beaucoup plus grande. On emploie ici les chevaux, comme chez nous, pour le labourage , le tirage, le portage, les machines, etc.; mais il semble qu’on y prend plus à tâche de faciliter leur travail, de ménager leurs forces et de tempérer leurs efforts. Le grand principe des Chinois sur cette matière, c’est qu’on gagne par la conservation et la durée du cheval ce qu’on paraît perdre.

Voici une bagatelle sur la manière d’employer les chevaux, qui peut mériter quelque attention et ne doit pas être niée. Qu’ on l’explique comme l’on voudra, nous la garantissons comme un fait constant. Quand il s’agit de traîner des marbres, des colonnes, des poutres et des fardeaux d’une grandeur et d’un poids extraordinaires, soit pour les édifices publics, soit pour l’empereur, on met plutôt trop que trop peu de chevaux, parce qu’on est bien aise de faire gagner le peuple. Mais, quoiqu’ils soient quelquefois au nombre de quatre à cinq cents , les signaux sont si bien donnés et les conducteurs sont si bien distribués, que tous s’ébranlent et agissent à la fois. Les reposa la vérité sont fréquents, et l’on avance peu à chaque fois: mais si la chose presse, on change les attelages et l’on marche jour et nuit. Du reste , tous les chemins ont été préparés d’avance avec soin et les ponts bien étayés. Bien plus, on aime mieux faire çà et là des chemins à travers champs et dédommager leurs propriétaires, que d’avoir des coudes et des détours à rencontrer. Comme cela est impraticable dans les villes, on a imaginé d’augmenter l’attelage et de mettre à l’angle du coude un grand nombre de gens qui poussent les chevaux qui tirent et font sur eux comme l’effet de la poulie, en sorte que l’attelage continue à tirer, quoique faisant l’équerre. Nous nous expliquons mal, mais nous ne savons pas dire la chose autrement. Ceux qui poussent ainsi les chevaux et plient la direction de leur effort par celui qu’ils font contre eux en pressant leurs flancs, exposent leur vie, et il est arrivé quelquefois des accidents : aussi les paye-t-on bien grassement. I)u reste , on prend toutes les précautions possibles quand on est arrivé à ces détours, jusqu’à changer toutes les cordes et courroies de l’attelage. La police écarte bien loin tous les spectateurs et fait faire partout un grand silence , afin qu’on n’entende que le bruit des signaux

et que les conducteurs des chevaux, les hommes qui les poussent, agissent ensemble dans le même instant.

Les fortifiants entraient autrefois dans l’approvisionnement d’une armée. Quand un général commandait quelque marche forcée à un corps de cavalerie, quand il l’obligeait d’avancer malgré la pluie, la neige, le vent et le défaut de provisions , il faisait donner à chaque cavalier ce qu’il fallait pour paître ou alimenter son cheval , et il paraît qu’il n’en souffrait pas. Nous avions pensé à indiquer ces fortifiants et ces corroboratifs curieux; mais soit que le secret en soit perdu, soit que le gouvernement le cache, nous n’avons pas pu bien trouver comment ni de quoi ils étaient faits. En rapprochant différents textes de quelques anciens, on en conclut assez vraisemblablement qu’on composait d’abord une espèce de bouillie avec des os dissous , des moelles, des nerfs, des viandes et des farines de leao et de blé, puisqu’on faisait sécher cette bouillie, enfin qu’on la réduisait en une espèce de poudre grainée qu’on conservait avec soin et qu’on donnait au cheval en assez petite quantité , après l’avoir délayée dans de l’eau. Cependant tout cela est trop vague, et nous ne croyons pas qu’on puisse s’en servir autrement que pour faire des recherches, dans le cas où l’on jugerait cet article assez intéressant pour mériter quelque attention. Celui des maladies des chevaux l’est trop pour ne pas nous y arrêter quelques moments, tout ennuyés que nous sommes d’être si longs.

Le premier ministre de l’empereur Yong-lo lui ayant proposé de créer des médecins en titre et d’ériger des pharmacies pour les chevaux du palais et de l’empire : « Les Tang, qui eurent depuis quatre cent jus- » qu’à sept cent mille chevaux, répondit ce grand prince, ne songèrent j) jamais à leur assurer ni médecins ni pharmacies. Le fourrage et l’eau « sont la vie du cheval; qu’il soit bien nourri, bien gouverné et bien

pansé, il n’aura pas de maladies. L’établissement que vous proposez « serait encore plus insultant qu’onéreux pour mon peuple. »

L’établissement proposé n’eut pas lieu; mais Yong-lo fit publier un grand recueil de secrets et de remèdes pour traiter les maladies des chevaux : recueil qui, contenant tout ce qu’on avait trouvé dans les bibliothèques , pourrait plutôt être regardé comme un ouvrage de curiosité et d’érudition que comme un livre de médecine vétérinaire.

La dynastie régnante a fait publier des recueils de secrets et de remèdes pour les chevaux, dans le goût de celui dont nous venons de parler, et y a fait ajouter bien des choses qni ne sont point tirées des livres chinois, mais de son cru; c’est-à-dire des pratiques, des observations, des

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expériences, etc., des Mantchoux, lorsqu’ils étaient encore dans le Leao-tong.

Nous allons mettre ici quelques assertions et quelques remarques telles que nous les avons trouvées dans ce livre.

Le cheval est un animal en qui la chaleur et le feu dominent. Aussi a-t-il le pied rond , se couche sur les pieds de derrière et se lève sur ceux de devant, par opposition au bœuf, qui est un animal froid et lourd. Dans presque tontes les maladies du cheval , ce sont la chaleur et le feu qui excèdent , il ne s’agit que de les modérer. Le cheval n’a point de fiel : voilà pourquoi il est sujet à tant de maux d’yeux ; voilà pourquoi aussi le levain de sa bile étant répandu dans tout son sang , il a un feu si vif, si aveugle, si soutenu et d’urine malade, lorsque étant ému on ne lui donne pas le temps de se rasseoir et qu’on ne l’arrête pas tout à coup. Tout grain appesantit les pieds du cheval Il

galope volontiers contre le vent, mais il souffre à l’avoir par derrière Le cheval craint extrêmement les cendres, surtout les cendres

fraîches. Un général chinois mit en désordre la cavalerie des Tartares,

en faisant jeter au vent quelques sacs de cendres Si un cheval

marche trop , ses nerfs perdent leur ressort et ses jambes se roidissent. S’il reste trop longtemps arrêté sur ses pieds , ses os fatiguent et il lui vient des ulcères. S’il sue avec excès ou sans se ressuyer, sa peau s’altère et tout son corps se roidit. S’il mange ou boit à plein ventre, quand il sue encore de fatigue, sa respiration s’embarrasse, sa marche devient pesante , il maigrit et ne va pas au delà d'un printemps. Si on lui fait faire des marches, des courses forcées , toute la masse de son sang s’altère , et il n’y a plus de guérison à espérer Il faut observer,

quand on est en voyage , comment son cheval gagne l’avoine. S’il se roule dans la poussière et ne se relève pas , il a les os fatigués ; s’il se lève et ne secoue pas la poussière, c’est la peau; s’il se secoue et ne renifle pas, c’est la poitrine; s’il renifle et n’urine pas après, c’est son sang qui est altéré

Les grandes maladies du cheval attaquent le cœur, le foie, l’estomac, les poumons et les reins. Si le cœur est attaqué , la langue devient couleur de cinabre; si c’est l’estomac, ses lèvres changent de couleur et font une espèce de rire; si c’est le foie, ses yeux sont troubles ou jaunissent; si c’est le poumon, son nez dégoutte et se remplit de morve ; si ce sont les reins qui souffrent, il a ou une rétention d’urine ou une dysurie ; quelquefois la couleur de son urine s’altère. Sur cent maladies du cheval , il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui viennent de ce qu’on l’a trop

poussé, trop fatigué, ou de ce que l’on a négligé de le soigner et de le panser après son travail.

Les Tartares Hlantchoux, qui régnent aujourd’hui en Chine, n’ayant au inonde que leurs chevaux avant d’y venir, honoraient singulièrement l’esprit ou plutôt le dieu des chevaux, qu’ils représentent encore sous la forme d’un chevalet qu'ils honorent plus que jamais; car toutes les lumières que leur a valu leur entrée à la Chine, n’ont rien changé à ce culte ridicule consigné dans leur rituel; et, à la moindre menace de maladie épidémique , les offrandes , les sacrifices , les prières pour les chevaux sont leurs ressources.

