Voyez Appendice, ii" II
2. Collect. salern., t. II, p. 81-3S.S. ;î Paris, 15 avril 1845, p. 27-30.
126 L'ÉCOLK de SALEn.NK
schel en a donné une description fort détinllée et fort exacte, dans un journal fondé par lui et consacré, sous le nom de Janns, à l'histoire et à la littérature des sciences médicales. En 1849, lors de mon premier voyage en Italie, je fus assez heureux pour établir des rapports entre M. Henschel et un autre de mes excellents amis le docteur S. de Renzi, de Naples, qui s'occupait avec beaucoup de zèle de l'histoire de l'École de Salerne et qui s'est empressé de mettre son érudition et sa bourse à la disposition de M. Henschel, pour l'impression des traités les plus importants contenus dans le Codex salernitanus. Telle est l'origine et de la nouvelle histoire de l'École de Salerne composée par M. de Renzi', et delà Collectio salernitana, éditée par M. de Renzi et par moi ^.
Le Compendktm salernitanum, si important qu'il soit, ne renferme que des extraits empruntés à divers auteurs salernitains, mais non pas les traités euxmêmes. Nous n'avions donc, pour ainsi parler, que les membra disjecta de l'École de Salerne; et les autres ouvrages renfermés dans le manuscrit de Breslau ne pouvaient ni satisfaire notre curiosité mise en éveil, ni suffire à épuiser le fonds de la médecine salernitaine. D'ailleurs, tous les témoignages concordaient pour éta-
1. Storia documentata délia scuola mcdica di Salerno, secunda rdizione; Napoli, 1857, 8, de xvi-688 p. et CLXXvi p. dr Documents.
2. Collectio salernitana: ossia dopumenti inedili, e traUati di tneilifina apparfenenlialla scuola medica salernitana, laccolti ed illuslrati da G.-E,-T. Henschel , G. Daremberg e S. de Renzi, premessa la storia dalla scuola, e publicati a cura di S. de Renzi. Napoli, 1853- 18ô!). 5 vol. in-8.
SON HISTOIRE ET SES DOCTRINES. d27
blir qu'on avait beaucoup écrit à Salcrne, et que les ouvrages sortis de cette ville avaient défrayé pendant la seconde période du moyen âge, les compilateurs, plusieurs commentateurs, et même un assez grand nombre d'écrivains originaux. Une telle fécondité et des emprunts si nombreux, devaient faire supposer que le temps avait sauvé dans quelques vieux parchemins les débris de l'enseignement salernitain. La veine une fois ouverte, il fallait la suivre jusqu'au bout, car il n'y a point de lacunes réelles dans l'histoire. Le chercheur d'or ne se laisse ni décourager par la fatigue, ni détourner par des affirmations mensongères et intéressées, ni surprendre par de trompeuses apparences; il ne lâche pas le filon une fois qu'il l'a rencontré. C'est en imitant le chercheur d'or qu'il m'a été possible de retrouver presque tous les traités salernitains, ou signalés dans le Compendium^ ou cités par les auteurs du moyen âge ou même complètement inconnus'. Il reste encore beaucoup de chances pour découvrir quelques autres ouvrages qui, jusqu'ici, se sont dérobés aux investigations , puisque toutes les bibliothèques n'ont pas été explorées, et que les manuscrits du moyen âge sont innombrables.
Tant de monuments, naguère inconnus et mis au jour en moins de dix ans, permettent de tracer un tableau à peuprès complet des doctrines et des pratiques
Vovez AppencUce, n" III.
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médicales à Salerne pendant près de trois siècles; de plus, Iteaucoup de faits de détail arrivent pour la première fois à la connaissance des érudits; enfin, l'histoire littéraire et la biographie, grâce aux recherches persévérantes et judicieuses de M. de Renzi dans les Archives du royaume de Naples, reposent maintenant sur les bases les plus solides. Mais aujourd'hui comme hier, on en est réduit aux conjectures sur les origines de cette école, la première en date et de beaucoup la plus célèbre parmi toutes celles qui ont été fondées en Occident après la chute de l'empire romain.
