‹ La mélancolieChapitre 81 sur 153 · Calmeil, De la folie , etc · texte numérisé non relu

Calmeil, De la folie , etc

2. Socquet, Étude statistique sur le suicide en France de 1827 à 1880, Ann. méd.-psych., 1889 èt 1890.

Magnan, H. Monod). Ceux-là ne sont pas devenus fous dans les prisons puisqu’ils l’étaient déjà. Pour les autres le régime anti-hygiénique, anti-moral et anti-physique de l’emprisonnement peut causer la folie. On a même décrit un état dépressif avec hallucinations et idées de persécution lesquelles seraient fréquentes chez les criminels emprisonnés h De son côté Nacke 1 2 n’a trouvé aucune mélancolique sur S3 détenues aliénées.

b. Causes biologiques. — L’âge d’élection de la folie paraît être l’âge adulte. Cette époque de la vie fournit le plus d’aliénés, comparativement à la jeunesse et à la vieillesse. L’enfance est en effet plus épargnée par la folie; mais il n’en est pas de même de la vieillesse. Et si l’on recherche combien deviennent aliénés sur un même nombre d’individus âgés de vingt ans, de vingt-cinq ans, de trente ans et ainsi de suite jusqu’à l’âge extrême de la vie, on voit que plus on avance vers la vieillesse plus il y a proportionnellement de fous 3 . Dans la vieillesse la proportion des aliénés relativement au nombre d’individus existants devient énorme. On a fait la même remarque pour le suicide (Socquet).

La mélancolie peut apparaître à tous les âges,

1. Semai, Coup d’œil sur les folies pénitentiaires, Congrès international de méd. ment., Session de Paris, 1889.

2. Nacke, Crime et folie chez la femme, All.zeits. f.psych., 1893, t. 94, p. 396.

3. Esquirol, ouvr. cité, t. II, p. 674 et suiv., et pl. XXVI.

ÉTIOLOGIE

chez les enfants, les adultes et les vieillards. La puberté provoque quelquefois des états psychopathiques dont on a voulu faire des espèces morbides spéciales 1 ; parmi les formes observées, les états mélancoliques ne sont pas rares. On en comprend la pathogénie, si l’on songe que ces causes psychopathiques, agissant à ce moment biologique, sont de nature dépressive. L’organisme de certains sujets mal doués ne peut faire les frais de l’évolution sexuelle, de la transformation de l’enfant en un adulte, et ce déficit se traduit par un état mélancolique. De môme la démence précoce 2 et aussi la paralysie générale 3 surviennent assez facilement chez certains adolescents dégénérés.

Les vieillards, surtout les héréditaires 4 , peuvent présenter des états mélancoliques en tous points analogues à ceux qu’on voit chez l’adulte. Mais on observe aussi chez eux des mélancolies qui empruntent des caractères spéciaux au fond d’affaiblissement intellectuel, lequel marche de pair avec la sénilité. Celte dernière est plus ou moins tardive et ne suit pas toujours l’âge. Quand elle survient chez

1. Mairet, Folie de la puberté, Ann. méd.-psych., 1888, t. VIII, p. 337; 1889, t. IX, p. 34, 209 et 353.

2. Roubinoviteh, Démence juvénile avec athétose double, C. R- du Congrès des aliénistes et neurologistes (Session de Bordeaux, 1895).

3. Ed. Toulouse, La paralysie générale junévile, Gaz. des hôp., 1893, p. 909.

4. Pécharman, Essai sur les psychoses de la vieillesse , th. Paris, 1893.

un individu, elle se manifeste par des phénomènes bien connus d’atrophie (Charcot) et d’athérome. Les psychoses, et notamment les états mélancoliques, qui évoluent sur ce terrain, présentent une certaine tendance démentielle, et ne sont d’ailleurs parfois qu’un aspect vésanique de la démence sénileL Les idées délirantes sont rares et monotones; les phénomènes de réaction sont peu bruyants.

Le sexe n’est pas un élément indifférent dans l’étiologie de la mélancolie. On sait que les femmes aliénées sont plus nombreuses que les hommes, quoique les admissions féminines dans les asiles soient un peu moins nombreuses que les admissions masculines 2 . Cela tient à ce que les hommes sont plus souvent atteints par l’alcoolisme et la paralysie générale, maladies curables ou mortelles, qui par les sorties ou les décès diminuent le chiffre de la population des aliénés présents dans les établissements hospitaliers. Moins de femmes au contraire entrent dans les asiles, mais elles y restent plus longtemps. Elles sont atteintes de psychoses plus fréquemment que les hommes. Les recherches statistiques de M. Garnier 3 montrent que, sur 1000 admissions féminines, il y en a 180 imputables à la

1. Ed. Toulouse, Étude clinique sur la mélancolie sénile chez la femme , th. Paris, 1891.

2. Constans, Lunier et Dumesnil, Rapport à M. le ministre, de? Intérieur sur le service des aliénés en 1874, Paris, 1878.

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