Les Tartares de nos jours, à l’imitation des plus anciens (car leurs mœurs n’ont point changé), vivent au milieu de leurs chevaux et en tirent des bénéfices et des secours auxquels les autres nations ne pensent pas. La pêche, la chasse, ce qui croît de soi-même dans leurs immenses déserts, 11e les aident à vivre que peu de mois. Leurs chevaux et quelques troupeaux doivent fournir à leurs besoins le reste de l’année, et ils le font. Le lait de leurs juments leur est d’une aussi grande ressource que celui de vache et de brebis dans nos campagnes. Ils le boivent, ils le mettent en bouillié , ils en tirent du beurre, ils en font du caillé et des fromages; puis le petit-lait qui en reste devient entre leurs mains une espèce de bière ou même une eau-de-vie très-forte. Cette bière , du reste , paraît une invention fort ancienne. Les livres de la dynastie des Han font foi quelle fut introduite dans quelques provinces de la Chine plus de cent cinquante ans avant Jésus - Christ, et elle y eut beaucoup de vogue quelque temps. Quant à cette eau-de-vie, nous sommes témoin que , soit préjugé national , soit vrai goût , les Tartares même de la cour n’ont pas pu être entamés sur cet article partoutes les délicatesses de la Chine et continuent à la priser beaucoup. En boire est un régal pour eux , et en .offrir aux étrangers est une marque d’amitié.

La chair de cheval est la grande viande de boucherie des Tartares. Mais ils s’entendent excellemment à choisir dans un troupeau ceux qui sont bons à manger. Il ne leur faut qu’un instant, et ils ne se méprennent jamais. Leur choix ne se borne pas à distinguer les meilleurs ; ils en rejettent aussi plusieurs comme mauvais et malsains. Soit que les chevaux soient meilleurs à tuer à la fin de l’automne, soit qu’il faille s’ôter l’embarras de les nourrir au milieu des neiges ou des campagnes arides , il y a des quartiers où les Tartares en font alors une terrible boucherie. Le froid les leur conserve, ou bien ils en font bouillonner

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et sécher la chair qu’ils réduisent après en une espèce de farine qui se gâte très-difficilement. Nous indiquons exprès cette farine, parce qu’elle est le grand approvisionnement des armées qui doivent tenter au loin une expédition et la faire réussir par des marches forcées et des surprises. Chaque cavalier peut porter ainsi ses provisions pour plus d’un mois; car cette farine de viande, délayée dans de l’eau bouillante en assez petite quantité, est très- substantielle , dit-on , et fort nourrissante .

Avant de parler des Chinois , qui voient tout cela comme le virent leurs ancêtres , il faut avoir la bonne foi de faire observer que les chevaux des pays d’au delà de la grande muraille étant nourris dans de vrais pâturages et les Tartares les laissant assez dans la manière de vivre que leur inspire la nature , il ne serait pas surprenant que leur chair et tout ce qui vient d’eux fût meilleur que dans les chevaux de la Chine , qui vivent dans des climats si différents et sont si différemment gouvernés , lorsqu’ils en sortent. Les livres chinois , anciens et nouveaux, n’ont qu’une même doctrine et enseignent que la chair de cheval est malsaine pour l’ordinaire , ne doit être employée que dans un grand besoin, demande à être lavée bien des fois avant d’être préparée, et doit être jetée d’abord dans l’eau bouillante et enfin être très-cuite pour ne pas nuire. Puis ils ajoutent que tout ce qui est couvert par la selle dans les chevaux qui ont servi ne doit pas être mangé, et que la bigarrure du poil n’indique pas moins une mauvaise chair que les plaies et les ulcères. Cette doctrine, au reste, a beau être réimprimée de nouveau , elle reste dans les livres depuis que les accroissements prodigieux de la population ont réduit la police à fermer les yeux sur une infinité de choses et à laisser manger tout ce qui est viande. Ceux qui parlent tant de population en Europe ont encore bien des réflexions à faire avant d’avoir compris comment et jusqu’où elle devient le plus terrible des fléaux. Comment ceux qui se piquent de science et d’érudition ne se souviennent-ils plus que tandis qu’il fallait faire parler les lois contre le célibat philosophique , tandis qu’une grande nation s’éteignait dans un pays de délices , les peuples du Nord croissaient , se multipliaient à étonner dans leurs déserts, et préparaient ces inondations qui firent écrouler l’empire romain dans le temps marqué par la Providence? Comment n’observent -ils pas de quelle façon périssent, s’éteignent et sèchent jusqu’à la racine tant de familles à qui la génération précédente promettait une si belle postérité ; tandis que d’autres s’étendent, se propagent et deviennent de jour en jour plus nombreuses avec une rapidité

à laquelle rien n’avait préparé et que rien n’explique? Les lettrés chinois ont bien remarqué tout cela, et conviennent qu’on n’y saurait méconnaître la providence du Chang-ti. Mais revenons à ce que les Chinois ont écrit sur la viande du cheval.

Selon eux , le foie de cheval , surtout celui de selle et de bât , est un aliment funeste ; le sang et la sueur de tous les chevaux sans exception ont un venin dangereux qui irrite les plaies et les fait tomber en gangrène, si l’on ne se hâte d’y porter remède. Ces remarques, ainsi que celles qui suivent, sont de purs narrés de ce que nous trouvons dans les livres ; aussi n’osons-nous pas demander qu’on y fasse attention. La médecine fait usage de la chair, du cœur, du foie , des poumons , des reins , de la cervelle , des dents , des os , du sabot , du poil, du crin, du sang et de l’urine du cheval, de la matrice et du lait de la jument et des enveloppes de son poulain ; mais il y a des précautions à prendre et un choix à faire. Toute discussion cessant, il ne faut se servir que de chevaux blancs pour les remèdes et les tuer bien portants. Ainsi on ne peut pas se faire des remèdes avec des chevaux fatigués ou qui ont des ulcères, ou qui sont de différentes couleurs, etc. Le bouillon de viande de cheval diminue l’ ardeur du sang dans les pleurésies et les fièvres malignes. On en lave utilement les ulcères de la tête. Bien préparé et bien cuit, il peut rendre les forces aux malades affaiblis et dégoûtés; mais il vaut mieux se servir des nerfs pour ce dernier usage. C’est dans les reins du cheval qu’on trouve une espèce de bézoaid qui a plus de vertu que celui du fiel de bœuf. On peut en faire usage avec plus de confiance, mais on ne doit s’en servir qu’avec précaution, comme les anciens. Les dents brûlées, réduites en cendres, puis mises en boue avec la salive de l’enfant et ainsi étendues sur ses gencives , en apaisent la douleur et aident ses dents à percer. Les os réduits aussi en cendres et délayés avec de fort vinaigre , sont très-bons pour les ulcères de la tête et du reste du corps des enfants. Le sabot est trèsefficace contre les maladies du sexe, et réduit en cendres, il est un excellent préservatif contre la peste. L’urine, prise toute chaude, arrête les convulsions d’estomac et tue les vers. On la recommande dans les maux de reins, les crachements de sang, les hémorrhagies de nez, et avec les cendres de la fiente, dans les dyssenteries et lienteries désespérées. Le lait de la cavale blanche, de bon âge et bien nourrie, est, dit-on, un remède éprouvé et sûr pour guérir la phthisie, la pulmonie, les ardeurs violentes d’un sang échauffé et toutes les incommodités qui en proviennent. La matrice de la cavale, blanche encore, tuée bien portante,

DES BÊTES A LAINE EN CHINE

au printemps, après qu’elle a été au vert quelques semaines et divisée, avec un couteau de cuivre, en plusieurs morceaux , après qu’elle a été séchée pendant cent jours, cuite ensuite pendant un demi-jour à la vapeur du sang frais d’agneau , puis nettoyée avec une forte brosse de son gros épiderme, séchée et conservée en poudre avec le sang d’agneau, est vantée comme un spécifique singulier pour ranimer un pleurétique , fortifier un homme épuisé , rappeler l’embonpoint et surtout assurer la fécondité des femmes. Quant aux enveloppes du poulain , il paraît qu’on leur attribue une vertu bien présente pour adoucir les écrouelles et les guérir dans leur commencement , ainsi que pour les maladies du sexe , après qu’on les a réduites en consistance de colle-forte , qu’on fait prendre délayée dans du vin avec un peu de musc.

Le Chi-king est plein de beaux vers sur le cheval ; il y a même des odes entières à sa louange. Ce grand exemple a été imité sans cesse depuis plus de deux mille ans. Les recueils de vers des plus petites dynasties contiennent , je crois , plus de pièces de vers sur cet utile et beau quadrupède que tous les nôtres. Mais cela doit peu surprendre, parce que la louange et la satire, l’histoire naturelle et la philosophie, la morale et le patriotisme en sont le fond. Nous avions eu la pensée d’en donner quelque idée par des traductions, mais l’épuisement de nos forces et de notre santé nous force à renvoyer ce travail à un temps plus heureux, si nous vivons assez pour le voir.

