Morel, Traité de maladies mentales, 1860, p
c’est le repos complet aussi bien physique qu'intellectuel et moral. Il faut se rappeler que la tristesse du mélancolique n’est pas une tristesse normale et que toutes les impressions, toutes les excitations qui provoquent chez une personne ordinaire des sensations agréables, ne font, le plus souvent, chez le mélancolique, qu’exagérer la douleur morale. L’indication du repos est d’autant plus importante, qu’on se trouve en présence d’une hyperesthésie psychique plus acccentuée ou, en termes plus simples, d’un accès de mélancolie plus aigu.
Dans quelle mesure les distractions doivent-elles être conseillées? Il faut d’ahord établir que les distractions seront simples, familiales, peu excitantes. Le théâtre ne convient pas toujours. « Le spectacle, disait Esquirol *, ne saurait convenir aux aliénés, je le crains même pour les convalescents. » C’est aussi l’opinion de Guislain 2 . Morel 3 eut l’idée d’amener un jour au théâtre une mélancolique. « Pendant la représentation, raconte-t-il, la malade tournait le dos aux acteurs, continuait ses gémissements, s’enfoncait des épingles dans les chairs, et puis, faisant une explosion soudaine, me reprocha amèrement de donner en spectacle une femme destinée à être brûlée pour ses crimes. » Esquirol 4 eut les mêmes mésaventures.