‹ La médicine, histoire et doctrinesChapitre 99 sur 109 · Gescli, d. Ileilkunde, t. 1, p · texte numérisé non relu

Gescli, d. Ileilkunde, t. 1, p

riiisloricn (le Gcni'ive; mais avant d'opposer le Icmoignngc mûme de l'histoire à cette interprétation du passage de Celse, il est nécessaire de se faire une idée nette des matières comprises dans chacune des trois branches de la médecine. Cette seule exposition suffirait déjà pour montrer l'inipossibilité pratique d'une division telle que Le Clerc la conçoit. Pour savoir à quoi nous en tenir sur ce point, nous n'avons pas besoin d'aller bien loin; le livre même de Celse, dans lequel se trouve celte phrase, objet de tant de controverses, nous fournit les renseignements désirables sur la première question, puisque toute l'économie de ce livre repose précisément sur cette division de la médecine en trois sections inégales. Indiquer le plan général du Traité de médecine, c'est donc résoudre en partie la difficulté.

La première section, composée de quatre livres, comprend presque toutes les maladies dites internes, lesquelles, suivant les anciens, ne réclamaient guère que l'emploi du régime. Dans la seconde (livres v et vi) sont rangées les maladies pour la plupart externes et qui exigent les topiques; la troisième (livres vu et viii) renferme ce que nous appelons la médecine opératoire, et, de plus, tout ce qui regarde le traitement des fractures et des luxations. De môme que la diététique comprend l'étude des objets mêmes du régime, de môme la iiharmacciitiqite renferme, dans de certaines limites, l'étude des médicaments eux-mêmes, de leurs vertus et de leur préparation; le livre de Celse le témoigne. Ainsi, dans les deux premières parties, il traite de la matière de Vhygiène et delà matière médicale, avant d'aborder l'histoire des maladies; et pour la pharmaceutique, il ne se contente pas d'indiquer la compositiQn et l'action des topiques, il décrit aussi les préparations destinées à être prises k l'intérieur, soit contre les maladies internes, soit contre les maladies externes, et même en tête de la pharmaceutique, il a soin de nous dire, comme s'il voulait éviter toute fausse interprétation : « Ce qu'il importe avant tout de savoir, c'est que toutes les parties de la médecine sont tellement liées entre elles, qu'il est impossible de les séparer complètement,

et le nom qui les distingue indique seulement la prédominance des méthodes; celle, par exemple, qui est fondée sur le régime, s'adresse aussi quelquefois aux médicaments; et colle qui s'applique principalement à combattre les maladies par l'action des agents thérapeutiques, est obligée d'y joindre l'observation du régime dont l'utilité se fait si vivement sentir dans toutes les affections du corps '. » (Livre v, Préamb. ,Ua(i. de M. des Étangs.)

Ces réflexions de Celse n'établissent-elles pas clairement qu'il s'agit pour lui d'une division des malwlies purement scientifique etnosologique fondée sur la thérapeutique, division imaginée pour soulager la mémoire et pour permettre une classification plus ou moins régulière des objets d'étude d'après leur manière d'èlre la plus générale, en tenant compte des empiétements réciproques?

Oublions pour un instant le propre commentaire de Celse et considérons les choses en elle-mémes : ne semble-t-il pas qu'il serait déjà très-difficile de concevoir, au point de vue de la pratique, une division de la médecine telle que Le Clerc veut l'établir, surtout en ce qui touche la délimitation des deux premières parties qui se pénètrent incessamment l'une l'autre, ainsi que Celse lui-même le déclare? Toutefois, comme les modernes eux-mêmes ont partagé la science en médecine et en chirurgie, d'après des règles fort arbitraires, et que ces deux divisions correspondent assez bien, la première à. la diététique de Celse, et la seconde à la pharmaceutique et à lâchirurçiie, abstraction faite de la partie purement pharmacologique sur laquelle je reviendrai tout à l'heure, rien n'empêcherait d'une manière absolue d'admettre que la division de Celse était toute matérielle. Les

1. Scribonins Largus (Co7H/;&si<. med., chap. 68, comp. 200, édit. de Rliodius, p. 109), exprime la mùtiie opinion à peu près dans les mêmes termes. Son texte prouve de plus que cette division théorique de la médecine en trois branches était une des plus répandues; mais on ne voit pas dans ce passage que les trois branches répondissent pour lui, pas plus que pour Celse, à trois classes de médecins.

réflexions du médecin romain sur les empiétements réciproques des diverses parties, et surtout des deux premières, ne seraient même pas un obstacle à cette opinion, car nous voyons tous les jours les chirurgiens recourir tant bien que mal à la médecine proprement dite, et les médecins, à leur tour, entrer à main armée sur le terrain des chirurgiens, si le cas l'exige, lors même que les uns et les autres n'embrassent pas ordinairement la science dans toute son étendue.