DES BÊTES A LAINE EN CHINE

Les bêtes à laine, le bélier et la brebis, l’agneau et le mouton, s’appellent gang en chinois, dans le langage ancien comme dans le nouveau, dans celui des livres comme dans celui du peuple; mais le nom général et commun se particularise dans le discours par un additif, quand on veut désigner spécialement le bélier ou la brebis, l’agneau ou le mouton , additif qui se fond dans le caractère de gang pour l’écriture, et parle aux yeux L’immortel auteur du Choue-oucn observe que Confucius a indiqué le caractère gang comme faisant image, et représentant ce qu’il signifie.

A s’en fier aux livres chinois tant anciens que modernes, nos natu-

ralistes auraient des additions à faire aux leurs sur les bêtes à laine , dont ils n’ont pas connu ou distingué toutes les espèces. Comme nous n’entendons ni la matière ni le langage dans lequel on en parle, nous nous bornerons à observer en général, qu’outre les trois espèces de béliers dont parle M. Linneus, on distingue encore"* celui de Ha-mi, à queue de cheval , et celui à queue en éventail , dont on tire la graisse au printemps; celui des déserts de l’Occident, qui est grand comme un petit âne, et pèse jusqu’à quatre-vingts et cent livres, et celui qui a une bosse sur le dos comme le chameau. Quant aux différences du poil fin, long, soyeux ou frisé; des jambes extrêmement courtes ou fort hautes ; de la tête petite ou fort grosse ; de la couleur blanche , noire , jaunâtre, marron, couleur de biche; nous n’en parlons que pour indiquer qu’on y a égard, selon l’espèce, quand on en fait usage pour des remèdes. Les grands recueils parlent, sous leur année, de béliers présentés à l’empereur, qui n’avaient qu’une seule corne au milieu du front, qui en avaient trois, quatre, cinq, six et jusqu’à dix, et d’autres qui les avaient épineuses. Ils parlent aussi d’agneaux à plusieurs queues ou à plusieurs bouches, ou à pieds de cheval, et de monstres à une tête et deux corps, ou à deux têtes et un seul corps. Dans un, les têtes étaient opposées; un autre finissait aux reins, n’ayant point de cuisses ni de jambes de derrière ; un autre enfin avait la tête comme fondue à la naissance du cou, tant elle était aplatie et comme collée au poitrail.

Les naturalistes chinois sont forcés d’avouer que le bélier et la brebis perdent de leur intelligence et de leur courage à proportion que leur manière de vivre en troupeau est plus gênée , plus contrainte et plus dépendante. On s’aperçoit surtout de cette différence dans ceux que les Tartares laissent errer à leur gré au milieu des déserts des environs du Cha-mo, et ceux-ci encore sont fort au-dessous des petits troupeaux de béliers et de brebis sauvages qu’on y a trouvés quelquefois. Il faut convenir qu’ils étaient de l’espèce de ceux que nous avons dit être grands comme de petits ânes; mais aussi les Tartares* les montaient et en faisaient usage pour leurs courses. L’empereur Vou-ty de la dynastie des Tsin , et Ouen-ty de celle des Song , se promenaient dans leurs jardins sur de petits chars qui en étaient attelés. Cela a valu aux enfants de condition d’être promenés ainsi par des moutons et des brebis dans l’enceinte de la maison paternelle, et même dans les plus grandes rues de Pe-ldng. Nous en avons rencontré plusieurs fois assis sur de petites bergères à roulettes, et environnés d’un groupe

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de leurs gens; les moutons ou les brebis sont dressés à cela, et guirlandes, selon la saison, de rubans ou de fleurs; ils tirent fort joliment et quelquefois assez vite la petite voiture , à trois ou quatre roues , qui est toujours d’une forme très-élégante, mais peu élevée de terre. Les seigneurs tartares donnent une selle à un mouton choisi , bien dressé , et le font monter à leur enfant dès qu’il a quatre ou cinq ans, pour l’accoutumer au cheval, exercice qui réussit toujours, parce qu’on gouverne le mouton à souhait, et qu’on soutient le petit cavalier des deux côtés. S’il montre de l’adresse, du courage, et ne veut plus être soutenu , cela fait une nouvelle dans la famille , et son père a bien des louanges et des embrassades à lui donner.

L’ancienne glose du Tcheou-li range les bêtes à laine sous l’élément du feu. Les naturalistes chinois l’ont suivie; mais comme l’on n’a que faire en Europe de ce système , qui serait long à expliquer, parce qu’il embrasse tous les animaux, il suffira d’observer que la conclusion pratique qu’on en tire, c’est que toute bête à laine est d’un tempérament qui souffre de l’humidité, et que les pays pleins d’eau ou marécageux lui sont contraires, de façon quelle y souffre, y est maladive et y perd ses meilleures qualités , non-seulement pour sa toison , mais encore pour sa viande, et même pour son lait.

Les livres chinois érigent en principe que les bêtes à laine demandent un pays élevé , un climat peu pluvieux , des pâturages secs et des pelouses fines. Aucun soin, disent-ils, ne saurait suppléer à cela. Ils allèguent pour preuve décisive de leur doctrine l’expérience annuelle des moutons de quelques provinces du Nord , qui engraissent dans l’étable où l’on est obligé de les enfermer, parce qu’on les nourrit d’herbes sèches. Comme nous ne parlons qu’en historiens , nous ne prétendons rien garantir, et sommes les premiers à avouer que bien des choses peuvent changer en cette extrémité de l’Asie. Nous ne dissimulons pas que soit déférence pour des traditions des premiers temps, soit continuité de système ou raison particulière de pays et de climat, tous les livres s’accordent à dire que les pâturages trop frais et trop gras sont malsains pour toutes les bêtes à laine , que les herbes mouillées de la pluie et encore plus de la rosée leur sont très-nuisibles , et qu’on ne doit les laisser boire que de trois jours en trois jours, et tout au plus de deux jours l’un, même en été. Ils vont même jusqu’à assurer que si l’on néglige cette grande règle, les troupeaux seront exposés à diverses maladies , la propagation y sera moins sûre , moins abondante, et que leur laine sera moins fine, moins soyeuse, moins

belle ; à quoi il faut ajouter que la chair des moutons destinés à la boucherie perdra beaucoup de ses bonnes qualités et de sa saveur.

Quoique nous en ayons fait la remarque ailleurs, nous la répéterons ici , sinon à cause de son importance , du moins à cause de sa singularité : l’ancienne police de la Chine fermait la boucherie aux moutons pendant tout l’été, sous prétexte que leur viande était désagréable et malsaine pendant les grandes chaleurs. Comme les Tartares du Nord et de l’Occident suivent assez cette règle dans leurs déserts, il pourrait se faire qu’elle eût quelque fondement pour certains pays, vu surtout que la viande du mouton, qui est si bonne à Pe-king dans les autres saisons, est à peine mangeable pendant. les mois de juin, juillet et août, dont les grandes chaleurs pourraient bien l’altérer par ce que les anciens appelaient sueurs d'urine et fonte de suif.

Après les grands principes du choix du pays et des pâturages établis, les livres chinois viennent aux règles particulières et aux détails. Les anciens , disent-ils , avaient fait leurs expériences , et en avaient conclu que les meilleures bêtes à laine pour chaque pays sont celles qui y sont nées. Elles sont trop faibles et d’une vie trop courte pour ne pas souffrir d’un changement de climat; car pour les moutons qu’il contribue à engraisser, on ne peut en rien conclure, puisqu’il n’a lieu que dans la plus belle saison des pâturages et ne doit durer que quelques mois. Les plus nombreux troupeaux des anciens n’étaient que de trois cents; et malgré la liberté des pâturages, ils ne mettaient jamais plus de mille bêtes à laine ensemble. Autant elles gagnent, selon eux , à être réunies en certain nombre , autant elles se nuisent quand ce nombre est trop grand ; les grandes maladies sont alors plus communes et font plus de ravages.

