Baillarger, Recherches, etc., ouvr. cité, t. II, p
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leurs que les auteurs modernes et notamment M. Magnan 1 comprennent la paralysie générale, affection caractérisée par de la démence et des troubles somatiques, auxquels se joignent de diverses manières des délires variés. Parmi ces états délirants surajoutés, et qui paraissent dépendre d’une certaine aptitude vésanique du sujet, on rencontre assez souvent des états mélancoliques. Ces derniers seraient peut-être aussi fréquents que la forme ambitieuse qui passe cependant pour être la plus habituelle. Le sujet simule alors un lypémaniaque par son attitude, ses idées de ruine et de culpabilité, son abattement. Il refuse les aliments, il parle peu; et le diagnostic reste en suspens jusqu’au jour où les troubles de la parole ou les signes pupillaires (inégalité et paralysies) viennent affirmer le diagnostic. Souvent ces malades sont diagnostiqués des mélancoliques simples; mais lorsqu’on peut les suivre, on est urt jour étonné de les voir peu à peu verser dans la démence et de constater chez eux des signes physiques qui ne laissent aucun doute sur la véritable maladie en voie d’évolution. Quelquefois ces délires mélancoliques s’accompagnent d’idées de suicide; et l’on a môme — quoique rarement — observé des suicides de paralytiques généraux. D’autres idées délirantes, par exemple de négation, se montrent aussi. Les idées hypocon-
1. Magnan et Sérieux, La •paralysie générale, 1894. Encyclopédie des âide-mémoire, p. 9 et suiv.
driaques avec croyance à la destruction, à la transformation des organes, qui n’existent plus ou sont bouchés, sont fréquentes aussi. Baillarger avait même cru qu’elles ne se rencontraient que dans la paralysie générale. Or il est d’observation courante qu’elles s’observent ailleurs et notamment chez ces vieux mélancoliques négateurs qu’a décrits Cotard. Enfin le début de la paralysie générale est caractérisé parfois par un état neurasthénique (Ballet) qui se rapproche beaucoup de la mélancolie sans délire, au point de faire hésiter longtemps le diagnostic.
Obs. XXI. — Paralysie générale débutant par un délire mélancolique.
C... Charles, trente-six ans, employé, entré le 9 septembre 1893 à l’asile Ste-Anne (Service de M. Joffroy).
Père mort à soixante-cinq ans d’une attaque d’apoplexie cérébrale. Tante paternelle hémiplégique à quarante ans, morte à cinquante ans. La mère est âgée de soixante-dix-huit ans, bien portante. Un frère, âgé de cinquante-trois ans, atteint d’hémiplégie droite avec aphasie, buveur. Un autre frère est mort à quarante ans phtisique. Trois sœurs, toutes très nerveuses, impressionnables, émotives, coléreuses.
Il est venu au monde à terme après cinq fausses couches de sa mère ; il lui fut fait une ponction à trois ans pour œdème généralisé, à la suite d’une affection rénale ('?). Il a marché à dix-huit mois et parlé à deux ans. C’était un enfant intelligent, mais d’un caractère plutôt sombre, préférant la solitude. A vingt-six ans il contracte la syphilis.
Les symptômes psychiques de sa folie débutent en juillet 1893. Il habitait à cette époque rue Monge; le quartier latin était alors le théâtre des troubles des étu-
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diants. Le malade a assisté de sa fenêtre aux bris de kiosques, de réverbères, aux luttes entre sergents de ville et étudiants. Le lendemain G... a paru étrange à son patron à qui il a déclaré : « Je sens que je suis malade ». Il continua néanmoins encore à travailler pendant trois jours, lorsque le 8 juillet on l’a ramené à sa sœur dans un état de semi-stupeur.
A son arrivée à l’asile, il paraissait en proie à une profonde dépression, déprimé, anéanti. Interrogé sur la cause de sa tristesse, il a répondu : « Ma situation est perdue, je suis malade ». Il n’avait pas d’hallucinations. Les idées de ruine dominaient en lui : il parlait continuellement de l’impossibilité de payer ses fournisseurs, il était complètement ruiné. L’esprit paraît paresseux, et ses réponses étaient difficiles. Il opposa une force de résistance à ce qu’on voulait lui faire faire.
En avril 1895, on nota pour la première fois un certain degré d’embarras de la parole ; en prononçant le mot « observation », il répète plusieurs fois la même syllabe « ob-ob-se-er-vation ». En novembre 1895, l’embarras delà parole est plus manifeste, et cette difficulté de l’articulation ne fit plus tard que s’accentuer. La langue est animée d’un tremblement fîbrillaire très accentué.
En novembre 1895, nous notons un affaiblissement de sa mémoire ; le malade ne se rappelle plus le quantième du mois. A ce moment, l’idée d’une démence paralytique devient une hypothèse vraisemblable. Peu à peu la déchéance intellectuelle progressive montra qu’on avait affaire à de la paralysie générale.
