INTRODUCTION
Grégoire ou de saint Thomas, ne vaut pas plus qu'un texte d'Aristote. Invoquer le dogme du péché originel pour établir les premiers principes de Tart de guérir, cela peut être fort édifiant pour les bonnes âmes, mais cela peut surprendre un homme de science qui, sans remonter aussi haut , regarde la maladie comme une conséquence des mouvements mêmes de la vie, puisque tout ce qui vit souffre et meurt; penser autrement , c'est livrer la médecine à tous es hasards des discussions qui partagent les hommes ^ur l'origine du bien et du mal en ce monde. Ce n'est même plus de la médecine, mais de la dogmatique.
J'ai remarqué que ce sont particulièrement les sectateurs d'une doctrine nouvelle qui, de nos jours, mêlent si pieusement et à haute dose les textes de l'Écriture ou des Pères aux textes de nos auteurs. J'en ai cherché longtemps l'expHcation ; je crois l'avoir trouvée ; mais je ne voudrais pas la donner, dans la crainte d'offenser à la fois l'homœopathie et la religion. Cependant, comment ne pas s'indigner quand on voit les globules associés aux influences fluidiques et aux médailles bénies? Il semble même qu'on appelle cela un acte de foi, une chaîne aux extrémités de laquelle se trouvent d'un côté une âme, de l'autre des esprits bienheureux qui la protègent. S'il en est ainsi, j'ai grand'peur que ce ne soient ni une âme ni des esprits de lumière qui tiennent les deux bouts de cette chaîne. On ne doit pas permettre
XII INTnOnUCTION.
que la religion serve de drapeau à la médecine -, surtout on ne doit pas permettre qu'elle lui serve d'enseigne.
On rapporte qu'un jour le célèbre médecin anglais Mead, traversant la Tamise sur London Bridge, rencontra un de ses anciens amis de collège revêtu d'oripeaux : — Comment! s'écria Mead, toi que j'ai connu l'un des meilleurs parmi nos condisciples, disputant aux plus vaillants les palmes et les couronnes, tu as pu descendre jusqu'à un tel métier ! — Trêve de belles phrases, mon cher Mead, répliqua l'ami, et réponds seulement à deux simples questions : Combien penses-tu qu'en une journée il puisse, sur ce pont , passer de gens d'esprit ? — Un très-petit nombre sans doute ; l'esprit est si rare ! — Et combien estimes-tu qu'il y passe de sots? — Oh! de ceux-là, répliqua le vrai docteur, le nombre est incalculable, et il en doit passer par milliers. — Eh bien ! dit l'ami, les gens d'esprit forment ta clientèle et les sots forment la mienne.
Au moins s'il n'y avait que des sots; mais il y a aussi des victimes !
J'en ai fini avec la médecine mystique et je reviens à la médecine positive ; j'y reviens par l'ouvrage de M. Chauffard, où j'ai trouvé à côté de pages excellentes quelques propositions hasardées que j'ai cru de mon devoir de signaler, afin .de prémunir contre les conséquences compromettantes qu'on en pourrait tirer. J'aimerais à voir M. Chauflard descendre plus