L’étable qu’on destine aux bêtes à laine doit être dans le voisinage des maisons , tournée au midi , ouverte au nord par une fenêtre qui y entretienne la fraîcheur en été et aide à renouveler l’air dans toutes les saisons. Plus le toit en sera haut, plus elle sera saine; mais il est essentiel et indispensable que le sol en soit élevé de terre de deux pieds et demi à trois pieds, et aille assez en pente pour que l’eau s’écoule et ne puisse pas croupir, même sur le fumier, qu’on ne doit pas laisser au delà de deux ou trois jours. Toutes les étables doivent avoir leurs râteliers. Il y en a qui les mettent le long des murailles, d’autres les élèvent au milieu de l’étable, et c’est le mieux lorsqu’elle est assez grande. Ces râteliers ont le bon effet d’exciter, de modérer l’appétit des bêtes à laine, et d’empêcher quelles ne dégradent et ne salissent les

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herbes sèches qu’on leur donne en plus ou en moins grande quantité, selon la saison. On dit en général que pour un troupeau de trois cents têtes il faut ensemencer trente arpents de bonne terre en luzerne , pois et diverses sortes de grains, qu’on coupe en foin à plusieurs reprises, pour être la ressource de l’hiver, avec l’armoise, l’aurone et quelques feuilles d’arbres qu’on a soin de cueillir et de faire sécher en leur temps. Du reste, chaque province a sa pratique, selon la durée de son hiver et le cours qu’y prennent ou la pluie, ou la neige elles vents; mais toutes sont très-fidèles observatrices de la très-ancienne pratique de suspendre deux ou trois morceaux de sel dans chaque grande étable. Comme, grâce au beau plan d’administration de la dynastie régnante, le sel est à très-bas prix dans toutes les provinces, ceux qui ont des troupeaux en font fondre dix à douze livres pour en former des pains, tels qu’il les leur faut pour être suspendus dans une étable et présentés à leurs bêtes à laine , de manière à les fortifier et à les mettre en appétit , sans les exposer à en trop manger. Outre cela, ceux qui ont soin du troupeau les retirent parfois, et ont leurs règles, ou plutôt leur coup d’œil pour cela.

Le docteur Lan-tchao , de la dernière dynastie , a fait un ample recueil des principes et des maximes des anciens sur les attentions, les soins et les précautions que demande le choix d’un pasteur. Tout le reste ne pouvant réussir que par lui, dit l’ancienne glose du Tcheou-ly, on risque tout à le prendre à V aventure . D’après le résultat des discussions chinoises, on ne doit pas confier un grand troupeau ni à des jeunes gens ni à des paresseux, ou à des caractères vifs et emportés. Un pasteur doit être dans la maturité de l’âge, ami du travail, instruit par ses expériences , affectionné à son troupeau , attentif à tout , modéré et débonnaire ; le docteur Lan-tchao en allègue et en détaille plusieurs bonnes raisons qu’il appuie d’exemples.

Selon que l’on s’avance vers le nord ou vers le midi, vers l’orient ou vers l’occident, selon que le pays est bas ou élevé, exposé à certains vents ou à certains brouillards, sujet à des révolutions subites dans l’air et à des inconstances de saisons, il faut y suivre des règles particulières, sous peine d’exposer ses bêtes à laine à des maladies générales et même épidémiques qui y feront de grands ravages. Nos Chinois qui ont vécu avec les Tartares , dit Man-ouei , ont appris d’eux que les herbes des pâturages mouillés par certains brouillards d’automne ou du printemps causent des maladies , sinon aux brebis et aux béliers un peu vieux , du moins â tout ce qui est jeune dans le troupeau. Gela n’était pas inconnu aux Chinois des premières dynasties , puisqu’ils avaient

établi comme une règle générale que , dans tous les pays où il y a des brouillards le matin, soit au printemps, soit en automne, on même une forte rosée, on ne conduirait les troupeaux aux pâturages que lorsque le soleil les aurait dissipés. Il paraît encore qu’on avait la même attention après la pluie , surtout dans des endroits ou peu aérés, ou bas et humides. Pour tout dire, autant les anciens cherchaient de gras pâturages pour les bœufs et les chevaux, autant ils les évitaient pour les bêtes à laine, non-seulement à cause de leur tempérament, ainsi qu’il a été dit plus haut, mais aussi pour ne pas les exposer à l’insalubrité des herbes trop pleines de suc et d’humidité : insalubrité qui croît, selon le livre Tsiuen-nong , par la manière même dont les bêtes à laine paissent, trop prompte pour être saine et réglée sur leurs besoins. L’attention paraîtra ridicule, cependant nous la trouvons indiquée par des écrivains trop sensés pour oser l’omettre. Dans la province du Clian-tong et dans celles du Chen-si, du See-tchouen , quand les pluies annuelles ont couvert les grands pâturages d’une herbe fraîche, tendre et abondante , on la laisse croître , monter, grainer et se sécher à demi avant d’y conduire les grands troupeaux : ou si on les conduit dans ces pâturages si verdoyants, ce n’est que par intervalles et en les y préparant par d’autres, où les rochers et le sable laissent croître avec peine quelques plantes parfumées à la vérité et odorantes , mais un peu ligneuses et presque sans suc.

Les anciens ouvraient les portes et les fenêtres de la bergerie avant de conduire leur troupeau dans la campagne , et nous trouvons cet article fort recommandé pour toutes les saisons, mais surtout en hiver. Comme la raison qu’en allèguent les livres a plus de trois mille ans , il ne serait pas honnête de la copier. Nous trouvons dans presque tous, que quand l’hiver est ou pluvieux ou trop froid , il vaut mieux garder son troupeau dans la bergerie que de l’en faire sortir, si ce n’est autant de temps qu’il faut pour la nettoyer, l’aérer et en ôter le fumier. Dans les cantons où l’hiver a ses beaux jours, on ne risque rien de le mener au pâturage quand le soleil est un peu haut ; mais il est essentiel qu’il en revienne avant que le soleil se couche. Ce qui regarde le printemps et l’automue a été dit. Pour l’été, il y a deux pratiques qui reviennent au fond à la même, puisqu’on fait également sortir le troupeau au soleil levant et qu’on le ramène au soleil couchant ; mais selon la première on le reconduit à l’étable vers neuf heures, et on l’en fait sortir vers les trois heures ; au lieu que selon la seconde on se contente de le mener se reposer pendant le temps à l’ombre d’un vallon ou d’un

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bois. Messieurs les lettrés, qui la préfèrent, comme la plus ancienne, ne manquent pas de soutenir quelle est plus naturelle et ne fatigue pas le troupeau d’une allée et d’un retour aussi malsains qu’inutiles.

Ce qui réussit dans un endroit ne conclut rien pour un autre. On doit se conformer au climat de chaque pays , et comme les climats varient beaucoup , cette diversité prouve très-invinciblement qu’il n’y a pas de règle générale à cet égard , et qu’elle serait fausse et défectueuse par sa généralité.

Nous changerons bien de langage sur la manière de mener paître un troupeau et de le ramener à la bergerie. Nous trouvons prescrit et recommandé dans tous les livres, comme un point de très-grande conséquence, de le conduire lentement, au petit pas et en l’arrêtant plutôt que de le presser. Outre la raison générale des petits ménagements qu’il faut avoir pour les vieilles brebis, pour celles qui sont pleines dans la saison et pour leurs agneaux qui les suivent; dans une autre, on allègue encore les inconvénients inévitables et toujours funestes d’une marche trop hâtée. « Un troupeau, dit Kia-tsong, qui arrive au pâtu- 3) rage fatigué et hors d’haleine, ne paîtra qu’avec peine et ce qu’il 33 mangera ne lui profitera pas; mais s’il rentre ainsi dans l’étable, il 33 en souffrira encore plus, fût-elle moins fraîche qu’elle ne l’est ordinai- 33 renient. Qu’on en juge par ce qui arrive au voyageur et à son cheval.

33 Les anciens, dont les attentions étaient si sages et si réfléchies, avaient 33 un endroit près de la bergerie , pour y amuser le troupeau et le re- 33 poser avant de l’y enfermer. 33 Le même Kia-tsong dit ailleurs que dans les pâturages aussi le berger doit avoir grand soin que son troupeau n’aille pas courant, quelque peu abondantes et semées çà et là que soient les herbes.