Mais en présence de l'histoire, une pareille question n'a que faire de raisonnements, de suppositions et de comparaisons. Interrogeons donc l'histoire, et voyons si, dans l'aniiquité, il y a eu en réalité trois classes de médecins correspondant aux trois grandes divisions, appelées vulgairement diététique, 'pharmaceutique et chirurgie. Hé bien! aucun texte ne vien4, à ma connaissance, répondre par l'aFfirmative; tous, au contraire, permettent de conclure dans le sens opposé. D'abord il n'y a aucun témoignage direct sur lequel on puisse s'appuyer, et Celse lui-môme n'eût pas manqué de remarquer cette particularité si elle eût existé. En second lieu nous voyons, par toutes les citations, par tous les fragments qui nous font connaître les médecins de cette longue période qui sépare Érasistrate de Celse, que tous, les plus obscurs comme les plus illustres, aussi bien paiini les dogmatiques que parmi les empiriques, ont pratiqué en même temps les trois branches de l'art de guérir. Pour s'en convaincre il suffit d'ouvrir les Bibliothèques médicale, chirurgicale et botanique de Haller ; on y trouve précisément la confirmation de mon assertion, et cependant, chose étonnante, Haller lui-même partage l'opinion de Le Clerc, de sorte qu'il détruit d'une main ce qu'il cherche à édifier de l'autre; car on rencontre dans l'une et l'autre Bibliothèciue, Mantias, Andréas de Caryste, Hicésius, Zenon, Glaucias, Apollonius, Sérapion, Héraclide et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer.

Dire avec Hecker que, par suite du partage purement scientifique de la médecine en trois iiranchcs, il est arrivé

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que chacun, suivant son goûl particulier, s'est plus spécialement attaché ;\ Tune ou à l'autre de ces branches, c'est dire trop ou ne rien dire du tout. Dans le premier cas, c'est revenir au sentiment de Le Clerc par une voie détournée, d'une manière moins explicite et dans un sens moins absolu ; mais cette simple prédilection ne ressort même pas de l'histoire, et on ne voit pas qu'il y ait eu, du moins d'une façon générale, des médecins qui se soient plus occupés de la seconde que de la première partie. On voit, au contraire, qu'ils étudiaient avec un soin égal tout ce qui concernait l'art de guérir. Prétendre que quelques individus se sont plus particulièrement attachés à une partie qu'à une autre, c'est, je le répète, ne rien dire du tout, car cela ne constitue pas une division pratique de la médecine; il n'y a là qu'une tendance individuelle sans influence sur l'ensemble de la pratique. •

Je tomberais moi-même dans une grave erreur si je n'admettais aucune division dans l'exercice de l'art de guérir; mais cette division ne répond pas du tout à celle de Le Clerc, de Ilaller et de ceux qui ont partagé leur sentiment. Il paraît, d'après le témoignage de Celse lui-même et d'après celui de Galien, qu'il y eut, à Alexandrie et à Rome, des individus qui s'adonnaient spécialement à la chirurgie. Celse dit positivement dans le préambule du livre vu, qu'après Hippocrate la chirurgie, distinguée des autres branches de l'art de guérir, fut exercée par des hommes spéciaux. L'histoire nous a conservé quelques renseignements sur des praticiens appelés cliirunjiem ; mais entre le fait de la séparation delà chirurgie (et encore de la. chirurgie opératoire) au profit de quelques individus, taudis que l'art deguérir était étudié et pratiqué dans toutes ses parties parla majorité des médecins, et un partage réel de la médecine en trois branches exercées par trois classes de praticiens, il y a une distance immense sur laquelle il n'est pas besoin de s'arrêter davantage. Ces chirurgiens sont précisément les gens qui ont été poussés par un goût particulier ou par la nécessité vers une partie de l'art de guérir plutôt que vers une autre. D'ailleurs nous voyons

que ces praticiens peuvent ôtrc le plus souvent rangés dans la classe des spécialistes proprement dits, classe qui n'était pas moins nombreuse dans l'antiquité que dans les temps modernes, ainsi qu'on le voit parGalien K Si Galien est forcé d'admettre les spécialités, il s'élève contre les spécialistes, en tant que ces demi ou ces quart de médecins, comme il dit, voulaient considérer leurs spécù(/tïé5 comme des parties distinctes de la médecine qui est une, quelles que soient ses divisions.

