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Marcé, Traité des maladies mentales, ouvr. cité, p

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tenu que la lumière rouge 1 réveillait les mélancoliques.

Les traumatismes peuvent causer des états mélancoliques, surtout s’ils sont violents et s’ils atteignent la tête. Un état de stupeur survient alors comme dans une commotion cérébrale de nature émotionnelle. On a essayé de constituer une folie traumatique (Schlager, Skae); mais les caractères donnés ne permettent pas de constituer une forme morbide spéciale 2 . Parmi les troubles mentaux observés, on note souvent des états mélancoliques (Becholm).

Les traumatismes portant sur des points éloignés du cerveau peuvent aussi déprimer l’individu, surtout les grands traumatismes opératoires, qui laissent quelquefois le sujet dans une sorte de torpeur. Parfois ce n’est pas le shock qui est en cause, mais la septicémie ou môme l’intoxication médicamenteuse (iodoforme).

f. intoxications. — Les causes pathologiques comprennent tout d’abord les intoxications.

'L’alcoolisme aigu se manifeste d’habitude par un délire hallucinatoire assez confus où les troubles

1. Ponza, De l’influence de la lumière colorée dans le traitement de la folie, Ann. méd.-psych.. 1816, 5 e s., t. XYI, p. 391.

2. Becholm, Recherches bibliographiques , statistiques et cliniques sur les maladies mentales d'origine traumatique , Th. Paris, 1896.

sensoriels, visuels et auditifs, tiennent la première place. Ordinairement ces troubles psychiques sont de courte durée, et après deux, trois, cinq jours, quelquefois moins et rarement davantage, ils disparaissent sans laisser de traces, ou simplement le souvenir d’une hallucination, une idée délirante parasite dont le sujet se débarrasse plus ou moins difficilement. Dans cettè période aiguë, les troubles mentaux sont tellement diffus qu’on ne peut voir aucune systématisation ni orientation dans le sens d’un délire de persécution mélancolique ou autre. Il faut noter cependant que ces troubles délirants alcooliques sont plutôt de nature pénible. Mais il arrive que les premiers troubles passés, le malade ne revient pas franchement à l’équilibre mental. Des hallucinations persistent; des voix insultent le patient, le menacent, lui racontent des choses désagréables. Ce dernier est découragé, sans énergie. Il souffre physiquement et psychiquement. Bref il devient mélancolique comme dans le cas suivant.

Obs. XV. — Délire mélancolique chez une alcoolique délinquante.

M me Car..., quarante-quatre ans, blanchisseuse, entrée le 10 janvier 1894 à l’asile St-Yon.

Un oncle paternel aurait été fou. Père mort jeune, mère morte d’un cancer ; deux frères vivants assez bien portants.

Elle achetait dix sous d’eau-de-vie par jour pour elle et son mari. Elle dormait mal dans ces derniers temps.

Examinée le 12 janvier 1894, elle paraît l’air inquiet et troublé. Elle ne répond pas d’une façon précise aux

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questions qu’on lui pose; elle dit qu’elle n’a plus de mémoire et qu’elle ne comprend rien à tout ce qui se passe. Elle paraît obsédée par des hallucinations. « On dit que nous ne sommes pas mariés », dit-elle.

Elle déclare qu’on est venu, il y a une douzaine de jours, les chercher elle et son mari dans leur maison; puis on les a menés à l’hospice du Havre ; son mari a été placé aussi à l’hôpital; elle l’affirme bien qu’elle ne l’ait ni vu ni entendu. Elle se demande pourquoi on les a menés là-bas. On l’a mise dans une chambre toute seule; on ne l’a pas attachée. Ensuite deux agents l’ont conduite à l’asile sans aucune explication. Probablement on est venu l’arrêter parce qu’elle a volé du linge. 11 faut noter que cette femme est blanchisseuse et qu’il est vraisemblable qu’elle ait commis de-ci de-là quelques larcins de linge au préjudice de ses clients. Elle avoue ses vols; et ses remords ont servi de base à des hallucinations dans lesquelles elle voit un reproche de ces délits.

Les hallucinations de l’ouïe sont particulièrement actives. Elle s’entend reprocher ces vols et d’autres commis par son mari. On l’accable d’injures grossières. Elle voit des gens qui viennent la tuer, mais c’est ordinairement pendant la nuit. Elle est émotive et a des peurs soudaines. Enfin elle a la semi-conscience qu’elle a la tête perdue.

Parfois on observe au cours de l’alcoolisme chronique de simples états de dépression mélancolique.

Obs. XVI. — Mélancolie dépressive chez un absinthique.