La tonte de la laine occasionnera encore plus sûrement et plus promptement des maladies dans le troupeau, si elle n’est pas faite dans sa saison et avec les soins convenables. Pour la saison , elle varie suivant les pays et l’année. Dans les provinces méridionales, où les beaux jours du printemps commencent plus lot, on fait la tonte dès la seconde lune : au lieu que dans celles du Nord on la diffère jusqu’au commencement de la quatrième , quelquefois même plus tard , lorsque l’hiver a été long et lorsque les vents du nord soufflent encore. Les anciens séparaient les agneaux et les brebis faibles avant la tonte, faisaient baigner au grand midi , dans une eau claire et courante , le reste du troupeau , et ils avaient leurs signes pour distinguer combien de jours le bain devait durer; mais ils avaient l’attention d’y préparer leurs

brebis et leurs moutons par une nourriture choisie qu’ils leur donnaient à l’étable. Il paraît que quelques-uns faisaient la tonte à plusieurs reprises et réservaient pour les derniers jours celle du ventre et de tout le bas du corps. Mais, comme dit le livre Tsi-min-yao , une avarice stupide ne fit jamais alors un supplice de la tonte pour les troupeaux, et les plus pauvres auraient rougi de les tondre jusqu’ à la nudité. La remarque suivante ajoute que, toute autre considération à part, il faut laisser assez de laine aux brebis qu’on tond, pour que leur peau en soit couverte et cachée , sous peine de les voir devenir maladives ou meme galeuses, comme il arrive souvent. La nature ellemême nous a appris cette attention , en ne faisant tomber la vieille laine que lorsque la nouvelle a commencé à poindre.

Il nous est souvent venu en pensée qu’on rendrait un vrai service à nos pauvres colons , si on leur appreuait à préparer aussi facilement et aussi bien que ceux de Chine leurs peaux de brebis , de moutons et d’agneaux. Plus on irait, plus on verrait combien elles sont d’un usage sain et commode pour ceux qui sont en plein hiver dans les champs. Peut-être même que la préparation chinoise, qui ôte toute mauvaise odeur, serait bien accueillie dans les villes. Les provinces Chen-si et Cham-si font aussi de grands et magnifiques tapis avec leurs laines; mais le prix en augmente beaucoup avec la grandeur, et, quand ils ont vingtcinq à trente pieds en carré, ils ne coûtent guère moins que nos hauteslisses, soit à cause de leur velouté et de l’éclat durable de leurs couleurs, soit à cause de l’agrément du dessin et de la bordure dans laquelle il est enfermé. En revanche, on y fait à bon marché d’autres tapis en feutre et presque aussi grands que les premiers. Nous ne nous souvenons pas d’avoir vu rien de pareil en France. Il s’en fait une consommation prodigieuse, parce que, jusque dans les villages, on s’en sert en guise de tapis pour les kams ou estrades échauffées par un fourneau, sur lesquelles on s’assied et on se couche en hiver. Les Chinois sont venus à bout de les teindre par empreinte , de manière à former un dessin agréable , ordinairement d’une seule couleur, mais quelquefois aussi de plusieurs, et cette teinture dure autant que le feutre. Comme ces feutres sont employés à une infinité d’usages, on en fait de quinze, vingt pieds de long et même davantage, sur deux pieds , deux pieds et demi de large. Le pavé de notre église en est couvert d’espace en espace pour que les chrétiens puissent se mettre à genoux et s’asseoir pendant le sermon. Ils ont tous environ deux lignes d’épaisseur au moins et sont fort compactes ; les fins , qui sont faits de laines choisies

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et préparées avec soin, ont plus de corps et sont plus chauds. A en juger par ce que nous avons lu et entendu dire de la façon de faire les feutres chinois , elle rentre dans celle de nos chapeliers ; mais , comme l’ouvrage est plus grand et plus grossier, elle est plus simple, plus expéditive et moins dispendieuse de beaucoup. Quant à ce que l’industrie mêle à la laine pour avoir de plus beaux feutres et la cupidité pour qu’ils lui coûtent moins, cela nous mènerait trop loin.

Nous avons rendu compte ailleurs du principe général des Chinois sur la bonification, amélioration et perfection des fruits, grains, légumes et herbages pour chaque pays. Celui qui concerne les bêtes à laine n’en est qu’une application et une extension. A les en croire, ce n’est pas en faisant venir des béliers et des brebis des déserts de l’Occident, des plaines d’au delà du Cha-mo ou de la Tartarie septentrionale, qu’on parviendra à avoir de beaux troupeaux : si ce moyen devait réussir, il aurait réussi depuis vingt siècles; mais en choisissant avec un soin particulier les agneaux qu’on destine à la propagation, en leur laissant tout le lait de leur mère, en les nourrissant avec une grande attention et en ne prématurant point leur accouplement, il est impossible qu’en continuant cette pratique plusieurs années, surtout si l’on fait un troupeau séparé de ce qu’elle aura procuré, l’on ne parvienne à avoir des béliers et des brebis aussi beaux que le permet le pays : il ne s’agira plus que de continuer ces soins.

Les anciens avaient un bélier pour dix brebis , et ils ne les laissaient pas vieillir. Il y a beaucoup de variété dans ce qu’ils disent sur la saison de l’accouplement et de l’agnèlement, parce qu’ils parlent de différents pays et climats. Ce qu’on y voit de clair, c’est qu’il faut que les herbes commencent à poindre dans les pays les plus froids. Quand le grand nombre des agneaux peut paître, les herbes sèches qu’on leur donne à l’étable ne leur profileront pas, et les légumes cuits avec de la farine , puis concassés , auxquels on est obligé de recourir par extraordinaire, seraient trop dispendieux. Nous trouvons qu’il y avait un endroit séparé dans l’étable pour la brebis qui agnelait, qu’on l’y laissait quelques jours avec son agneau, qu’on la nourrissait avec soin, et que si la litière fraîche sur laquelle ils étaient ne suffisait pas pour qu’ils fussent chaudement pendant l’absence du troupeau, on portait un réchaud de braise couverte de cendres auprès d’eux. Ce dernier point ne paraît regarder que les provinces septentrionales, où le froid est très-violent, quand le vent du nord souffle longtemps.

Les Chinois, qui articulent si nettement combien de temps la vache,

la jument, l’ânesse, la truie, etc., portent leur fruit, évitent de parler de la brebis. Nous n’avons trouvé qu’une vieille Maison rustique qui dise quatre mois pleins, et un livre chinois fait en Corée, qui met quatre mois et demi ou cinq mois, selon l’espèce; mais on le conclut assez bien, du temps que les autres indiquent pour l’accouplement, afin que les agneaux naissent de façon à trouver de l’herbe quand ils pourront paître : et cela revient assez au même, puisque ceux qui disent que la brebis devenue mère au solstice d’hiver agnèle en bon temps dans le Kiang-nan , avertissent ailleurs qu’il faut la faire couvrir trente-quatre à trente-cinq jours avant l’équinoxe d’automne. Nous ne nous sommes arrêtés à cette bagatelle que parce que si la brebis ne porte son fruit que quatre mois, c’est dans le système d’ici une nouvelle preuve de la brièveté de la vie des bêtes à laine, et parce qu’ aussi cela fait un point fixe pour le gouvernement des troupeaux. Plus le temps avantageux pour la naissance des agneaux varie selon le pays et le climat, plus il est capital de pouvoir l’assurer pour celui qui convient à chacun.

Les modernes s’accordent à dire avec les anciens que quelques jours après la naissance des agneaux, le berger doit les examiner et faire son choix, c’est-à-dire destiner à la boucherie tous ceux qui sont faibles, contrefaits et d’une toison de différentes couleurs; choisir pour ses béliers et brebis ceux dont la toison est blanche ou bien noire et belle , le corps bien proportionné et les jambes fortes , le regard vif et la démarche assurée , la naissance enfin ni tardive ni précoce par rapport au pays. La mutilation des moutons se fait dix ou douze jours après leur naissance. C’est aussi le temps où l’on scie les cornes des agneaux destinés à être béliers, quand on n’en a pas pu trouver de nés sans en avoir : car on préfère ici ces derniers. Les Tartares dont les troupeaux paissent dans le désert ne suivent pas cette pratique, non plus que les Chinois qui conduisent les leurs sur les montagnes, parce que, selon eux, les béliers perdent leur courage avec leurs cornes, et ne savent plus s’avancer sans crainte et conduire hardiment le troupeau; mais ils préfèrent ceux dont les cornes sont contournées en spirale.

Voilà à peu près ce que nous avons trouvé de plus avoué, de plus pratiqué et de plus généralement enseigné dans les livres chinois sur la manière de conduire et de gouverner les bêtes à laine.

