‹ La mélancolieChapitre 39 sur 153 · Id., ouvr. cité, p. 94 et · texte numérisé non relu

Id., ouvr. cité, p. 94 et

lien de 5 fois sur B d’après Revertégat). Ces faits-là sont très connus. Griesinger 1 avait signalé la fréquence relative des troubles hallucinatoires au cours de la mélancolie avec stupeur. De son côté, Baillarger 2 a montré que la stupeur s’accompagne souvent — toujours, disait-il — d’hallucinations très actives et de nature très pénible. Il est certain que cette remarqué de Baillarger se vérifie fréquemment en clinique ; mais cependant il est des cas — dans quelles proportions? il est difficile de le dire — où la stupeur ne paraît pas s’accompagner d’hallucinations. Il y aurait non pas suractivité cérébrale, mais au contraire ralentissement, arrêt des processus psychiques.

Les troubles hallucinatoires peuvent affecter les centres cérébraux sensoriels ou les centres moteurs. Dans le premier cas, on constate des hallucinations de l’ouïe, de la vue, de l’odorat, du goût ou du tact. Mais tous les sens ne sont pas aussi fréquemment atteints les uns que les autres. La vue et l’ouïe le seraient le plus souvent et presque également, si l’on en croit la statistique de M. Revertégat. Il semblerait que Y ouïe fournirait plus fréquemment des hallucinations que la vue. Mais là encore il y a des distinctions à faire. Tantôt on a affaire à des hallucinations élé-

1. Griesinger, Traité des maladies mentales (trad. Doumic), 186a, p. 270.

-■ Baillarger, De l’état désigné chez les aliénés sous le nom de stupidité, in Recherches sur les maladies mentales., 1.1, p. 72.

SYMPTOMATOLOGIE

mentaires, à des perceptions de bruits, de sons vagues, plus ou moins nettement rapportés au milieu extérieur. II s’agit probablement alors de troubles vasculaires ou autres atteignant le centre ou le nerf sensoriel et provoquant, par leurs irritations constantes, des bruits morbides. C’est le premier stade de F hallucination; et c’est là un phénomène fréquent au début de la mélancolie, plus fréquent même qu’on ne le croirait, parce que en général on ne le recherche pas avec spin. Un pas de plus et le sujet — interprétant davantage ses fausses sensations — perçoit des bruits ayant pour lui une signification plus nette, des cris, et aussi des voix. L’hallucination est alors auditive verbale. Souvent elle paraît s’être montrée d’emblée sous cette forme, alors qu’en réalité il a fallu un travail plus ou moins long pour que le sujet fabriquât peu à peu ses hallucinations et leur donnât une forme de voix. A ce moment l’hallucination auditive verbale est constituée; elle alimente le délire, quand il en existe.

Presque toujours les voix disent des choses désagréables. Ce sont des insultes grossières, où se retrouvent constamment les mêmes mots orduriers. Ce sont des menaces, des avertissements sinistres, qui ne font que redoubler la dépression ou l’anxiété des malades. Parfois les voix sont reconnues; mais souvent aussi elles appartiennent à des personnes étrangères, ou plutôt encore elles paraissent être celles des gens qui entourent le malade. À l’asile,

ce sont les voisins de lit ou de table, ce sont les gardiens, les médecins même qui parlent au malheureux mélancolique.

Les voix — est-il besoin de le dire? — entretiennent le malade de ses préoccupations habituelles, de ses affaires. Car l’hallucination ne crée rien, et toujours elle manifeste les idées et les connaissances intellectuelles du sujet; elle est donc professionnelle — au sens le plus large du mot.

Dans certains cas où l’automatisme psychologique va jusqu’au dédoublement de la personnalité, le malade dit qu’on lui vole ses pensées, qu’il ne peut songer à rien sans qu’aussitôt une voix ne lui répète à son oreille ce à quoi il songe. Dans d’autres cas on surprend des dialogues entre le sujet et des personnes imaginaires.

Les hallucinations auditives sont d’habitude bilatérales ; mais elles peuvent n’affecter qu’un côté, surtout dans les cas où il existe une lésion sensorielle ou même du cerveau L Et il peut encore arriver que les hallucinations atteignent les deux côtés, mais d’une façon différente, A. droite ce sera des voix pénibles; à gauche des voix gaies et consolantes. Ce phénomène a été bien mis en lumière par M. Magnan 2 . On a voulu voir dans

1. Ed. Toulouse, Les hallucinations unilatérales. Gazette des Hôpitaux, 1892, p. 609. — Joffroy, Les hallucinations unilatérales, Archives de neurologie, 1896.

