PAUL d'égine
senter ces maladies. Un nom et une formule, voilà tout ce qu'il faut au médecin du Bas-Empire. C'est donc par le pur effet du hasard qu"un Commentaire d'Apollonius de Gittium, qu'un ÂnHée mutilé, que des lambeaux de Soranus et de Rnfus, que des débris trop souvent informes de plusieurs autres médecins se sont trouvés cachés dans le coin de quelque vieux manuscrit '. Hippocrale et Galien ont survécu, non pour avoir été lus par le gros des médecins du Bas-Empire, mais à cause de leur nom, et parce qu'on puisait dans leurs œuvres comme à une source inépuisable.
Paul d'Ëgine s'est chargé , dans sa Préface, de nous apprendre comment on procédait de son temps, et comment les Manuels constituaient la partie la plus recherchée de la littérature scientitique.
Les modernes, dit-il, outre qu'ils ne se soucient guère de lire les anciens, les accusent encore de loquacité, et puisque les orateurs du barreau sont si richement pourvus de Vademecum, dans lesquels le résumé de toutes les lois est disposé pour un usage immédiat, il est ridicule que les médecins ne soient pas aussi bien partagés. Cependant, la discussion d'une question de jurisprudence n'est jamais aussi pressante que le traitement d'une maladie; de plus, les avocats exercent ordinairement leur profession dans les grandes villes, où ils trouvent de riches collections de livres ''notez le fait en passant), tandis que le médecin ne pratique pas seulement dans les villes, mais dans les campagnes , dans les déserts et sur mer. Paul n'a pas oublié de rappeler cette
I . Bien entendu je parle ici des fragments qui ne font pas partie lies tompilations d'OriLase, d'Âetius onde Paul.-
ET LKS MÉDECINS COMPILATEURS. dl.S
sentence d'Hippocrate , que Y occasion est prompte à s échapper; mais il ne s'est plus souvenu de la première partie de l'aphorisme, où on lit que la vie est courte et que l'art est long et difficile; si l'art est long et difficile, il faut, malgré la brièveté même de la vie, s"y former à loisir, et se trouver prêt à tout événement sans avoir recours, pour chaque cas, à quelque manuel ou à quelque formulaire.
Le Manuel médico- chirurgical^ l'auteur le déclare à deu\ reprises, n'a presque aucune originalité ; Paul l'a composé d'après les anciens, n'apportant de son propre fonds que certaines choses et en petit nombre, qu'il a vues et expérimentées; car il n'est pas assez audacieux pour croire que les anciens aient rien omis de ce qui est nécessaire à l'art. Il l'a tiré, dit-il, de Galien, d'Oribase, et des meilleurs auteurs; mais ces meilleurs auteurs, ce sont en définitive ceux auxquels Orihase lui-même a emprunté les divers chapitres- de ses ouvrages*. Un seul des sept livres qui composent le Manuel de Paul, le sixième, celui précisément qu'a choisi M. Briau, a de l'intérêt pour nous en ce que les sources d'après lesquelles il l'a rédigé sont en partie perdues ; les six autres, qui traitent de l'hygiène, des fièvres et de leurs symptômes, des maladies internes a capite ad calcem, des maladies de la peau, des poisons et des animaux venimeux, enfin de la matière médicale, pourraient disparaître sans grand dommage, puisque nous retrouvons
1. A ces sources il l'aut ajouter les modernes, c'est-à-dire les auteurs qui ont écrit après Oribase et dont Paul rapporte quelquefois l'opinion, mais sans indiquer aucun nom propre. ,
Mi PAur. d'kgine
dans d'autres auteurs, et avec plus de di'îveloppement, tous les sujets qui y sont traités.
Tel n'est pas l'avis de M. Brian, si enthousiaste de Paul en général , et en particulier du sixième livre de son Manuel, qu'il me paraît avoir méconnu le vrai caractère de cet ouvrage et lui avoir assigné dans l'histoire de la science une place tout autre que celle qu'il y doit occuper. C'est en vain que Paul se fait la part aussi petite que possible, M. Briau ne veut pas le croire sur parole, tant il seml)le craindre qu'on ne l'accuse de prendre peu de soin de la renommée de son auteur.
Paul a fait pour son époque ce que Gelse a fait pour la sienne, un résumé pratique des connaissances médicales du temps; mais dans le talent d'écrire, dans la disposition du sujet, dans le sentiment de l'étendue, de la dignité, des difficultés de l'art, dans la manière de juger les grandes questions , quelles profondes différences! ou plutôt ne cherchons point à comparer. Gelse, qui a mérité le surnom de Cicéron de la médecine^ est un maître dans l'art d'écrire et d'exposer ; Paul n'est qu'un pâle abréviateur ou un copiste serVile, qui, faute de pratique ou de discernement, n'a pas toujours compris les auteurs qu'il abrège.
