Déjerine, ouvr. cité, p
6. Ballet et Landouzy, Du rôle de l’hérédité nerveuse dans la genèse de l’ataxie locomotrice progressive, Ann. méd.-psych., 1884, t. XI, p. 29.
7. Féré, La famille névropathique, Arch. de neurol., 1884, t- VU. — Id., La famille névropathique, 1894.
ÉTIOLOGIE
lytiques appartiennent à une souche vésanique, on a voulu voir une différence dans l’aspect clinique et révolution de la malade.
Les alcooliques sont aussi très fréquemment rencontrés soit comme ascendants, soit comme descendants de mélancoliques. Dans la clinique de tous les jours, il est facile de trouver des exemples de cette hérédité. En voici un :
Obs. XII. — Mélancolie chez un héréditaire.
T... Jean, comptable, trente ans, entré à l’asile Ste- Anne. (Service de M. Joffroy.)
Le père, âgé de soixante ans, buvait autrefois beaucoup d’absinthe. Ce n’est que dans ces derniers temps, après des accidents nerveux, tels que des soubresauts, des cauchemars violents, qu’il s’est mis à boire moins. La mère, âgée de cinquante ans, a eu des attaques d’hystérie étant jeune et même encore il y a cinq ou six ans. Un oncle maternel est un homme excessivement irritable et violent, ivrogne d’habitude.
Le malade est né à terme. Il a été élevé au biberon, loin de sa mère. « Gourmes » pendant l’enfance. Convulsions infantiles moment de la dentition, et aussi à l’occasion de contrariétés. Croup à cinq ans. A l’école, élève peu brillant et indiscipliné ; cependant il a pu passer son baccalauréat vers l’âge de vingt-cinq ans.
A vingt-huit ans, il réussit à trouver une place de répétiteur au collège de Pontoise; mais, trouvant le service trop pénible, il n’y resta que dix mois. C’est au sortir de ce collège qu’il tomba dans un véritable accès de mélancolie (douleur morale intense avec un sentiment de profond découragement et un désir de mourir). Cependant l’affaiblissement de la volonté, si fréquente chez les malades de cette catégorie qui « ne savent pas vouloir », a été tel qu’ayant acheté un revolver pour se
tuer, il n’a jamais eu le courage de mettre son idée à exécution. C’était un cas typique de mélancolie dépressive avec les deux symptômes fondamentaux : douleur morale et lè ralentissement de toutes les fonctions ; psychiques. Cet accès de mélancolie dépressive a duré un mois. Guéri, il se place comme répétiteur au collège de Vitry-le-François, où il ne reste que six mois. Au bout de ce laps de temps nouvel accès, cette fois à forme plus active. Dans une crise de douleur morale, il a voulu se couper le prépuce avec des ciseaux.
Aujourd’hui (1896) le malade se présente avec un faciès déprimé. Il parle à voix très basse, et, dès le début de l’interrogatoire, se plaint d’une faiblesse intellectuelle consistant dans l’impossibilité d’associer les idées. Il a parfaitement conscience de son état, qui se caractérise surtout par une sorte d’impuissance intellectuelle. « Je suis incapable de rien faire s, répète-t-il à chaque instant... « Je voudrais être mort. » Pas de véritables conceptions délirantes. Pas d’hallucinations.
Les extrémités sont légèrement bleuâtres et froides, appétit presque nul, constipation, langue saburrale, bouche sèche; dynamomètre : main droite, 41; main gauche, 8.
Mais il n’y a pas que des aliénés et des nerveux dans les ascendants des mélancoliques; il y a aussi des arthritiques S des scrofuleux et des tuberculeux.
Il faut donc en arriver à cette conception que la prédisposition vêsanique et en particulier la prédisposition à la mélancolie sont données par tout ascendant qui, aliéné, nerveux, intoxiqué, arthri-
1. Charpentier, Delà valeur des hémorrhoïdes et de quelques autres signes en aliénation mentale, Ann. méd.-psych., 1881, p. 283 et suiv.
ETIOLOGIE
tique ou cachectique, se trouve dans un état d’hvpovitalité. Il est possible que les tares vésaniques des ascendants soient plus fréquemment observées que les autres; mais le fait n’est que probable, parce que l’on ne s’est guère occupé jusqu’à ce jour que de mettre les premières en lumière.
En résumé il faut accepter provisoirement que tout individu, se trouvant dans un mauvais état de nutrition, a chance — surtout si c’est la mère (Baillarger) — de donner naissance à un être mal doué biologiquement et candidat aux psychopathies, par conséquent aux états mélancoliques.
Les facteurs congénitaux. — On sait que les maladies maternelles sont plus facilement transmises aux enfants que les maladies paternelles ; et l’on comprend en effet que, par suite des échanges placentaires, les intoxications, les infections, les troubles de la nutrition et même les émotions qui peuvent produire ces derniers, sont capables de troubler le développement normal du fœtus et de déterminer par conséquent chez lui un état de dégénérescence. C’est ainsi que l’on comprend la débilité physique et mentale des enfants d’ivrognesses, de femmes atteintes pendant leurs couches de maladies graves. Les enfants nés dans les époques troublées 1 sont souvent des dégénérés, à cause des misères physiques et morales qui ont épuisé leurs
1. Esquirol, ouvr. cité, t.I, p. 67. — Féré, Les enfants du siège, Progrès médical, 1884, p. 245.
mères. D’antre part on sait que les monstres sont plus fréquents dans les classes populaires où les femmes enceintes travaillent durement; et les expériences de Dareste 1 et de M. Féré 2 rendent compte de l’influence des agents physiques et chimiques sur le développement anormal des embryons.
Tous les observateurs (Esquirol, Lucas, Morel) ont remarqué que les enfants fécondés pendant l’ivresse étaient des candidats à la folie ; et quelquesuns parmi eux deviennent mélancoliques. Il faudrait admettre que l’alcool altère immédiatement les spermatozoïdes ou l’ovule au point d’entraver leur développement normal ultérieur.
Dans le cas de prédisposition acquise , c’est l’individu qui, au sortir du sein maternel, a trouvé de mauvaises conditions extérieures, lesquelles ont empêchésonparfaitdéveloppementpsycho-physique. L’alcoolisme tient une grande place dans ces faits. On conçoit que, à la longue, cette intoxication puisse, par les troubles de la nutrition qu’elle engendre, diminuer la résistance aux causes morbides et dégénérer en quelque sorte l’individu. Quelquefois l’alcoolisme date de l’enfance; il n’en est que plus pernicieux. Enfin on a pu constater l’alcoolisme
1. Dareste, Production artificielle des monstruosités, 2 e édit.,