‹ La mélancolieChapitre 4 sur 153 · Sauvages (1706-1767), Nosologie méthodique, 1750, p · texte numérisé non relu

Sauvages (1706-1767), Nosologie méthodique, 1750, p

anciens, c’est qu’on attachait au mot « mélancolie » l’idée d’un délire limité à un petit nombre de conceptions morbides, c’est-à-dire d’un délire partiel. Cela résulte notamment de la définition donnée à la mélancolie par Arétée : « animi angor in una cogitatione defixus absque febre » (angoisse psychique sans fièvre portant sur une seule idée) 1 . A ces notions vagues de pathogénie et de clinique se réduit l’histoire de la mélancolie dans l’antiquité.

Il faut arriver à la fin du moyen âge, au xv e siècle, pour entendre de nouveau parler de la folie et de ses différentes variétés. Mais les traditions religieuses, les croyances de l’époque influent beaucoup sur la pathologie mentale et plus encore que sur, les autres parties de la science médicale. Aux yeux des médecins les plus sérieux de ce temps, la folie et toutes ses manifestations, qu’aucune cause naturelle ne peut expliquer, deviennent non pas des maladies, mais l’effet d’une force surnaturelle, diabolique ou divine — plus souvent diabolique, qui s’empare de la créature humaine. C’est que les observateurs de cette époque jugeaient la folie sur des légendes léguées par la mythologie ou par l’Ancien Testament. Les récits, tirés de ces deux sources dont le charme poétique l’emporte de beaucoup sur la vérité de l’observation, étaient les documents qui servaient aux aliénistes d’alors pour porter un dia-

1. Arétée (81 ap. J.-C.), De causis et signis diuturnorum morborum, édit. Kühn, Leipzig, 1828, p. 74.

gnostic, absolument comme aujourd’hui les expériences de Claude Bernard ou de Pasteur nous, servent à étayer une opinion médicale.

Aussi doit-on admirer ceux qui, ainsi que Nider, eurent le pressentiment d’une révolution imminente et qui osèrent déclarer que les lycanthropes, les démonolâtres, les possédés, tous ces malheureux qu’on brûlait par centaines, étaient des malades Cette faible protestation est reprise plus tard par Âlciat, Lelover, Montaigne 1 2 3 ; et, à partir du xvi e siècle, on commence à devenir un peu plus sceptique à l’en : droit des aliénistes-démonologues. A ce point de vue, le xvi e et le xvn e siècles sont une époque de transition où l’on voit, timidement d’abord, puis plus ouvertement, réapparaître les -théories humorales d’Hippocrate sur la folie. Mêlées aux opinions jusquelà reçues sur les interventions surnaturelles, ces théories font parfois un étonnant amalgame. Le plus bel exemple de ce mélange des doctrines mystiques et humoralës est offert par l’illustre médecin de Bâle, Félix Plater A II comprenait la mélancolie comme Arétée ; son recueil d’observations remarquablement prises indique une expérience consommée de la médecine mentale ; nous croyons même que, comme

1. In Calmeil, De la folie considérée au ■point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire, etc., 1845, t. I, p. 191.

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