On voit, d'api'ès ce que nous raconte le médecin de Pcrgame, qu'ily avait des oculistes, des opérateurs de la cataracte, des dentistes, des chirurgiens herniaires, des gens qui pratiquaient uniquement la paracentèse, la lithotimie, l'opération du cathétérisme, qui s'occupaient des oreilles ou des maladies de l'anus. Il y avait des médecins appelés diététiques, pharmaceutiques ei même botanistes, parce qu'ils se servaient plus particulièrement de la diète, des médicaments composés ou des herbes. Ceci se rapporte au temps de Galien, et il s'agit bien ici d'un système thérapeutique ; il y a même des gens qui s'appelaient donneurs de vin ou d'ellébore ^. Ces spécialités, comme le remarque l'auteur Des parties de la médecine, ne pouvaient s'exercer que sur de grands théâtres ; autrement le métier n'aurait pas suffi pour faire vivre ceux qui s'y livraient. La spécialité avait revêtu toutes les formes, et l'antiquité, sous ce rapport, n'a rien à nous envier. Il y avait même des spécialistes de plus bas étage; on trouve, par exemple, des médecins qui s'exercent à bien donner des clystères, à saigner les veines ou les artères.

Je dois faire remarquer cependant que les chirargiens, du

1. Vlrum med. sit, an gymn. hyg.? cliap. 24, I. V, p. 84G et suiv., et De parlib. artis medicœ, chap, 2, t. IV ( in Spuriis libris), f» 16, éd. Junt.

2. Je n'ai pas besoin de rappeler qu'au dire d'Hérodote, la médecine était aussi exercée en Egypte par des spécialistes de toult; nalui'e, ou plutôt que la médecine paraît avoir été divisée, dans ce |iavs, en de Irès-nombreuses spécialités.

moins quelques-uns, ne se restreignaient pas seulement à la brandie appelée chiniruie par Celsc, car on voit qu'ils s'occupaient aussi des maladies externes qu'on traitait à l'aide des médicaments. Ainsi cette séparation même de la chirurgie et l'extension qu'on donnait à ce mot prouvent péremptoirement que la division en trois branches était purement scientifique et n'avait pas de représentation exacte dans la pratique.

Affirmons donc, pour clore la première partie de ces remarques, que les plus grands praticiens de la période comprise entre la fondation de l'école d'Alexandrie et Celse, furent à la fois médecins et chirurgiens. La séparation de la chirurgie proprement dite et considérée dans son ensemble ne fut certainement pas aussi généralement acceptée dans l'antiquité que de nos jours ; je n'ai pas besoin d'ajouter que celte séparation , consacrée dans l'enseignement des écoles, ne repose sur aucune donnée scientifique.

Quelques historiens, entre autres Sprengel (/. l., p. 541), tout en suivant d'une manière générale le sentiment de Le Clerc, s'en sont écartés sur un point important et ont introduit une erreur de plus dans la discussion. Nous avons vu que l'historien de Genève savait parfaitement quelles parties de la médecine comprenaient les divisions admises par Celse; son seul tort, c'est d'avoir cru que chacune de ces divisions correspondait à une classe spéciale de praticiens. Mais le professeur de Halle commet à la fois une double faute, l'une qui lui est commune avec Le Clerc , l'aulrc qui est d'avoir cru que par pharmaceutique Celse entendait la. rhizotomie ou apothicairerie. En regardant la rhizotomie ou apothicairerie comme répondant à ce que Celse appelle pharmaceutique, Sprengel commet pour ainsi dire plus d'erreurs qu'il n'écrit de mots. D'abord Celse déclare positivement, dans la préface du livre v, que \d. pharmaceutique est la partie de la médecine qui combat les maladies, principalement par les médicaments. Les livres v et vi tout entiers ne sont qu'un développement de celte définition ;

seulement, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, l'histoire des médicaments composés est jointe à la nosograpliie et à la thérapeutique proprement dite, comme dans la première partie la matière de l'hygiène est comprise sous le nom de diététique.

Comment a-t-il pu venir dans l'esprit de Sprengel que Celse ait considéré comme une partie de la médecine la pharmacopolie telle qu'elle était exercée dans l'antiquité? C'était un véritable métier de charlatans et de sophisliqueurs I