2. Magnan, Des hallucinations bilatérales de caractère différent suivant le côté affecté, Arch.de neurol., 1883, t. VI, p. 336.

SYMPTOMATOLOGIE

ces faits curieux l’exercice successif et indépendant de chaque hémisphère. Ces hallucinations peuvent agir sur les actes du patient. Les voix ordonnent le silence, qui est scrupuleusement gardé par le malade pendant un temps quelquefois long. Il n’est pas rare que les mélancoliques guéris racontent par exemple qu’ils ne parlaient pas parce qu’on leur disait : « Si tu dis un mot, on te tue ».

Le refus d’aliments peut avoir les mêmes causes; et le malade ne mangera pas parce qu’on le lui défendra, parce qu’on le menacera d’un malheur, ou parce qu’il entendra dire que les mets sont empoisonnés ou encore parce qu’on lui reprochera de se faire nourrir par d’autres. Des tentatives de suicide sont quelquefois commises sous l’empire d’hallucinations. Il n’est pas jusqu’aux raptus, à ces crises impulsives, souvent de nature panophobique, et parfois dangereuses pour l’entourage des mélancoliques, qui ne puissent être la conséquence de troubles hallucinatoires auditifs.

La vue est, après l’ouïe, le sens le plus souvent atteint par l’hallucination dans la mélancolie. Encore faut-il distinguer les cas où une cause étrangère à la psychose se surajoute pour produire le trouble hallucinatoire. Ce sont des faits de ce genre qui ont été bien étudiés par M. Magnan L Un alcoolique

1. Magnan, De là coexistence de plusieurs délires de nature différente chez le même aliéné, Arch. de neurol., 1880, t. I. p. 49.

encore fortement intoxiqué, une hystérique, un dément organique môme sont des sujets qui construisent facilement des hallucinations de la vue, mais chacun pour des motifs différents.

Il est certaines formes de mélancolie où. la vue est plus' souvent atteinte. Cotard 1 avait en effet remarqué que, dans la mélancolie anxieuse, les hallucinations de la vue étaient assez fréquentes. On conçoit qu’elles doivent ajouter fortement à l’intensité du délire. La vue d’un supplice préparé est une chose autrement terrible que d’en entendre la menace. Aussi, quand les hallucinations de la vue apparaissent et mettent en scène des faits dramatiques, l’anxiété s’exagère. Cependant l’effet opposé peut être obtenu par l’émotion intense ; et parfois le sujet assiste, muet et stupide d’effroi, à des spectacles pleins d’épouvante. Les hallucinations de la vue sont quelquefois élémentaires. Le malade voit alors des points noirs ou rouges rappelant plus ou moins des papillons, des mouches ou des flammes. Mais les hallucinations visuelles montrent d’autres fois des personnages et des scènes plus complexes. Il est commun d’observer le caractère pénible de ces hallucinations. C’est un incendie qui s’allume, un cimetière qui se déroule avec des cadavres couchés dans leurs linceuls, la mort d’un être cher, etc. Plus rarement on observe des hal-

1. Cotard, Du délire des négations (1882), in Études sur les maladies cérébrales et mentales, 1891, p. 325.

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lucinations visuelles verbales. Une malade de M. Séglas 1 croyait voir nettement écrits sur le mur ces mots : Tu es maudite! L’odorat et le goût sont quelquefois lésés, et le sujet dit respirer des vapeurs infectes ou sentir des saveurs désagréables.

La sensibilité du tact peut être atteinte, ainsi que la sensibilité génitale 2 . Au moyen âge, les mélancoliques incubes et succubes étaient fréquents. Les altérations de la sensibilité viscérale expliquent ces sensations bizarres qu’on ne sait trop, comment considérer, comme de simples perceptions douloureuses ou comme des interprétations délirantes (illusions et hallucinations). Souvent il n’est pas niable qu’on ait affaire à des hallucinations. Le mélancolique déclare qu’il a grossi, maigri, et dans des proportions extraordinaires, alors que cela ne correspond nullement à la réalité. Parfois les mélancoliques disent qu’ils ont des viscères déplacés, obstrués et même absents. C’est là l’origine d’idées de négation. Dans d’autres cas, ils déclarent ressentir des courants électriques, des picotements, des vapeursj des ondulations, etc.

Les centres moteurs sont quelquefois le siège de troubles hallucinatoires. Lorsque ce sont les centres des membres, il semble au malade qu’il se déplace, qu’il marche, cette illusion a surtout lieu dans la période intermédiaire à la veille et au sommeil.

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