«J'ai entendu, dit M. Briau (p. 43), des savants estimables (M. Briau me fait Thonneur de me mettre an nombre de ces savants) avancer que Paul n'avait pas mis un mot de lui dans son ouvrage, et que les passages mêmes où il parle à la première personne sont copiés textuellement dans les auteurs.... Je n'ai pas besoin d'insister pour démontrer combien cette assertion est peu, fondée, etc., etc. « Suivent quelques
ET LES MÉDECT.NS COMPTLATEIÎP.S. Ho
exemples, qui malheureusement se retournent presque tous immédiatement contre M. Briau et battent complètement son opinion en brèche.
Et d'abord, si vous comparez minutieusement les ouvrages d'Oribase avec le Manuel de Paul, voici ce que vous constatez . Sur quatre-vingt-dix-neuf chapitres que renferme le premier livre de Paul, quarantehuit ou cinquante sont copiés, la plupart textuellement, du cinquième livre de la Synopsis d'Oribase ; quelques autres ont été empruntés à un traité que le même auteur avait dédié au célèbre Eunape, et de ce qui reste, la plus grande partie est tirée plus ou moins littéralement de Galien. Dans le deuxième livre, sur soixante et un chapitres, plus de la moitié se trouve dans le même cas. Pour le troisième livre, compris en quatre-vingt-un chapitres , la ressemblance avec la Synopsis est moins évidente, mais Galien y a été mis largement à contribution, et sans doute aussi les livres perdus de la Collection médicale d'Oribase. Ainsi , pour près de la moitié des chapitres des trois premiers livres du Manuel, non-seulement le texte d'Oribase peut servir à consti tuer celui de Paul d'Égine et réciproquement; mais les deux textes peuvent être substitués indifféremment Tun à l'autre.
« Que faites-vous donc, reprend M. Briau, des chapitres 4i et 66 du premier livre, où Paul rapporte en son propre et privé nom des faits de sa pratique? » — Ce que j'en fais? La réponse est facile : Des copies fextuçlles. Voyez plutôt : Galien avait dit : J'ai vu un individu affecté, etc., ou/e fais telle chose; Oribase [Synopsis V, 38, 49) empruntant ces chapitres à Ga-
no l'AVL D'KfilNK
lien, écrit : J'ai vu un individu affecté, j'ai fait telle chose, cl Paul, copiant le chapitre dOribase, écrit encore sans hésiter et sans rougir : J'ai vu un individu affecté, f ai fait telle chose ; seulement, comme Oribase a l'habitude à peu près constante d'inscrire en tête des chapitres le nom de l'auteur auquel il a fait ses emprunts, habitude que Paul imite très-rarement, nous savons que c'est en définitive à Galien qu'il faut rapporter !e/âï2 vu ou le/«z fait. Voilà tout le secret. Quelquefois Paul met je là où Galien. par exemple, met on, et, de cette façon, il dissimule une partie de son larcin; c'est le cas pour le chapitre 3 du livre m.
Non content de rehausser outre mesure le mérite de Paul ; non content de soutenir que le sixième livre de son Manuel est sans contredit, avec l'ouvrage de Celse, tout ce que l'antiquité nous a laissé de plus complet sur la médecine opératoire. M! Briau ajoute: «Entre ces deux auteurs, il y a bien encore d'autres écrivains, en possession d'une renommée plus ou moins éclatante, qui se sont occupés de chirurgie.... mais aucun de ces écrivains n'a rassemblé dans un recueil particulier lefruit de ses lectures ou de sa pratique.... Quant aux ouvrages qui nous restent d'Oribase, ils n'offrent presque aucun intérêt au point de vue chirurgical. »
C'est là, n'en déplaise à mon savant confrère, une très-grave hérésie. Comment! Oribase n'a rien écrit d'intéressant au point de vue chirurgical? Il a disséminé sans ordre et sans méthode , comme sans suite, les diverses maladies externes et les procédés d'opération? Mais, évidemment, le zèle emporte M. Briau trop loin du but qu'il voulait atteindre! Il n'a plus
voulu se rappeler qu'Oribase a rédigé, sous le nom de Collection médicale^ un ouvrage en soixante-dix livres, qui comprenait, dans un ordre méthodique, tout ce que les médecins ses prédécesseurs avaient laissé d'important sur l'hygiène, la matière médicale, la physiologie, l'anatomie, la médecine et la chirurgie. Il est vrai que nous avons perdu plus de la moitié de ce précieux recueil; mais il est vrai aussi que nous possédons justement une partie assez étendue de la section qui était consacrée à la chirurgie. Outre qu'il ne tient pas grand compte des livres très-instructifs sur les fractures et les luxations^ sur les lacs et les machines, M. Briau n'a pas voulu non plus se souvenir que le cardinal Mai^ d'illustre et vénérable mémoire, nous a rendu les livres XLIV et XLV, et une partie des livres L et LI, qui traitent des abcès^ des tumeurs^ des fistules, des anévrismes et de certaines affectiojis difficiles à désigner dans ce volume; il a également oublié que M. Littré a publié aussi, d'après un manuscrit de Paris, des fragments très-importants de la Collection d'Oriba'se • . Tout cela, c'est bien de la chirurgie, et même, si vous passez de la lecture des litres à la lecture des chapitres, vous affirmerez avec moi que c'est de la grande et de la bonne chirurgie. Paul d'Égine n'a pas manqué de la mettre largement à contribution pour la rédaction de son sixième livre, mais quelquefois sans une grande intelligence du sujet.
