‹ La mélancolieChapitre 124 sur 153 · Moreau de Tours, Quelques mots sur Gheel, p · texte numérisé non relu

Moreau de Tours, Quelques mots sur Gheel, p

utiles, il ne faut lui laisser sous le yeux que de bons exemples, ne laisser arriver à ses oreilles que des paroles sensées; l’environner, si je puis m’exprimer ainsi, d’une atmosphère de sagesse et de raison, dans laquelle la folie sera mal à l’aise et qui préparera la voie au traitement... »

Notre opinion repose sur l’expérience des aliénistes qui ont dirigé les colonies familiales. « La vie de famille, dit M. Pèeters l , est un auxiliaire du traitement qui rend les plus grands services dans les cas de mélancolie avec tendance au suicide, surtout pendant la période de convalescence et d’amélioration. » M. le D r A. Marie, directeur-médecin en chef de la colonie familiale de Dun-sur-Àuron, a bien voulu nous résumer les résultats de ses observations en ce gui concerne le traitement de la mélancolie par l’assistance familiale.

« Les états mélancoliques, dit-il, peuvent, au point de vue thérapeutique, être divisés en deux groupes :

« \ 0 Psychoses mélancoliques chroniques. — Il y a d’abord à citer pour mémoire ces mélancoliques chroniques, qui sont catégorisés pêle-mêle avec tant d’autres aliénés sous la rubriqne « démences vésaniques ». Ceux-là n’ont que peu de bénéfice thérapeutique à espérer du traitement familial lorsqu’ils appartiennent aux formes systématisées et stéréo-

i. Peeters, Lettres sur Gheel , p. 54.

TRAITEMENT

typées comme celles décrites par Cotard (délires d’énormité, de négations, etc.). J’ai deux ou trois malades de ce genre acclimatés à la colonie familiale et utilisés dans les familles. Ce sont de véritables automates qui protestent quotidiennement de leur inexistence ou réclament sans cesse l’administration de poisons violents pour se détruire. Détail à noter : ces malades, qui réitèrent si volontiers les tentatives de suicide à l’asile, n’en ont pas commis ici.

« Au sujet des démences survenant chez d’anciennes mélancoliques, je rappellerai ce que je disais au Congrès de Bordeaux à un point de vue plus général : « Un seul fait me paraît intéressant au « point de vue de l’action thérapeutique du régime « familial. Bon nombre de malades, signalées depuis « plusieurs années comme démentes incurables, après « un internement prolongé, sont, une fois rendues « à un milieu familial, revenues au bout de quelques « semaines à un état mental visiblement meilleur, « s’intéressant peu à peu à l’intérieur, sortant du « mutisme et de l’inertie pour s’occuper à l’incitation « de leur entourage ; elles en arrivent à prendre part « aux conversations et à acquérir à nouveau quelques « notions élémentaires, leur permettant de s’adapter « à une existence sociale normale. C’est comme un « réveil des vieux souvenirs de l’existence antérieure « à l’internement, souvenirs que la vie d’asile tend à « éteindre. Sans que le fond démentiel en soitbeau- « coup modifié, cesmalades, en famille, prennent des

« allures plus normales et contrastent par ce nouvel « aspect avec leur attitude antérieure, inerte, atone,

« en quelque sorte végétative, que le médecin d’asile « connaît bien pour l’avoir observée chez ces vieilles « démentes, piliers d’infirmeries, avec le mobilier « desquelles elles semblent faire corps par leur « immobilité. »

« A côté des mélancolies chroniques spéciales, il en est d’autres qu’on peut considérer comme des accès simples prolongés ou indéfiniment renouvelés par suite de l’influence dépressive de l’internement et au contact d’aliénés qui les terrifient et entretiennent leur anxiété (Asylum dementia). Ces cas, soustraits à l’influence nocive de l’ambiance manicomiale, peuvent, placés dans des familles, renaître à un calme réparateur et inattendu. Le voisinage d’aliénés agités ou inquiétants étant supprimé, l’anxiété se calme, s’atténue, et un traitement moral individuel approprié peut être mis dès lors en œuvre avec fruit.

« Restent, chez le vieillard, les psychoses tardives i , Chez la femme en particulier, la tendance des sujets atteints de mélancolie tardive à passer à la chronicité rencontre un correctif précieux dans le traitement familial. Ce dernier agit par le stimulant continu d’un milieu social normal où la malade vit et qui remplace celui où se sont manifestées les

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