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CHAPITRE I

Sous l’influence des théories médicales en faveur aux diverses époques, l’étude de la mélancolie a passé par plusieurs phases qu’il est nécessaire de résumer. Son histoire comprend les quatre périodes suivantes : celle des médecins grecs et latins jusqu’à la Décadence, celle du Moyen Age, celle des temps modernes depuis la Renaissance jusqu’à la Révolution et enfin la période contemporaine.

Les médecins de l’époque hippocratique, guidés par leurs théories humorales, attribuaient à la noirceur de la bile (MéXaç, noir; bile) une

influence des plus malfaisantes sur les fonctions intellectuelles. Elle donnait, suivant eux, un délire agité, tandis que la pituite, tout aussi dangereuse pour l’esprit, donnait au contraire un délire paisible.

L’excitation permanente était donc — et il faut bien retenir ceci — le caractère dominant, essentiel de la mélancolie, telle que la comprenaient les Anciens. On en trouve une preuve évidente dans le Traité de la maladie sacrée d’Hippocrate. Il établit entre l’épilepsie et la mélancolie une sorte de parallèle basé sur cette idée que l’une et l’autre, étant constituées par de l’agitation, sont déterminées par l’action de la bile noire, laquelle se répandrait par tout le corps dans l’épilepsie et infecterait seulement l’intelligence dans la mélancolie 1 ,

D’après l’école hippocratique, les idées de tristesse, de crainte, d’anxiété n’étaient donc nullement nécessaires pour caractériser la mélancolie ; elle pouvait même aller jusqu’à la gaieté la plus exubérante sans perdre son nom. Les théories du médecin grec devaient avoir une si durable influence que, aii commencement du xvni e siècle, des aliénistes admettaient encore que la mélancolie était parfois une folie gaie. La melancholia moria de Sauvages un est une preuve typique 2 .

Ce qui semble ressortir de l’étude des livrés

1. Voici comment Hippocrate s’exprime : « Les mélancoliques deviennent d’ordinaire épileptiques, et les épileptiques mélancoliques;; dé ces deux états, ce qui détermine l’un de préférence, c’est la direction que prend la bile noire : si elle se porte sur le corps, c’est l’épilepsie qui survient; si elle atteint l’intelligence, c’est la mélancolie. » (Hippocrate, Œuvres complètes, édit. Littré, 1860, t. V, p. 355.)

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