Puisque M. Briau ne veut pas admettre ce fait, il
1. Voyez particulièrement le tome IV de l'édition d'Oribase, que M. Bussemaker et moi publions en ce moment chez MM. Baiilière et lils. L'ouvrage sort des presses de l'Imprimerie impériale.
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r.iut bien que je prouve mon assertion par un exemple dont lui-même me fournit la matière. Aux. pages (iO et 61 de son Introduction, M. Briau, contrairemenl à l'opinion de Sprengcl, auteur d'une histoire de la médecine opératoire, et d'accord en cela avec Peyrilhe, autre historien de la chirurgie, attribue à Pauld'Égine l'honneur d'avoir fait avancer, en beaucoup de points, l'opération si délicate et si périlleuse des anévrismes, tandis qu'il refuse à Antyllus, chirurgien célèbre, toute participation à ces progrès.
Cette lois (j'en suis presque fâché), c'est Sprengel, historien toujours si inexact, quia raison : ce qu'il soupçonnait d'après Rhazès, moi, je l'airirme d'après Oribase ; j'ouvre le quatrième volume des Classici auctores du cardinal Mai, à la page 56, et j'y trouve, sous ce titre : Sur les anévrismes, chapitre tiré d' Antyllus, le vingtième chapitre du quarante -cinquième livre d'Oribase; je lis comparativement ce vingtième chapitre avec le trente septième chapitre de Paul, et je constate que, sauf le début de ce trente-septième chapitre, début emprunté à Galien, Paul abrège Antyllus, sans le nommer, et en mettant sa personne en jeu là où Antyllus avait parlé en son nom. Mêmes expressions, même division des anévrismes, mêmes procédés opératoires , tout y est, sauf certains détails qui animent la description d'Antyllus et qui prouvent jusqu'à quel degré de perfection était parvenue la médecine opératoire.
Ce que je viens d'établir pour l'anévrisme, je pourrais le prouver pour beaucoup d'autres chapitres dont nous avons les originaux dans la Collection d'Oribase
et quand je surprends aussi manifestement le travail de compilation ou de copiste là où la comparaison des deux auteurs m'est permise, je ne crois pas dépasser les bornes de la critique en supposant que Paul a agi de la m6me façon d'un bout à l'autre de son Manuel. Je veux bien admettre que peut-être quelque chose dans le Manuel lui appartient en propre; mais quel est ce quelque chose? C'est ce que je ne saurais dire; les pertes qu^a subies la littérature médicale sont si considérables, la mutilation de la Collection d'Oribase porte sur une partie si étendue, que les moyens de complète vérification me manquent ; or, ce sont précisément ces pertes qui, je le répète, font le mérite du sixième livre de Paul d'Égine , puisque ce livre est, pour une partie du moins, le seul monument écrit qui nous permette de tracer l'histoire des progrés de la chirurgie depuis Celse, jusqu'au moment où elle va, réduite aux plus mesquines proportions par les soins de Paul d'Égine , passer entre les mains des médecins bysantins.