A quel moment précis rinstitutsalernitain a-t-il pris naissance? Quelles circonstances ont favorisé ses premiers développements? Quels sont lespremiers maîtres qui ont enseigné à Salerne? Y a-t-il eu dans cette ville, avant la fin du neuvième siècle, autre chose qu'une réunion de médecins cosmopolites et un concours de malades étrangers, attirés, ceux-ci par la douceur du climat et l'heureuse situation de la cité \ ceux-là par l'aflluenceméme des malades? C'est ce qu'il serait très-difficile de décider. Les plus anciens chroniqueurs ou annalistes, qui ont tant parlé de Salerne, n'ont presque rien dit de son École de médecine. La légende, qui résiste même aux plus brillantes clartés de l'histoire, avait ici le champ libre, et n'a pas manqué de trouver la solution de problèmes qui demeureront peut-être à jamais insolubles. Ainsi on a prétendu que l'École de Salerne avait été fondée par les Sarra-
1. Voyez S. de Renzi, Topofjrufia di Xapoli, etc., et E. Carrière, le Climat de l'Italie sous le rapport hyçiiénique et médical. Paris, 1849, in-S, p. 110 Pt suiv.
SON lllSTOIHE ET SES DOCTRINES. 129
sins; mais les premières invasions des Sarrasinsen Sicile et en Italie (elles datent du milieu du neuvième siècle) n'avaient d'autre but que le meurtre et le pillage; rien, dans ces courses dévastatrices, ne ressemblait au désir de fonder ou de soutenir des institutions scientifiques et littéraires. Ajoutez à cela que les Sarrasins n'ont jamais séjourné à Salerne, et que, dans les ouvrages salernilains écrits avant Constantin, c'est-à-dire avant la fin du onzième siècle, il n'y a nulle trace de la médecine arabe. C'est une invasion d'un tout autre genre, une invasion pacifique, le mutuel échange de lumières qui, trois siècles plus tard, importait en Occident, et d'une manière qui pimvait sembler définitive, cette médecine arabe dont Constantin avait donné un avant goût par ses nombreuses traductions.
Oubliant ou méconnaissant entièrement la succession naturelle des faits, les historiens de la médecine n'ont tenu compte ni des écoles latines qui remplacèrent les écoles grecques, ni des traductions latines qui succédèrent si rapidement aux o)-iginaux grecs, ni de l'intervention puissante des monastères pour le salut de la science et des lettres; préférant le merveilleux à la noble simplicité de l'histoire, on est allé chercher très-loin les Sarrasins, quand on avait près de soi les véritables auteurs de la rénovation ou de la conservation des études en Occident : ces instituts littéraires, ces traductions, ces moines, ces laïques, qui tous concouraient depuis deux siècles au même but, existaient bien avant que les Sarrasins songeassent à ravager l'Italie, et renouent, au milieu des plus extrêmes désastres, l'antiquité classique à la Re-
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naissance du treizième siècle. Il n'y a pas plus d'inlerruplion dans le règne de rinlelligencc que dans le règne de la nialière; et supposer que, depuis, la première création, quelque chose ail pu sortir de rien, c'est se montrer ignorant des lois les plus essentielles deTliistoire et de la marciie naturelle de l'esprit humain.
Nous ne nous arrêtons que pour mémoire à cetle autre légende qui l'ait intervenir, pour la fondation de l'École de Salerne, quatre personnages presque mythologiques : un Arabe Adela), un /wi/(Helinus), un Grec (Ponlus), et un Latm (Salernusy : c'est là une personnification des quatre éléments qu'on supposait devoir exister dans les doctrines salernitaines; c'est aussi une façon de jeter un certain lustre sur une École à l'érection de laquelle avaient dû forcément concourir les quatre peuples qui, au moyen âge, résumaient en eux toute la culture intellectuelle. Pour Salerne, ce nombre quatre parait sacranaentel : quatre maîtres fondent l'école, quatre maîtres commentent la Chirurgie de Roger, écrite elle-même par Roger et trois compagnons. Il y a aussi les Pilules des quatre maîtres salerni tains.