Une certaine rémission se produisit dans son état en janvier 1896. Il cause plus volontiers, écrit des lettres, mange assez bien sans qu’on soit obligé de le presser, lit son journal le matin et dans l’après-midi se promène. L’amélioration persiste jusqu’à la fin du mois de mai 1896; puis il retombe dans la dépression, il ne veut plus sortir, il ne veut plus manger, il ne veut plus se coucher; et, une fois couché, il refuse de se lever.
En janvier 1896, les symptômes physiques étaient les
suivants : attitude immobile ; les yeux vagues regardent en bas, les mains sont jointes sur ses cuisses; le visage impassible exprime plutôt la tristesse. Ses membres ont une certaine tendance à garder la position qu’on leur ■donne, mais sans qu’ils soient le siège d’une rigidité particulière. Lève-t-on son bras, il reste en l’air comme si le malade ne pensait plus à l’abaisser.
La pupille droite est plus large, et toutes les deux sont paresseuses à la lumière; il y a une légère exophtalmie; les muscles extrinsèques sont normaux; l’acuité, visuelle (6/10) se trouve diminuée par un astigmatisme myopique; la vision des couleurs et le champ visuel sont normaux. La motricité au dynamomètre est la suivante : MD. 12. MG. 10. Les pressions sont en moyenne faibles, fait en rapport avee la dépression psychique, car le malade est d’apparence plutôt vigoureuse.
Les réflexes du poignet sont apparents ; au contraire le réflexe patellaire ne peut être produit, le malade raidissant la jambe et la cuisse quand nous nous livrons à la recherche du réflexe. La sensibilité est difficile à explorer; le malade a peur et se retire devant nos explorations. Il existe un dermographisme léger.
Dans ces derniers témps, le malade a présenté des alternatives d’excitation et de dépression qui se succédaient tous les jours, mais irrégulièrement.
Les lésions de la moelle sont assez fréquemment associées à la folie, et notamment à la mélancolie, d’après Stewart l . Parmi ces maladies médullaires, le tabes occupe une grande place; et M. Rey 2 a ’ décrit des états vésaniques, parmi lesquels unemélan-
1. Stewart, Des lésions de la moelle épinière observées chez les aliénés, Ann. méd.-psych., 1888, t. VIII, p. 193.
2. Rey, Considérations cliniques sur quelques cas d’ataxie locomotrice dans l’aliénation mentale, Ann. méd.-psych., 18io, t. XIV, p. 185.
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eolie anxieuse, coexistant avec une ataxie locomotrice non compliquée de paralysie générale. De son côté M. Rougier 1 a montré comment les troubles physiques du tabes pouvaient éveiller et entretenir des idées délirantes de mélancolie, lesquelles n’étaient qu’une interprétation morbide des phénomènes éprouvés par le sujet. Quelquefois les tabétiques cérébraux paraissent verser dans la paralysie générale et présentent alors, en môme temps que des phénomènes de démence, des troubles délirants qui peuvent prendre le masque de la mélancolie.
La pathogénie des troubles mentaux dans toutes les maladies organiques du cerveau et dans celles de la moelle se comprend parfaitement. Dans le premier cas l’organe intellectuel est certainement lésé; et dans le second il est probablément en état de moindre résistance, étant données les altérations nerveuses, et parfois même il est aussi atteint secondairement. En outre tous ces malades sont névropathes , puisqu’ils sont déjà atteints de troubles nerveux graves. Qu’ils délirent à l’occasion des processus morbides qui atteignent leur axe myélencéphalique, il n’y a là riën qui doive nous étonner.
Des réflexions analogues peuvent se rapporter aux troubles vésaniques que l’on* constate dans les lésions du système nerveux périphérique et des
1. Rou'gier, Essai sur la lypémanie et le délire des persécutions chez les tabétiques, th. Lyon, 1882.
organes sensoriels. Déjà Brodie 1 avait observé des crampes du sterno-cléido-mastoïdien qui alternaient avec un état mélancolique. Dans ces derniers temps Korsakoff 2 a attiré l’attention sur des troubles mentaux liés à des polynévrites. Quelquefois ces psychopathes ont l’aspect de mélancoliques avec torpeur intellectuelle. D’autres fois, ils présentent les symptômes mentaux de l’alcoolisme aigu, car ils sont souvent des intoxiqués. Dans ce cas, les troubles intellectuels sont dus, en môme temps que les altérations nerveuses, à une cause plus générale. M. Joffroy a consacré récemment à cette affection une leçon, où il insiste sur les lésions concomitantes des centres nerveux.
La Dysthymia neuralgica 3 est une variété de mélancolie dans laquelle la douleur morale a pour base une souffrance physique réelle, le plus souvent une névralgie. Cette variété a été étudiée en Allemagne par Griesinger 4 , Schüle 3 , Krafft-Ebing ®, Kalbaum 7 , Schaffer 8 , et en Russie par Til-