I9«) ALBERT LE GRA.ND
tnre : « Tout ce qui se produit contre les opérations de la nature ou de Tart, ou n'est pas humain, ou est faux et entaché de fraude. » — « Combien est grande l'erreur de ceux qui pensent qu'ils peuvent soumettre les esprits à leur volonté, ou qui se figurent qu'à l'aide des choses naturelles on évoque les esprits malins. )) Il semble que cela ait été écrit à l'adresse de notre époque, où chacun se figurera bientôt avoir un esprit familier qu'il peut faire parler et agir à volonté.
Cependant, et malgré les nombreuses applications que Bacon fil de sa méthode, soit par lui-même, soit par ses disciples, l'influence de VOpus majus a été presque nulle au treizième siècle, tant ce siècle était encore mal préparé pour une semblable réforme.
Par un singulier hasard, c'est à un homonyme, à E. Bacon de A'erulam qu'était réservée la gloire de faire prévaloir la méthode expérimentale. Du reste, il faut avouer que si Roger Bacon est érudit, profond, que s'il a lui-môme fait d'importantes découvertes, son style est lourd, décoloré, que son ouvrage présente beaucoup d'erreurs, qu'il y est trop souvent sacrifié aux superstitions de l'époque, tandis que F. Bacpn est animé, pressant, riche en métaphores, et qu'il est impitoyable pour toutes les fausses croyances de son siècle.
Quoique sur beaucoup de points de détail et sur l'idée générale d'une histoire des sciences naturelles, enfin sur la place qu'Albert doit occuper dans celte histoire, je diffère de M. Pouchet, je n'en applaudis pas moins
à ses elîorts, à sa persévérance et à son senlimeni vif pour les éludes historiques. Son livre est d'autant plus méritoire qu'il est écrit à une époque où Ton s'occupe beaucoup plus des applications pratiques que du côté littéraire et historique des sciences.