Après la viande de cochon , la viande de mouton est celle dont on fait le plus de cas à la Chine et dont on mange davantage, au moins dans les provinces du Nord et de l’ Occident, car dans celles du Midi il n’y a presque pas de troupeaux , et les moutons qu’on y conduit seraient

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très-peu de chose dans les boucheries des grandes villes où il en faut toujours. Comme tous les pays d’au delà de la grande muraille en fournissent les provinces ainsi que la capitale , cela supplée à tout. Il est pourtant remarquable que quelque bons que soient les moutons de Tartarie, leur viande perd son goût et ses bonnes qualités, si l’on diffère de les envoyer au boucher. Nous trouvons dans les livres que la meilleure est celle des moutons blancs ; celle des noirs est trèsinférieure. Pour celle des moutons dont la toison est de différentes couleurs, ou plantée d’une manière bizarre, ou dont les poils sont droits et roides, elle est décriée comme malsaine. Les Chinois prétendent que cela ne peut venir que d’un vice de la constitution qui doit avoir de mauvais effets. Nous en faisons la remarque à découvert, parce qu’ils étendent cette maxime aux bœufs, aux cochons, etc., et que, si elle est fondée, elle mériterait qu’on y fit attention. Les vertus et les bonnes qualités qu’ils attribuent à la viande de mouton pour bien des malades, en mériteraient peut-être davantage; car il ne paraît pas que notre médecine pense beaucoup à elle. Soit ancienne tradition, soit manière de vivre du pays , soit façons et accompagnements de ce remède, il paraît qu’on y a confiance avec raison. Dn reste, on préfère pour cet usage les montons des pays les pins méridionaux, et on préfère ceux de montagnes, qui sont couleur de biche, ou châtains ou noirs; on rejette les blancs. Il ne nous appartient point de décrire pour quelles maladies on en fait usage. Tout ce que nous nous permettrons de remarquer, c’est qu’on dit que le bouillon et la viande de mouton raniment le sang et rétablissent les forces, quand on en use à propos, sans en excepter même les vieillards, les gens de cabinet, les femmes épuisées par leurs couches , les dyssentériques en convalescence , etc. , etc. , et que pour cette raison on en interdit l’usage aux enfants. Au surplus, comme les Chinois ne quittent pas un sujet sans l’avoir épuisé, tout dans le mouton devient matière de remèdes, excepté le foie, qu’ils soutiennent qu’on ne doit pas laisser manger aux plus pauvres, parce que sur cent moutons il y en a plus de quatre-vingtdix en qui il est vicié et nuisible.

L’article des maladies des bêtes à laine mériterait de nous arrêter, et demanderait ce semble des détails. Mais outre que la différence des climats, de la nourriture, des soins, des espèces même de béliers et de brebis rendrait inutile en Occident ce que nous en trouvons dans les livres , nous aimons mieux nous en tenir au mot des anciens Chinois : Il n’y a de maladies parmi les troupeaux que celles qu’on leur

cause ou par défaut de soins , ou par mauvais choix de nourriture , ou par avarice en les laissant trop vieillir.

Après la nourriture, qui est avant tout et supplée en partie à tout, on doit tenir l’étable propre, en renouveler l’air sans cesse, faire ôter aux brebis les ordures dont elles salissent leur toison, et leur procurer quelquefois le bain avant l’accouplement et dans les grandes chaleurs.

Le renouvellement de l’air est grandement recommandé ici pour les é labiés des bêtes à laine.

Ce n’est pas tout : à la première marque de maladie qui va commencer dans un troupeau, ou qui a commencé dans ceux du voisinage, c’est vers l’air que se tournent les soins. On conduit le troupeau sur les montagnes , sur les collines , ou du moins dans les endroits où l’air est plus libre, plus vif et plus pur. Cependant on nettoie l’étable avec une attention spéciale, on la tient ouverte longtemps, et on finit par y brûler de la menthe, de l’armoise, des graines de cyprès, de cèdre ou autre chose semblable, et on continue cela tant que durent le danger et la maladie.

Selon l’ancienne police, et qui s’observe encore dans tout l’empire, dès que les troupeaux d’un canton étaient attaqués de maladie, on n’en laissait plus aller rien au marché, ni même sortir pour gagner un autre district, et la défense, qui était rigoureuse, subsistait jusqu’à ce que les officiers publics l’eussent levée juridiquement après des informations sûres. Les particuliers séparaient totalement du troupeau et jusqu’à guérison entière , les brebis malades ou attaquées. Quelques-uns même poussaient les précautions plus loin. Ils creusaient un fossé profond à la porte de l’étable et lui donnaient deux pieds à deux pieds et demi # de largeur, pour connaître les brebis affaiblies et dont la maladie allait se déclarer. Elles ne pouvaient sauter ce fossé comme les autres , malgré leur envie d’entrer dans l’étable , et on les séparait avant qu’ elles pussent communiquer le mal.

Les remèdes dont on use ici pour guérir les bêtes à laine de leurs maladies , pourront bien perdre leur vertu en passant les mers , soit à raison de la différence des climats et de la nourriture , soit aussi parce qu’en pareille matière il faudrait avoir vu opérer, suivi un traitement, considéré chaque * chose en détail et surtout être fondé en connaissances, ce qui nous manque absolument. Nous espérons néanmoins qu’on en pourra tirer quelque utilité, et dans cette vue nous nous risquons à copier ce que les livres impériaux chargent les mandarins

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d’enseigner au peuple, comme étant d’une pratique facile et heureuse partout.

La gale et la rogne les plus dangereuses, dit-on, sont celles qui commencent à la bouche ou au menton. On risque tout à en différer le traitement : plus on le commence de bonne heure, plus on en assure le succès. Le remède que nous trouvons le plus recommandé et le plus universellement pratiqué, consiste à faire infuser de la racine d’aconit coupée par morceaux sur des cendres chaudes, pendant deux jouis et deux nuits au moins, et puis à mêler un peu de fort vinaigre à cette infusion. On frotte la gale ou la rogne de la brebis avec une brique bien mouillée et humectée de cette préparation , en la râclant assez pour quelle pénètre, mais non pas jusqu’à écorcher. Pour plus grande sûreté, on tond l’endroit attaqué et tout ce qui l’environne, pour que le remède empêche le mal de gagner. Si la gale ou la rogne sont trop tenaces ou salies de pus , il vaut mieux les mouiller et humecter avec une brosse, que de se servir de la brique, qui écorcherait. On dit ici que la gale et la rogne tombent après quelques frottements, lorsqu’ils ont été bien faits. 11 y en a qui, pour assurer une plus prompte guérison aux brebis malades, font une pâte de cendres d’armoise, et mieux encore de sa racine , avec du vinaigre chaud ou eau-de-vie chaude, et en frottent l’endroit attaqué après qu’il a été humecté et pénétré par la composition précédente ; d’autres se contentent de frotter la gale ou la rogne avec une pâte faite de râpures de sabot de cochon tué en hiver et de réalgar. Nous trouvons dans une note que les bêtes à laine guéries de la gale ou de la rogne engraissent après très -aisément et très-vite; mais il faut se presser de s’en défaire. On ne doit plus en rien espérer et on risque tout à les garder dans le troupeau.

La chassie des yeux et la morve paraissent les maladies qu’on craint le plus ici pour les brebis, après la gale et la rogne, parce qu’elles sont épidémiques et presque toujours mortelles. Pour la chassie des yeux, presque toujours suivie de la morve, on fait fondre de bon sel dans du bouillon, puis on délaye dans ce bouillon du bois de saule pourri et réduit en poussière. Quand l’espèce de boue qui se forme est bien pénétrée de bouillon salé , on enduit les yeux et le nez des brebis attaquées, et sous peu de jours elles guérissent.

Pour la roideur et le froid des jambes, dont les brebis sont attaquées quelquefois, on fait cuire à la vapeur de l’eau bouillante du suif de bélier avec du sel, puis on le fait fondre dans une casserole de manière qu’il roussisse , et puis on en graisse les jambes malades à

plusieurs reprises, si besoin est; mais il est essentiel que les brebis attaquées n’approchent pas de F eau et que l’endroit où elles reposent soit bien sec. Le remède dont on se sert pour ce qu’on appelle ici feux , ardeur, démangeaison des jambes, se rapporte assez au précédent. Quand le suif imprégné de sel est bien cuit à la vapeur de l’eau bouillante , au lieu de le faire fondre et roussir dons la casserole , on applique dessus un gros fer rouge et on le fait dégoutter dans un vase à proportion qu’il se fond , puis , avant qu’il soit refroidi et figé , on oint les jambes des brebis malades, qui, dit le livre, guérissent le jour même, si le remède est bien appliqué. Du reste, il y en a qui se servent de beurre salé au lieu de suif, pour l’une et l’autre maladie.

Les Chinois font du caillé , des jonchées , du fromage et du beurre du lait de leurs brebis ; mais tout cela reste dans les lieux où sont les troupeaux. Si on en excepte Pe-king et quelques grandes villes, on ne trouve presque point de beurre ni de fromage ; la capitale même n’en est un peu mieux fournie aux approches de l’hiver que parce qu’on y en porte de toute la Tartarie. On y porte aussi une bière et une eaude-vie qu’on fait avec du petit-lait et qui sont fort au goût des Tartares. Comme il nous en vient quelquefois en présent, même du palais, nous avons été à portée d’en goûter, et il nous a paru que nos Européens ne s’en accommoderaient guère. Parmi les différentes manières de faire ce vin et cette eau-de-vie qu’on trouve dans les livres, on vante surtout le mélange des laits de brebis , de vache et de jument.