Celte histoire de la chirurgie, M. Briau en a retracé les principaux traits d'une manière intéressante et instructive. Nous différons seulement de point de vue dans l'appréciation : au lieu de rapporter à Paul une partie des progrès que la chirurgie a faits depuis Celse, je les attribue à qui de droit, quand Oribase, Galien ou llhazèssont mes guides' ; quand ils m'abandonnent ou
1 . Le Continent fie Rhazès est un ouvrage analogue à celui d'Oribase, et tiré en grande partie des sources grecques. La Chirimiir d'Albucasis est encore un point de comparaison trcs-précieux. Le médecin arabe a pu copier Paul d'Égine, mais il a également puisé dans la Collcriinv d'Oribase.
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quand Paul paraît avoir puisé à d'autres sources perdues pour nous, je mets un point d'interrogation au lieu d'un nom propre.
Ici encore la science des intermédiaires devient donc la règle suprême de l'histoire littéraire ; plus un auteur est récent, plus ses ouvrages otïrent les caractères d'une compilation, lors même qu'il se défend d'avoir copié (ce qui n'est pas le cas pour Paul d'Egine), plus il faut se tenir sur ses gardes et suspendre son jugement ; car on peut être assuré que cet auteur doit tout ou presque tout à ses prédécesseurs. D'où il résulte que, pour éditeret apprécier un auteur comme Oribase ou Paul d'Égine, il faut avoir présents à la mémoire ou sous les yeux, tout ce qui nous reste de la littérature médicale antérieure.
Notre zélé confrère a collationné dix-neuf manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris ' ; cette collation est très-détaillée et certainement très-exacte. Les autres manuscrits, disséminés dans les bibliothèques de l'Europe, n'ont pas été mis à contribution. Parmi les raisons que donne M. Briau pour s'excuser de n'avoir pas fait ce travail, il en est de très-légitimes, mais il ne me paraît pas permis de dire : « Le nombre des manuscrits que j'avais à ma disposition m'a paru suffisant pour donner un bon texte de mon auteur.... Cette collation (celle des manuscrits étrangers), je ne la crois pas indispensable à l'intelligence de cet ouvrage.... Je pense c|ue toutes les diflicultés lexicographiqucs peu-
1. Deux manuscrits, si je ne me trompe, ont échappé à ses investigations.
ETrf^ES MÉDECINS COMPILATEURS. 12i
vent être levées à l'aide du texte et des variantes que je soumets au public. »
Quant à moi, je suis, et par expérience, d'un avis tout opposé. A Paris nous avons, par exemple, plusieurs très-bons manuscrits de Galien et d'Aëtius, et Ton aurait pu se croire autorisé, vu la quantité d'excellentes leçons qu'ils fournissent, à négliger la collation des autres manuscrits; mais on céderait à une mauvaise inspiration , car on apprendrait à Vienne, à Rome, à Oxford, à Florence, à Venise, à Milan, que nous n'avons pas à Paris toutes les sources nécessaires à la correction du texte de ces auteurs, et qu'il existe à l'étranger des familles de manuscrits qui ne sont pas représentées à Paris. Il manquerait beaucoup à l'édition d'Oribase, que nous publions, M. Bussemaker et moi, si, aux variantes des manuscrits de Paris, nous n'avions pas ajouté celles des manuscrits de Rome , de Florence, de Munich, de Venise, d'Heidelberg, de l'Escurial et de Leyde. Il m'eût été impossible de donner une édition de Rufus si je n'avais eu à ma disposition que les manuscrits de Paris. Pour Hippocrate, M. Littré a reconnu aussi, par les collations partielles qu'il a fait exécuter ou par celles que je lui ai rapportées de diverses bibliothèques d'Europe, qu'on ne doit jamais se déclarer satisfait tant qu'on n'a pas toutes les variantes sous les yeux.
Du reste, si, après la collation faite par M. Briau, il ne restait plus de difficultés dans le texte du sixième livre de Paul d'Égine, je pourrais, à toute force, lui donner raison ; mais malheureusement il n'en est pas ainsi, et plus d'un passage (notre savant confrère lui-
122 PAUL d'kgine •
même le reconnaît) réclame des améliorations qu'on ne demandera peut-être pas en vain aux nombreux manuscrits disséminés dans les bibliothèques de l'Europe. En négligeant systématiquement de comparer le texte d'Oribase avec celui de Paul, M. Briau s'est aussi privé d'un secours efficace pour la correction de plus d'un passage.
Ces observations, M. Briau les prendra, nous en avons la confiance, comme un témoignage du prix que nous attachons à une publication importante, qui sera remarquée en France et à l'étranger, et qui est presque une bonne action, tant elle est méritoire. Quoique, sur plus d'un point, je me trouve en désaccord avec l'habile éditeur de Paul d'Égine, je me plais à reconnaître et à proclamer que M. Briau a pris une place honorable dans la phalange, hélas! trop peu nombreuse, des médecins qui ont à cœur de renouer le fil de la tradition ; il s'est donné à lui-même un trèsbon modèle, et il donne à ses confrères un excellent exemple.
