SON TEMPERAMENT, SON CARACTERE ET SES MALADIES
On était aux premiers mois de rannée 165-"), « la santé du roi donnait de très-beaux commencements et de Irès-belles espérances; S. M. était dans le plus beau de ses jours et dans une jeunesse tendre et florissante, » lorsqu'un « mal, le plus étrange du monde et de la plus grande conséquence, » vient tout à coup jeter Vallot, premier médecin du roi Louis XIV, « dans la dernière confusion, dans un tel accablement et dans une interdiction si extraordinaire, » qu'il se trouve obligé de confesser u que les plus grands rois ne sont point exempts des atteintes des maladies et des infir-
1. Journal de lu santé du roi Louis XIV, de l'année 1G47 à l'année 1711, écrit par Vallot, d'Aquin cl Fagon, tous trois ses premiers médecins; avec introduction, notes, réilexions critiques et pièces justificatives, par J.-A. Le Roi, conservateur de la bibliothèque de !a ville de Versailles. l*aris, 18G2, librairie d'An^'usIe Durand. — Les Médecins au temps de Molière, par M. le docteur M. Way naud. Paris, 1862, liitrairie Didier.
mités qui arrivent anx hommes. » A considérer Louis XIY tel que nous le représente ordinairement l'histoire, c'est-à-dire tout chargé de lauriers tout resplendissant de 'gloire, et daignant agréer, du haut de son trône, les adorations de la cour et de la ville, la soumission des provinces et les hommages des souverains ses alliés ou ses tributaires, on le prendrait en effet plutôt pour un dieu que pour un homme ; mais il faut que la foi ait été bien robuste ou la flatterie bien impertinente pour qu'un médecin ait voulu paraître garder un instant l'illusion. En 1635, le roi n'avait encore que dix-sept ans, et déjà S. M. avait été atteinte d'une petite vérole « bien maligne et bien dangereuse » avec gangrène au?i orteils; de deux tumeurs squirrheuses au sein, de dartres vives, « avec écorchure de l'épiderme, » d'accès de fièvre, de flux de ventre opiniâtres et de fréquents maux de tête; Elle avait été saignée six fois, avait subi plusieurs incisions, avait pris bon nombre de clystères, sans compter les emplâtres, les pommades, les stomachiques, les eaux martiales et autres. Il faut convenir qu'il y a peu de no.s misérables mortels qui à dix-sept ans aimeraient à avoir eu autant de « satisfaction » que le grand roi en a éprouvé de ses médecins et de ses médecines. Et de fait, quand on a lu d'un bout à l'autre, sans en passer une ligne, le Journal de la santé du Roi, on ne prend pas envie de changer sa pauvre humanité contre la divinité de Louis XIY : je ne vois pas un mois, peutêtre pas une semaine où ce monarque, soit qu'il paye le tribut à la nature, soit qu'il subisse les conséquences de ses passions galantes ou gloutonnes et du despotisme
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de son caractère, ne soit pris de quelque grave maladie ou de quelque sérieuse indisposition.
Je note depuis l'année 10^5 une scarlatine des plus malignes (1658), une rougeole d'un' assez mauvais caractère (1663), des vertiges et des vapeurs qui commencent vers 1H62 et font le tourment du roi jusqu'à la fin de sa vie, des rhumatismes très-fatigants, des fièvres intermittentes rebelles , une carie de l'os de la mâchoire supérieure (1685), une fistule (1686), desophthalmies, diverses maladies de peau; en 1()96 et en 1704, des furoncles de fort méchante nature', une luxation du coude suivie de tumeurs indolentes qui supurenti'1683),des vers dont il est fai t souvent ment ion, unegoulte quasi permanente^, la gravelle, deux maladies qui ne se quittent guère, des indigestions dégoûtantes qui se renouvellent chaque jour et qui sont accompagnées de tels orages des voies digestives ^, que S. M, se voit contrainte de quitter à l'improviste tantôt son conseil \ tantôt le salon de madame de Maintenon, tantôt la famille d'Angleterre, effort souvent la table; parfois même Elle ne trouve pas le temps de se chausser ; ou bien Elle se lève tout
1 . « Avanl-hier, j'ai vu panser le roi ; sa plaie est plus grande que la main et a la forme d'une croix (celle l'orme résultait sans doute d'une incision dite cruciale). Le roi supporte ses souffrances avec beaucoup de patience et de fermeté... Je ne crois pas que la plaie puisse être fermée avant un mois ; il faut espérer que la santé du roi n'en sera que meilleure après la guérison. » Lettre de la princesse Palatine, septembre 169G ; édit. Rolland, p. 1G8.
2. B Le grand homme est au lit; il a la goutte. » Lettres de la princesse Palatine, juin 1692; ibid., p. 127; vo.v. aussi Journal, année 17 04.