Nous n’avons pas eu le loisir de faire des recherches suivies sûres et exactes : ainsi nous n’avons garde de rien assurer sur l’espèce de peste qui fait quelquefois de si affreux ravages dans les troupeaux d’Europe. Cependant, comme nous avons été dans le cas d’ouvrir et de feuilleter bien des livres, le profond silence qu’ils gardent sur ce fléau nous fait conjecturer que s’il est connu à la Chine, il y est très-rare. Nous ne voyons guère que ce qui est dit d’une maladie épidémique de 1135 dans les troupeaux de l’Occident et du Nord qui puisse y avoir trait; encore cela pourrait bien ne regarder que la Tartarie soumise auxKin, maîtres alors de tout le nord de la Chine , et qui en effet a été et est encore affligée de ce fléau. Nous n’insistons sur cette remarque que parce que les livres chinois ne parlant point de peste ni de bien d’autres maladies qui désolent nos troupeaux, nous ne pouvons en rien dire.

DIFFÉRENTES RECETTES

tirées du Kou-kin-py-yuen.

Pour faire de l’encre sympathique : prendre de la fiente d’hirondelle, la dissoudre dans de l’eau, écrire avec l’eau; à la lumière les caractères seront transparents et très-visibles. On peut se servir également de nao-cha dissous dans de l’eau ; les caractères seront transparents en les approchant du feu.

Pour faire du vinaigre instantanément et pouvoir le transporter et le conserver : prendre ou-meij (1 livre), vinaigre (5 livres); mettre ou-meij dans le vinaigre jusqu’à son entière absorption ; piler ensuite ou-meij , en faire de petites pilules que l’on mettra dans de l’eau , quand on voudra avoir instantanément du vinaigre.

Pour calmer la soif dans une route : prendre sucre (4 onces), fou-ling (3 onces), po-lio (4 onces), réglisse (1 once); pulvériser, et avec un peu de miel faire des pilules grosses comme une bille, en conserver une dans la bouche lorsqu’on fait une longue route.

Pourprévcnir la faim pendant vingt-quatre heures : prendre tcliema (2 livres), riz (1 livre 1/2) ; pulvériser, et avec des jujubes faire des boulettes grosses comme un œuf, en prendre une le matin; on pourra attendre vingt-quatre heures sans que la faim se fasse sentir.

Pour préserver le gingembre des vers : prendre des graines de kicii-tsay (moutarde) ; pulvériser et saupoudrer.

Pour faire disparaître l’odeur de l’ail : prendre jujubes, gingembre, les écraser et avaler; ou bien tche-ma.

Pour préserver le riz des vers : jeter sur le riz un peu de poudre de carapace de crabe.

Pour conserver le poisson ou la viande à l’époque des chaleurs : frotter le poisson ou la viande avec un peu d’huile de hiang-yeou.

Pour avoir beaucoup de fruits : faire à la branche une petite incision dans laquelle on mettra tchong-lou-che pulvérisé.

Pour rendre îa vie à un arbre presque mort : découvrir la racine, ôter l’écorce de cette racine et la frotter avec une pâte composée de tchong-lou-che et de boue.

Pour prévenir la pousse des mauvaises herbes : répandre sur le sol de la poudre de l’écorce de hoai-chôu.

Pour enlever les taches d’encre : prendre hing-jin (noyau d’abricot ) , pe-ho ; piler ensemble , mettre -sur la tache et frotter en ajoutant un peu d’eau.

Pour enlever les taches de sang : prendre lo-pè ; faire bouillir dans de l’eau , et laver.

Pour enlever les taches faites par du pus ou des mucosités purulentes : faire bouillir de l’alcool , et laver.

Pour enlever les taches d’huile : prendre de la farine de froment délayée dans de l’eau, frotter la tache, et laver avec eau de lo—pc.

Pour enlever les taches de cambouis ou de résine employée sur les bateaux pour le frottage : prendre pois ( hoang-teou ) ; faire bouillir, et laver avec l’eau.

Pour enlever les taches de tabac ; prendre koua-tsee (graines de courge) ; piler, ajouter un peu d’eau et laver.

Pour enlever les taches de vernis : prendre des noyaux d’abricots , les piler, les mettre dans tsao-kiao et eau , faire bouillir, et laver.

Pour enlever les taches de boue jaune : laver avec eau de gingembre.

Pour enlever les taches faites par un emplâtre : mettre pendant deux jours dans de l’eau de riz , ensuite laver avec l’eau.

Pour enlever les taches faites par des excréments : lessiver avec de la cendre.

Pour enlever les taches de vin : prendre de la racine de nénuphar, la piler, mélanger avec de l’eau, et laver.

Pour rendre le linge blanc : prendre hong-siao-teou ou lo-pè ; faire bouillir, et laver.

Pour nettoyer les vêtements noirs : laver avec eau de tche-tsee, ou prendre nieou-py (peau de bœuf) ; faire bouillir, et laver avec l’eau.

DIFFERENTES RECETTES

Pour nettoyer les vêtements de laine : prendre du borax ; mettre dans de l’eau , faire bouillir, et laver.

Pour enlever les taches d’encre sur la soie : prendre lo-pë ; écraser et piler, appliquer sur la tache en couvrant avec un peu de papier.

Pour rendre aux perles leur eau : laver avec du lait de femme ou avec hia-hou-tsao torréfié , pulvérisé et mis dans un peu d’eau.

Pour faire des pierres précieuses fausses : prendre miel ( 1 livre) , kytchang (4 livres), cire blanche ( 1 once), ta-ma-tsee (yeou) (1 once) ; mettre ces quatre substances sur le feu et les y laisser jusqu’à ce quelles forment pâte; ou bien prendre nu-mou (2 livres) , tseetsao (1 livre) ; écraser, faire bouillir dans de l’eau, jeter sou-mou et tsee-tsao y garder l’eau; ajouter cire (1 livre), mettre de nouveau sur le feu jusqu’à la formation de la pâte.

Pour raccommoder la porcelaine : prendre pe-ky ( 1 once) ; réduire en poudre et avec un blanc d’œuf faire un mastic.

Pour faire un miroir en métal : prendre mercure (10 onces), alun (1 once) ; frotter le métal.

Pour aimanter une aiguille : prendre Ichou-eha , hiong-houang , poudre de fer, sang de crête de coq ; mettre ces substances dans un vase , les envelopper de papier en ayant soin de placer au milieu trente aiguilles, les laisser ainsi sur le feu pendant sept jours et sept nuits; lorsqu’on les retirera, ces aiguilles seront aimantées.

Pour rendre le jade assez mou pour être travaillé : prendre ty-yu (1 livre), oignons; écraser les oignons, mettre les deux substances dans un vase sur le feu, y déposer le jade, et laisser ainsi un certain temps sur le feu.

Pour rendre le cuivre mou : prend re^y-fay; piler, mettre ensuite dans de l’eau sur le feu et y laisser le cuivre un certain temps.

Pour rendre les vêtements imperméables : prendre Isao-ou, peky, pe-fou-ling, lang-tou, lien-sien-tsee , alun (1 once chacun); réduire en poudre ; ajouter kiang-fen (espèce d’amidon) , et mettre sur les vêtements.

Pour savoir si une femme a eu un rapprochement intime avec un homme : prendre tchou-clia , my-to-seng, yen-fou-tsee (même

quantité chacun) ; pulvériser, sang de chauve-souris ; mettre la poudre dans le sang et l’y laisser un certain temps , marquer ensuite la peau avec un pinceau trempé dans cette composition ; dès qu’il y aura rapprochement intime, la couleur disparaîtra.

Pour rendre la peau brillante : prendre my-to-seng (1 leang) , miel, lait de femme ; réduire en poudre my-to-seng , et frotter avec les trois matières.

Pour donner de la résistance au zinc : prendre cinabre , arsenic, sel ; mettre ensemble sur le feu avec le zinc.

Pour rendre le fer mou : prendre hiuë-yu, cornes de mouton torréfiées et pulvérisées ; mettre ensemble sur le feu avec le fer.

Pour connaître l’heure : l’œil du chat peut servir à faire connaître l’heure; de onze heures à midi et de cinq heures à sept, la prunelle est presque semblable à une ligne droite ; de trois à quatre et de sept à huit elle est ovoïde , de neuf à dix et d’une heure à deux elle est ronde.