Affirmer avec Ackermann que Constantin, qui florissail vers l'an 1075, a été le vrai fondateur de l'École de Salerne, et qu'avant lui, c'est-à-dire avant la venue des Arabes, les médecins salerniîains n'avaient aucune réputation et ne formaient pas un corps enseignant; c'est aller contre tous les témoignages historiques. L'évêque de Verdun, Adalbéron, vient à Salerne en 984 pour se faire traiter (probablement de la pierre) par/e*-
médecins; au rapport de Léond'Ostie, l'abbé du Mont- Cassin, Desiderius (Didieri, qui occupa le siège ponliticalsous le nom de Victor III, vint à Salerne aux. environs de l'an 1050, pour y chercher quelque soulagement à une grave maladie de langueur, contractée par une abstinence excessive et par des veilles prolongées; Pierre d'Amiens, vers le milieu du onzième siècle, se loue beaucoup de Gariopuntus, un des maîtres de Salerne, déjà vieux, homme très-honnête et versé dans les lettres médicales ; en 1039, si Ton en croit Odéric Vital, Rodolphe, surnommé Mala-Gorona, se rend dans cette ville, « où se tenaient, depuis les temps reculés, les meilleures et les plus célèbres écoles de médecine. » Ce Rodolphe était si bien rompu aux. discussions sur les sciences naturelles , qu'il ne put trouver à Salerne, pour lui tenir tête, qu'une matrone fort savante, laquelle est peut-être Trotula elle-même, dont nous parlerons bientôt, Vn peu moins de quarante ans après Constantin, Roger, qui n'était encore que comte de Sicile, confirme pour tout l'univers les anciens privilèges de l'École et du Collège des docteurs. Alphanus II, qui était mort avant que Constantin fût connu dans l'histoire littéraire, faisant l'éloge de Salerne, a écrit ce vers :
Tum medicinali tantum iloiebat in arte.
Dans sa chronique, sous la date de 1075, Romualdus (juarna parle de la renommée depuis très-longtemps acquise à la ville de Salerne, dont il était archevêque (1157-H8r, et où il avait exercé la médecine avec tant de succès, qu'il était appelé en consultation dans
132 l'écàme de salkune.
les cas dil'liciles aii])rès des plus grands personnages et même des têtes couronnées. Avant Conslantin, Tliistoire fait mention de plusieurs médecins, dont quelques-uns ont déjà l'épitbète de maîtres. Enfin, il n'est pas bien certain que Constantin lui-même ail jamais habité Salerne; Pierre Diacre nous le représente composant ses ouvrages auMont-Cassin, et nulle part on ne lui donne le titre de rnaf/ister.
M. de Renzi n'a pas eu de peine à établir que la fondation de l'École de Salerne ne peut être attribuée ni aux princes lombards du Bénévent , vers le milieu du septième siècle, ni aux Bénédictins, vers l'an 700 ou vers l'an 900.
M. Meyer (de Kœnigsberg), le savant auteur d'une excellente Histoire de la botanique ancienne^ pense que l'Ecole de Salerne a été, dans le principe, une espèce de franc-maçonnerie médicale, et M. Puccinotti, dans sa Stona délia medicina -, l'un des meilleurs ouvrages qu'on ait écrits sur l'histoire des sciences médicales, soutient qu'elle a été créée par une corporation bénédictine, à laquelle se sont affiliés peu à peu des laïques. Mais je crois que les choses se sont passées tout autrement : je ne vois dans les plus anciens écrits salernitains, soit en prose, soit en vers, aucune trace de doctrines sacrées , ni aucun enseignement réservé aux initiés; l'histoire mêle indistinctement des noms de laïques à des noms de clercs. Dès les temps les plus anciens, je ne trouve que des livres et des autorités
1. M. Meycr est mort avant d'avoir terminé son ouvrage, qui s'arrête au quatrième volume.