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LES VIEUX SERVITEURS

Un an après un mariage qui ne devait pas être le seul lien des familles Morgan, Roverin et Durantfds, télnoin Tunion de Julien avec Renée, — un an après le j our où furent comblés les vœux de Pierre-Paul et de Marcelle, de l’oncle Gervais et de la noble Corentine, on venait de toutes les parties de la paroisse s’informer de l’état du pauvre chien Plantiau, couché sur un grabat en travers de la grande cheminée du Moire.

C’était là que, par ses cris plaintifs, l’intelligent animal avait témoigné le désir de terminer sa carrière. Il fut compris.

Pierre-Paul et Marcellé, qui habitaient la Grainée, le firent porter au logis des Roverin.

«c Tu es plus reconnaissant que bien des hommes, mon vieux camarade, tu me reviens, dit la Bernarde, qui, depuis quelque temps, changeait à vue d’œil, mais ne voulait pas entendre parler de se faire soigner.

« A partir de son retour de Paris, ajouta la vieille servante d’une voix brisée, il a commencé de vieillir à faire pitié. Plantiau, Plantiau, quand les bons serviteurs n’ont plus rien^ désirer pour leurs maîtres, ils peuvent mourir, pas vrai? »

Plantiau que Marcelle caressait doucement , léchait pour la dernière fois la main de Pierre-Paul ; il tourna un regard languissant vers la pauvre Bernarde, poussa un dernier gémissement et mourut.

« Tu t’en vas! dit la bonne femme, je vois ce qui m’attend. »

A ces mots elle se plaignit d’avoir grand froid, et, s’adressant aux jeunes mariés qui pleuraient :

« Vous le ferez enterrer, s’il vous plaît, aux pieds de votre vieille servaqte. »

Gervais la pria de se laisser mettre au lit.

« Ce n’est plus la peine! dit-elle. Adieu! mon maître; adieu, mes enfants!... Je ne souffre pas, je n’ai pas de mal, je m’éteins comme Plantiau. »

Elle fit tomber ses béquilles dans le feu. Pierre-Paul se baissa pour les ramasser.

« Laisse donc ça, flioi, je n’en ai plus besoin, dit-elle encore en souriant; je vais avoir des ailes! »

On alla chercher le bon curé de Saint-Loup, qui lui administra les derniers sacrements en présence des deux familles réunies.

Un quart d'heure après elle dit d’une voix très-distincte : « La bénédiction du bon Dieu sur vous tous! »

Puis elle courba la tète et cessa de vivre.

YIII

MEMIS PROPOS DE BLiVISE CORDON.

Vers la même époque, une grande nouvelle émut tout à coup Saint-Loup et les environs.

Jérôme Gillet, le simple fermier, héritait de son frère Grégoire une somme prodigieuse; il allait, d’un coup, être aussi riche que les Durantais ou que les Roverin ; il pourrait, core, pus drôle! se bâtir une maison de campagne et vivre bonrgeois, la canne à la main.

Biaise Gordon, à ce propos, dit avec regret :

® Quand un vaurien paresseux comme Grégoire est parvenu à une fortune pareille, que n’aurais-je pas fait, moi, si, au lieu de croupir au^illage, j’étais allé à Paris!... »

Corentine , qui d’aventure passait par-là , haussa les épaules, et, l’interrompant :

« Tenez ! 'Biaise Cordon, dit-elle, vous êtes incorrigible! Vous avez donc des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne pas entendre? Vous ne saurez donc jéimais ce que c’est que la meilleure part !

— O fortunatos nimium! » s’écria le magister; puis, se versant une rasade de cidre, il regarda sa redingote râpée : K C’est égal, pensa-t-il, si j’avais à recommencer, je ne ferais pas comme Pierre-Paul, qui n’a pas honte de vivre en sàbots, quand il serait capable d’être ministre de l’instruction publique à Paris! >

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