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Causes directes

Quelques-unes des causes que nous allons passer en revue dans ce chapitre pourraient tout aussi bien être classées avec les causes prédisposantes. L’âge et le sexe, par exemple, ne peuvent agir qu’en disposant l’organisme à résister plus ou moins bien à l’attaque d’un agent morbide. Cela est vrai en un sens; mais d’autre part la sénilité, qui est une des conséquences presque habituelles de l’âge, n’est-elle pas un état pathologique nettement défini, avec des lésions précises? Dans ce cas c’est plus qu’une disposition à délirer, c’est une cause immédiate, directe. D’autre part les causes les plus efficientes, l’alcoolisme notamment, agissent parfois en déséquilibrant l’individu, en le rendant moins apte à supporter l’action d’autres agents morbides qui entraînent alors les troubles délirants. Nous garderons donc notre classification; car tout cela ne prouve qu’une chose que, comme toutes les autres, elle ne peut guère servir qu’à la commodité de la description.

a. Causes sociales. — La civilisation a été accusée d’accroître le nombre des cas de folie. Cette augmentation, qui est plus apparente que réelle et qui suit l’accroissement de la population ainsi que l’extension de l’assistance publique, est principalement causée par l’alcoolisme et la paralysie générale. Les

psychoses, et parmi elles la mélancolie, ne paraissent pas beaucoup plus nombreuses actuellement qu’au commencement du siècle. Il faut dire aussi que les statistiques ne sont plus comparables, car les aliénistes qui les ont élaborées n’ont pas les mêmes idées et partant ne se sont pas servis des mêmes étiquettes 1 que nos contemporains.

Les grandes commotions politiques ou sociales causent souvent une augmentation peut-être exagérée des cas de folie. Les événements de 1870-71, qui ont fait beaucoup de victimes cérébrales, ont déterminé des états mélancoliques avec stupeur et idées de suicide, mais en moins grand nombre que des psychoses exubérantes (Lunier 2 ). Ces commotions ont été accusées .de troubler surtout les prédisposés (Belhomme 3 4 , Lunier). Cependant Luniér * avait constaté, parmi les aliénés de 1870-71, une proportion d’héréditaires moindre de moitié que celle qu’on observe habituellement dans les antécédents des psychopathes.

Les idées religieuses exagérées développent quelquefois des étals mélancoliques avec idées mys-

1. Par exemple la statistique d’Esquirol, Traité des maladies mentales, ouvr. cité, t. Il, p. 687, et celle de M. P. Garnier, La folie à Paris, 1890, p. 24.

2. Lunier, De l’influence des grandes commotions politiques et sociales sur le développement des maladies mentales, Ann. méd.-psych., 1872, 1873, 1874.

3. Belhomme, Influence des événements et des commotions politiques sur le développement de la folie, 1849.

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