‹ La mélancolieChapitre 119 sur 153 · Internement · texte numérisé non relu

Internement

Il ne sera pas toujours nécessaire d’interner certains mélancoliques, notamment les non-délirants. Pour eux l’isolement, que nous examinerons au sujet du traitement moral, pourra être réalisé ailleurs que dans un établissement d’aliénés, par exemple dans une famille étrangère ou dans une maison de santé ouverte. Le plus souvent le milieu dans lequel vit le sujet ne se prête pas à un traitement rationnel, surtout dans ses indications psychiques. Les sujets atteints de mélancolie simple (dépression neurasthénique, hypocondrie) pourront être soignés en dehors de l’établissement fermé; on leur appliquera telle méthode thérapeutique morale et physique qui conviendra.

Pour les autres, les mélancoliques délirants, les stupides, les anxieux, la question de leur internement se posera souvent. Le danger qu’ils peuvent faire courir à leur entourage sera quelquefois une indication. Mais le plus souvent c’est dans l’intérêt même de l’individu, qui doit être surveillé et qui ne peut l’être efficacement dans sa famille, que l’on provoque la séquestration. En définitive, celle-ci devient une mesure sociale; elle est appliquée aux pauvres dans une bien plus forte proportion qu’aux riches, qui peuvent, dans des cas peu graves,

réaliser, autour de leurs malades, la surveillance médicale nécessaire.

a. Asile. — L’internement, qui est une mesure de sécurité sociale, est aussi une mesure d’assistance et par cela même une mesure thérapeuthique. « Ce qui montre bien, dit M. A. Marie 1 , que la misère profonde et l’impossibilité matérielle de vivre étaient les causes déterminantes de la mélancolie, c’est que la misère supprimée par l’internement, le souci du lendemain et les privations remplacés par l’assistancede nos asiles, ont rapidement effacé toutes traces de délire et de réaction mélancoliques, même chez celles qui avaient montré dans ce sens des tendances persistantes ; une de nos malades avait fait antérieurement trois tentatives de suicide, elle est aujourd’hui hospitalisée à la colonie familiale, libre depuis deux ans et demi, sans que ses réactions antérieures se soient produites; c’est que son existence est assurée dans une colonie de repos où elle jouit des avantages matériels et moraux indispensables. Sublatâ causa tollitur effectus : plus de misère, plus de mélancolie. Malgré les 300 entrées à la colonie, en trois ans, nous n’avons eu aucun suicide ou tentative. »

Lorsque l’internement.est rendu nécessaire, par exemple par les conditions où vit le malade, il ne

1. A. Marie, Congrès des médecins aliénistes et neurologistes fSession de Bordeaux, 1895).

TRAITEMENT

faut pas temporiser. Attendre, c’est bien souvent laisser s’aggraver la maladie.

L’internement doit satisfaire à deux desiderata : isolement et traitement. On peut les trouver réalisés dans certaines maisons de santé. Mais nos asiles publics, où de sérieuses garanties sont prises contre les séquestrations non justifiées, ne sont pas en général — il faut avoir le courage de le dire — des milieux de traitement; et l’isolement y est trop sévère. Déjà Guislain 1 disait, en considérant les établissements d’aliénés belges du commencement du siècle : « On imaginerait à tort que la séquestration dans une maison spéciale est rigoureusement exigée pour le traitement de tous les mélancoliques. Au contraire je ne crains pas de le dire, on voit plus d’une fois le cas des malades s’aggraver malgré la bonne organisation de rétablissement. Il y existe souvent trop de tumulte, on y rencontre trop d’impressions pénibles ; le malade, surtout les premiers jours de son admission, s’y sent désagréablement affecté. D’ailleurs on ne saurait avoir pour lui les soins de tous les instants que lui prodigueraient dans d’autres circonstances une épouse, un époux, un enfant, un ami. »

Ces critiques ont été reproduites, plus tard, par Griesinger 2 en Allemagne : « Les résultats que j’ai

1. Guislain, Leçons orales sur les phrénopathies, t. III, p- 15. ;

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