Sprengel aurait eu au moins une ombre de raison en regardant comme identiques \apharmacoiJolie et la rhizothomie, quoiqu'au fond cette identité n'existe pas, ainsi que je le démontrerai plus bas. En tous cas, la pharmacopolie, et la rhizotomie à plus forte raison, ne sont pas comparables à notre apotldcairerie ou pharmade. Ni l'une ni l'autre profession, qui répondaient en partie à notre droguisterie, n'ont jamais été regardées comme faisant partie de la médecine; c'est là une invention des historiens modernes. L'art de confectionner les remèdes n'était point dans l'antiquité séparé de la médecine, et les médecins, du moins au temps de Celse, ne s'en rapportaient qu'à eux-mêmes pour la préparation et la vente des médicaments. Les matières premières leur étaient fournies en grande partie par les rhizotomes et par les pharmacopoles. L'officine du médecin servait tout à la fois aux opérations et à la pharmacie; tous les médecins se livraient aux manipulalions; elles n'étaient le domaine exclusif d'aucun en parliculiei'. Plustard les rhizotomeset lespharmacopoles empiétèrent sur les droits des médecins, que ces derniers le permissent ou*non. Encore si les pharmacopoles préparaient les médicaments, ces médicaments passaient-ils par les mains des médecinspour arriver aux malades. Enun mot, les médecins neformulaient pas une ordonnance que le pharmacopole remplissait; ils ne faisaient que s'approvisionner auprès du pharmacopole pour l'usage de sa clientèle. Quand les pharmacopoles ou même les rhizotomes délivraient immé-

diatemcnt des mcdicaments aux malades , ils agissaieni comme nos droguistes ou herboristes qui font de la médecine populaire. Les médecins même qui ont écrit ex professa sur les médicaments s'occupaient également des autres parties de la médecine.

Les matières premières étaientdoncfourniesauxmédecins par deux classes d'individus qui n'ont jamais fait partie du corpsmédical,mais quionttrop souvent, jcle répète, empiété sur les droits des médecins : c'étaient les rhizotomes et les pharînacûpoles. Les rhizotomes, encore plus éloignés des pharmaciens que les pharmacopoles, avaient pour office de recueillir les plantes, ainsi que leur nom l'indique; ils les vendaient sur le marché, soit aux médecins, soit au public, soit enfin aux pharmacopoles eux-mêmes qui avaient un établissement fixe et auprès desquels les médecins se fournissaient, attendu qu'ils tenaient toute espèce de drogues premières ; ils réunissaient quelquefois les fonctions de droguistes et d'herboristes ; ce ne fut que tardivement et avec le relâchement des vieilles mœurs médicales que les médecins leur abandonnèrent en grande partie le soin de préparer les médicaments. Plus tard môme il y eut des pharmaceutescn titre, chargés de l'application des remèdes externes: c'étaient des espèces d'infirmiers ou d'aides, comme étaient les aides des hippocratestes ; encore ces derniers étaient-ils pour la plupart des élèves qui à leur tour pouvaient devenir des maîtres,- carde tout temps les médecins ont eu des aides libres ou esclaves, comme on le voit par les livres de Platon et d'Hippocrate.

Ainsi ni la rhizotomie ni l<ipJiarmacopoUe ne furent jamais une division de la médecine; autant vaudrait dire que la chirurgie ne comprenait que l'étude des instruments, et que la diététique n'embrassait que celle de la matière de l'hygiène.

D'ailleurs, avant les Alexandrins , du temps de Théophraste et certainement longtemps avant lui, il y avait des pharmacopoles, et jamais on n'a regardé leur art comme une division de la médecine.

Je n'en finirais pas si je voulais rapporter, el surtout examiner en détail, toutes les opinions plus invraisemblables les unes que les autres émises sur cette phrase de Celse par les historiens. Je ne discuterai donc ni celle de Schulze', partagée par Weber - , suivant laquelle il s'agit du libre développement, dans toutes ses branches , de la médecine longtemps comprimée et resserrée par les Asclépiadeset par les philosophes 3; ni celle de Jacobson ^,qui prétend que Celse a entendu parler de l'enseignement et non de la pra-v tique ; idée ingénieuse, mais sans fondement ; ni celle de M. Rosenbaum ; si j'ai bien compris sa pensée, il interprète le passage de Celse qui nous occupe d'une façon tout à fait inadmissible dans les notes ajoutées à la nouvelle édition de Sprengel; il suppose que Celse a entendu non point deu^ parties de la médecine par les mots diététique et pharinaceutiqiie, mais deux systèmes médicaux d'après lesquels toutes les maladies étaient traitées par le régime ou par les médicaments. Il allègue en preuve les Hérophiléens et les Erasistretéens ; mais il est évident, et par le texte du médecin romain, et par les explications que lui-même donne en divers endroits des mots diététique et pharmaceutique, enfin par tout son livre, qu'il s'agit bien certainement de parties et non de systèmes. D'ailleurs, avec une pareille manière de voir, que taire de la chirurgie ? Pour admettre l'opinion de M. Rosenbaum, il faut donner au membre de phrase où il est question de chirurgie un autre sens qu'aux deux précédents; mais tous se tiennent par des liens étroits, et l'ordre d'idées ne change certainement pas ; il faut, de plus, admettre que, pour la chirurgie, Celse a entendu quUl s'agissait d'une séparation d'avec le reste de la médecine, en un mot, d'une partie distincte. Mais qui ne

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