Féré, C. R. Société de Biologie
ÉTIOLOGIE 247
des nourrices se répercutant sur la santé des enfants L
Mais les maladies cérébrales, les méningites surtout, les maladies nerveuses qui frappent la moelle, les fièvres éruptives graves, la fièvre typhoïde, voilà des causes banales et puissantes de dégénérescence. Les traumatismes, la misère avec ses privations et sa mauvaise hygiène, enfin toutes les maladies, que nous passerons tout à l’heure en revue comme causes directes de la mélancolie, peuvent provoquer un état de dégénérescence plus ou moins complet, c’est-à-dire un état d’aptitude vésanique.
On conçoit que les causes de dégénérescence les plus puissantes seront celles qui pourront le plus facilement entraver le développement normal de l’individu. C’est pour cela que les causes postérieures à la naissance sont moins actives à mesure qu’elles agissent sur l’individu déjà formé. La surdité rend un enfant de trois ans sourd-muet et compromet beaucoup son développement intellectuel, alors que, chez un homme de quarante ans, instruit et en pleine force intellectuelle, les conséquences de cet accident seront moins graves. De même les causes congénitales sont encore plus puissantes, puisqu’elles entravent le développement de l’embryon.
1. Charpentier, De l’influence de l’alcool, de la nourrice sur les convulsions du nourrisson, Bull, de la Soc. prolectr. de l’enf., 1873. — Ed. Toulouse, Gaz. des hôpitaux , 1891, p. 914. — Vallin, Académie de médecine (20 oct. 1896).
Enfin on conçoit qu’une cause héréditaire, dont l’action s’exerce dès la fécondation, puisse avoir des effets tout aussi nuisibles.
Voici.donc brièvement énumérés les trois princicipaux facteurs de la prédisposition vésanique, c’està-dire de la dégénérescence. Toutes les causes examinées plus haut ont pour effet de rendre l’individu, qu’elles atteignent directement, ou indirectement, plus apte à devenir aliéné sous l’influence d’une maladie ou encore d’une secousse physique ou morale. Il faut d’abord noter que ces causes sont si nombreuses qu’on peut les rencontrer dans presque toutes les familles.
Il n’est pas niable cependant qu’il en est certaines. qui soient plus tarées que d’autres. Cependant on ne sait pas à quel chiffre les tares, grandes ou petites, mentales, nerveuses, arthritiques, tuberculeuses ou autres que l’on trouve dans la plupart des familles, sont dangereuses. Même en ne retenant que les tares nettement névropathiques, notre ignorance n’est pas moins grande. Il faudrait recenser quelques familles disséminées sur un territoire, et calculer combien sur tant de membres il y a de cas de maladies mentales et nerveuses. On aurait l’indice moyen des tares névropathiques répandues dans les groupes familiaux d’un pays; car il faut admettre que la grande majorité des familles sont plus ou moins atteintes plutôt que complètement indemnes. Quand, dans une famille donnée,
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on trouverait un indice supérieur à celui-ci, on serait autorisé à dire qu’elle est plus tarée que la moyenne. Autrement — et c’est ce qui arrive aujourd’hui — on fait porter l’enquête sur un nombre illimité de membres d’un groupe familial, sur les ascendants et les collatéraux les plus éloignés, et si, sur un chiffre très élevé d’individus, on rencontre deux ou trois cas de tares névropathiques, on dit que la famille est très tarée. Or il se pourrait qu’à ce taux la tare soit encore — étant donné le nombre de sujets visés — égale ou môme au-dessous de ce que l’on observe dans la majorité des cas. Les recherches de ce genre sont très difficiles à poursuivre; Bail et Régis 1 les ont tentées et ne sont pas arrivés à des résultats bien précis.
Ce que la statistique n’a pas fait, la clinique l’a tenté. Mais il faut avouer que les idées préconçues guident beaucoup les recherches de l’observateur. C’est ainsi que les cas négatifs, dans l’étude des transmissions morbides, sont négligés. Or si sur dix rejetons d’aliéné deux sont des névropathes ou des fous, on est autorisé à dire que la transmission morbide s’est opérée deux fois sur dix cas, mais aussi — ce qu’on ne dit pas d’habitude —■ qu’elle ne s’est pas opérée huit fois sur dix cas, proportion supérieure à l’autre. D’autre part, les tares des
1. Bail et Régis, Les familles des aliénés au point de vue biologique. Encéphale , 1883.
ascendants ne sont pas toutes équivalentes. Celles qui frappent le père sont bien moins graves pour les descendants que celles qui atteignent la mère, qui nourrit l’enfant durant neuf mois et peut pendant ce temps lui transmettre une maladie infectieuse ou lui faire prendre les habitudes d’une nutrition vicieuse. D’autre part est-ce qu’une syphilis ancienne, qui n’est plus guère dans le sang de l’ascendant qu’à l’état de vaccin, est comparable à une syphilis récente ou encore à l’alcoolisme chronique, où tous les tissus de l’organisme générateur sont imbibés de poison et cela d’une façon permanente? Il faut donc apporter une grande circonspection dans l’examen des tares héréditaires *, et n’admettre comme vraiment dangereuses que celles en activité. Une intoxication profonde , une maladie dystrophique grave en cours d’évolution, l’aliénation mentale au moment de la grossesse ou de la fécondation, voilà des tares qui ont des chances d’influer fâcheusement sur le développement psycho-physique de l’embryon.
En d’autres termes, une tare chez les ascendants est un renseignement qu’il faut examiner de près. Souvent elle n’a pas de chances de retentir sur le rejeton. Aussi tout individu qui a des antécédents héréditaires névropathiques ne doit pas, à cause de cela, être tenu pour un dégénéré. De même on ne