Pour empêcher les poulets de grossir : leur donner à manger des graines de yn-chou (pavot).

Pour empêcher les chiens de grossir : ajouter à leur pâtée tongyeou.

Pour guérir un cheval blessé au garrot : le frotter tous les jours avec un peu de boue et laver avec de l’eau.

Pour faire grossir vile un porc : prendre houan-tchong , hocheou-ou , orge (1 livre) ; pulvériser, et en mettre chaque jour quatre onces dans sa nourriture.

Pour guérir les porcs et les préserver d’une maladie épizootique : prendre ya-tscio , sy-sin, tchuen-ou, hiong-houang , crâne d’un chien (il grammes chacun) ; pulvériser, et insuffler dans les naseaux.

Pour guérir les poulets et les préserver d’une épizootie : prendre In-teou, écraser, et leur donner dans de l’eau.

Pour empêcher un chien d’aboyer : prendre un peu de hiangyeou, et le lui mettre dans le nez.

Pour empêcher un chat de miauler : lui frotter Le nez avec poudre de tchin-py.

Pour rendre un petit oiseau blanc : lui donner constamment à

DIFFÉRENTES RECETTES. 573

manger de petites souris pilées et mélangées avec un peu de farine.

Pour donner la couleur verte à un poulet : le laisser deux ou trois jours sans manger, prendre ensuite lu-teou (8 livres), soufre, hiong-houcing, tsee-houang (11 grammes chacun); mélanger avec de l’eau , et lui donner à manger sans lui donner autre chose ; frotter ensuite son bec avec fong-sien-hoa , si l’on veut qu’il soit rouge.

Pour empêcher les vers de manger les pinceaux : prendre hoa- Tiiao, hoang-pe ; faire bouillir et frotter les pinceaux.

Pour empêcher les vers de manger l’encre de Chine : ajouter de l’armoise aux matières premières.

Pour restaurer une vieille peinture : jeter dessus un peu d’eau et saupoudrer avec han-choui-clie ; laisser un instant et enlever.

Pour enlever une tache d’encre sur du papier : prendre yangtsy-che (H3), alun (333), liente d’hirondelle (la), tien-kou-tsao (lia), Tiong-cha (113), che-hoey (H3), kouan-fen (113), fiente de corbeau (33s), fiente de cigogne (333); réduire en poudre; ajouter un peu d’urine d’enfant, et mettre sur la tache.

Pour faire une fusée : salpêtre (1 leang), soufre (2 tsien 1/2), charbon (1 tsien 1/2), cendre (9 feri), poudre de fer (8 fin); mettre dans du carton, ficeler aux deux extrémités.

Pour donner à la terre de poterie une couleur plus agréable et la rendre propre à être travaillée et amincie comme la porcelaine : prendre de la laitue sauvage, la piler et la mêler avec la terre de poterie.

Pour donner une odeur plus douce à l’encens : réduire l’encens en poussière et mêler avec une égale quantité de moelle de jonc.

Pour dissoudre le talc : concasser le talc , le jeter dans l’eau de sel marin.

Pour faire lever les graines étrangères : les faire tremper pendant un jour dans de l’eau de rosée, semer, et continuera arroser avec cette eau jusqu’à ce quelles poussent.

Pour arrêter le sang des coupures et cicatriser des plaies : poudre de chaux bien sèche.

Pour rendre le bambou propre à recevoir à la presse différentes

empreintes qu’il puisse conserver : le faire bouillir dans de l’eau de chaux.

Pour écrire des caractères sur des œufs de cane : si l’on écrit avec du borax quelques lettres sur des œufs de cane, puis qu’on les laisse tremper ou qu’on les lave même avec la lessive de cendres de cheveux, ces lettres pénètrent en dedans, et on les voit sur les œufs.

Pour empoisonner le poisson : jeter des cendres de coing dans l’eau.

Pour faciliter la digestion des fruits à amandes et à pépins : manger leurs amandes ou leurs pépins.

Pour conserver les châtaignes : on choisit les châtaignes qui vont au fond de l’eau; puis après les avoir soleillées jusqu’à ce qu’elles soient sèches , on les fait passer dans de l’eau de sel , et on les suspend dans des filets, dans des paniers à jour, etc., etc., au grand air, au vent du nord surtout, pour en bien sécher la coque ; il ne s’agit plus , après , que de les mettre dans un endroit bien sec.

Pour empêcher les noix de devenir huileuses et de rancir : les suspendre dans des filets ou paniers à jour, et dans un endroit couvert et exposé au nord.

Pour sustenter un homme plusieurs jours et l’empêcher de mourir de faim : faire une pâte avec de la cire jaune et des jujubes bien secs, bien pétris et bouillis ensemble.

Pour conserver pendant le printemps et l’été des viandes qu’on n’a qu’en hiver : les enterrer dans du saindoux, après les avoir fait passer ou par la poêle ou par l’eau bouillante.

Pour reconnaître, en passant dans un pays, le climat et la température de l’air : examiner la proportion fixe et certaine qui existe entre l’épaisseur de l’écorce des arbres et celle de la glace en hiver ; entre l’épaisseur de la peau , coque ou enveloppe des graines et des fruits et la chaleur de l’été.

Pour garantir un étang ou un vivier des ravages de la loutre : planter sur les bords des nénuphars.

Pour délivrer les poissons des puces qui peuvent les incommoder dans un vivier : quand les poissons d’un vivier maigrissent

DIFFÉRENTES RECETTES

et ont sur le corps des taches blanches, cest un signe qu’ils ont des puces ; on les en délivre en jetant dans l’eau de l’écorce de tremble.

Pour conserver des oranges et des citrons : creusez une fosse en forme de puits, à la profondeur de 7 à 8 pieds, dans une terre sèche et à l’abri de la pluie. Mettez au fond 2 ou 3 pouces de paille de riz hachée ou de chatons de pin bien secs ; puis rangez dessus vos oranges que vous aurez choisies parmi les plus saines. Le mieux est qu’ elles ne touchent pas les unes aux autres. Le premier rang fini, vous en ferez un second sur une claie de bambous qui les séparera un peu ; ensuite un troisième, un quatrième, un cinquième, mais toujours avec la précaution d’une claie. Toutes les oranges bien rangées , vous fermerez l’ouverture de la fosse avec un couvercle de terre ou de poterie, dont vous enduirez le bord d’un bon mortier de terre glaise, et à plusieurs reprises, de manière que l’air extérieur ne puisse pas s’insinuer dans la fosse. Vous pourrez ainsi conserver les oranges.

Pour orner une avenue, une cour de diverses figures d’animaux paraissant en feu : faire une pâte avec 10 livres de charbon, 10 livres de potée, 3 livres de feuilles de nénuphar; piler ensemble, réduire en poussière et donner la forme qu’on veut. Mettre ensuite cette composition dans un grand feu; elle paraît alors d’un rouge de feu et conserve cette propriété.

Pour fondre les pailles ou grumeaux qui se trouvent dans le fer : tremper le fer en lames dans de l’huile de sésame et le faire rougir.

Pour apaiser la douleur causée par la piqûre du scorpion : exposer la partie piquée à la fumée du soufre.

Pour écarter les punaises : prendre de la paille de sarrasin, la couper par petits morceaux et la mettre dans l’endroit où il y a des punaises.

Pour rendre au vernis de Chine et du Japon tout son éclat : le laver avec de l’eau-de-vie et du thé chaud , puis le laisser une nuit à la rosée.

Pour conserver un objet dans l’eau ou dans une terre humide : mettre dessus du vert-de-gris.

Pour bronzer le cuivre : fourbir la pièce avec des cendres de charbon et du vinaigre, de manière que le cuivre soit bien luisant ; faire sécher au soleil, puis couvrir en entier de la composition suivante : 2 onces de vert-de-gris , 2 onces de cinabre , 2 onces de sel ammoniac , 2 onces de bec et de foie de cane , 5 onces d’alun ; bien broyer, bien mêler, et mouiller assez pour former une pâte qu’on puisse étendre; la pâte ainsi préparée, onia passe au feu et on la lave quand elle est refroidie ; on la couvre une seconde fois de la composition , on la fait passer au feu , et on la lave ainsi jusqu’à dix fois. Les petites pièces ainsi bronzées sont d’une grande beauté et ne perdent rien à être exposées au grand air et à la pluie.

Pour construire une bonne glacière : voir Bulletin de la Société d’acclimatation , t. IX, p. 678, 1862.

TABLE

Préface v

Sur les plantes médicinales de la Chine, par M. P. Dabry vu

CHAPITRE PREMIER. Principes généraux sur la théorie médicale des Chinois

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