Jusqu'à ces dernières années, l'histoire de l'École de Salerne se réduisait à de très-vagues notions sur quelques-uns des médecins qui ont pratiqué ou enseigné à Salerne, pendant la première période du moyen âge, et sur lepoëme didactique, sorte de prose métrique, connu généralement sous le nom de Schola Salernitana {École de Salerne). Les historiens qui passent pour les plus érudits, n'ont pas même pris la peine de lire les ouvrages salernitains publiés dès l'invention de l'imprimerie ' : ils les tenaient pour trop barbares ou pour trop superstitieux; encore moins ont-ils songé à ouvrir, soit les manuscrits, pour y rechercher les écrits oubliés,
1. Par exemple- la Pratique de i. Platearius ; le traité de Matière médicale, Cirrn instatis (des deux premiers mots par lesquels il commence), d'un autre Platearius; l'Antidotaire du Mco\a.as, avec les Gloses d'un troisième Platearius; VAnalomie du porc et \a. Thérapeutique {Ars ou Modus medendi), par Cophon; le Passionnaire de Gariopunlus ; l'ouvrage de Trotula sur les Maladies des femmes ; les traductions faites par ConslanUn, sans compter divers opuscules anonymes ou perlant de fausses attributions, et qu'il était peut-être diflicile de reconnaître pour salernitains.
soit les chartes, les chroniques et autres documents, pour y recueillir des renseignements relatifs à l'histoire d'une école, trop célèbre pendant tant de siècles pour n'avoir pas laissé quelques traces dans la mémoire des contemporains.
On ne savait, ni comment la médecine s'est conservée en passant des mains des Grecs dans celles des Latins, ni par quelles voies elle est arrivée à Salerne. Loin de s'enquérir avec exactitude du vrai caractère e( de la succession des doctrines qui ont été suivies e( professées par les maîtres de cette école ', on se con-. tentait d'affirmer que tput y était venu de Galien et des Arabes ; de Galien, qui a été peut-être moins connu que les autres médecins grecs pendant la première période du moyen âge; des Arabes, qui ne furent introduits en Occident que par Constantin, c'est-à-dire quand l'École de Salerne avait au moins deux siècles d'existence; encore le moine du mont Cassin s'approprie dévotement les ouvrages des infidèles, pour les purifier et les rendre moins suspects!
Voici comment l'histoire de l'École de Salerne a tout à coup changé de face. Le irès-savant et très-regrettable docteur Henscbel, professeur de médecine à
1. Je dois faire une exception en faveur de M. H.Tser, qui, inr-me avant les récentes découvertes, dans la première édition de son exceUenl Manuel d' histoire de la médecine (en allemand, 1845), avait compris un peu mieux que ses devanciers le rôle et ]'iMiportan(;* de l'École de Salerne.
l'Université de Breslau, et l'un des amis les plus sincères et les plus dévoués que j'aie jamais rencontrés en Allemagne, s'occupait, dès l'année 1837, de publier un catalogue des manuscrits médicaux du moyen âge, conservés dans les divers bibliothèques de Breslau. Au début même de ses recherches, il mit la main sur un très-beau manuscrit du treizième siècle, dont personne n'avait jamais parlé et sur le dos duquel on avait écrit Herbarius. Il eut bientôt reconnu que cet Herbiercontenait trente-cinq traités, tous d'origine salernitaine, pour la plupart inédits et dont l'ensemble représente, à l'exception de la chirurgie, toutes les parties de la science médicale '. Le second de ces traités qui est intitulé : De œgritudinum curatione [Du traitement des maladies) se compose de cent soixante et treize chapitres ^; il constitue une sorte d'encyclopédie, une véritable somme médicale composée, comme celles d'Oribase , d'Aëlius et de Paul d'Égine, d'une suite d'extraits empruntés nominativement aux principaux Maîtres de l'École de Salerne. Quelques-uns étaient déjà connus (Platearius, Gophon, Trotula) ; d'autres entraient pour la première fois, par leurs propres œuvres, dans le domaine de l'histoire (Bartholomauis, Petronius, Ferrarius, Johannes Aftlacius).
J'ai examiné à Breslau ce précieux manuscrit, et je l'ai fait connaître en France, dans un rapport à M. le ministre de l'Instruction publique ^ A son tour M. Hen-