N... Henri, trente ans, employé, entré le 24 avril 1894 à l’asile Ste-Anhe (Service de M. Joffroy).

Père mort d’une néphrite à soixante-treize ans; très sobre, très intelligent; ingénieur, aurait fait beaucoup d’inventions. Mère morte à soixante-sept ans d’une maladie de foie. Le malade n’a pas beaucoup connu ses

grands-parents; mais il n’a jamais entendu parler qu’il y ait eu des malades dans sa famille. Ils étaient quatre frères et une sœur. Un frère et une sœur sont morts en bas âge. Les deux autres frères se portent bien et ne boivent pas.

Pas de maladies antérieures graves. Bonne instruction. Le travail intellectuel était facile. Il n’a pas uriné au lit dans sa deuxième enfance; il n’a jamais bégayé. Depuis sa sortie du lycée, il boit son apéritif — généralement de l’absinthe — avant ses repas.

Son père mourut il y a vingt-deux mois. Le malade, qui vivait avec lui, se sentit isolé, triste et se mit à boire davantage. Il prenait alors cinq à six absinthes par jour, le plus grand nombre dans la matinée. C’était devenu pour lui un besoin, et il n’aurait pas pu travailler sans avoir absorbé sa dose habituelle de boissons alcooliques. Dans les derniers mois de l’année 1894, son sommeil fut troublé habituellement par des insomnies; il rêvait qu’il tombait d’un toit, d’une gouttière, dans un précipice. Cette forme de cauchemars était fréquente.

Il se présente à l’examen profondément triste et déprimé. Il est découragé, incapable de travailler. Toute la journée il reste silencieux, n’ayant de goût à rien, conscient d’une souffrance morale qui n’a pas de motifs légitimes. Il n’a jamais eu d’hallucinations ni de délire proprement dit.

Parmi les symptômes physiques, il faut noter des attaques épileptiformes. Un jour du mois d’avril 1893, le malade est tombé comme une masse dans l’escalier. Il n’avait pas encore bu ses apéritifs. Plus tard, il ne s’est pas rappelé ce qui s’était passé durant le temps de sa chute et celui pendant lequel on l’a monté dans son lit, où il s’est réveillé. Deux fois il alla dans le courant de l’année 1894 voir son frère, percepteur dans le Pas-de-Calais, chez lequel il resta deux à trois jours. Il eut chaque fois une attaque qu’il attribue à la privation de boissons. Le premier jour de son entrée à l’asile, il a eu une nouvelle attaque, mais depuis il n’en avait plus eu. Cette attaque était de forme épileptique. Il est

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tombé en arrière comme une masse, a grimacé, écumé, a eu des mouvements dans les membres ; le tout a duré trois ou quatre minutes; il s’est relevé quelque temps après. Le malade n’a pas d’aura. L’examen ophtalmoscopique ne démontre rien d’anormal. Tremblement très prononcé des mains.

On s’est demandé pourquoi l’alcool déterminait parfois un délire vésanique inaccoutumé. M. Magnan a surtout insisté sur les antécédents héréditaires et personnels du sujet, lesquels expliqueraient d’après lui la production de ces troubles psychopathiques. L’individu, étant de système nerveux inférieur, réagirait mal au poison et ne recouvrerait l’équilibre mental qu’avec les plus grandes difficultés et après avoir traversé une phase délirante plus ou moins prolongée. Cette opinion est partagée par M. Joffroy, qui a cherché à lui apporter de nouvelles preuves cliniques au cours de ses leçons.

Certes, il est évident qu’un sujet débile, d’une grande aptitude vésanique, a tout ce qu’il faut pour fabriquer un délire à l’occasion d’une intoxication alcoolique, laquelle n’a même pas besoin d’être très profonde, si la prédisposition est au maximum. Mais ce qui est plus difficile à déterminer, c’est justement cette aptitude vésanique. Chez un individu qui n’a jamais manifesté de phénomènes délirants et qui se présente pour la première fois à l’observation médicale dans un état de délire alcoolique, il est souvent très difficile de dire qu’un accès vésanique suivra

les troubles aigus. Sur quoi se baser en effet pour porter un pronostic, qui dans l’espèce est un véritable diagnostic? Sur la présence, dans les antécédents héréditaires ou personnels du malade, de tares graves. Or combien d’alcooliques, malgré ces tares, se remettent vite de leur délire alcoolique subaigu? Il faut donc accepter que l’aptitude vêsanique ne nous est encore révélée que par des signes dont aucun n’est pathognomonique et dont l’ensemble même ne permet pas de porter un pronostic ferme à coup sûr. Entre les probabilités que la constatation de ces signes permet d’établir et la certitude, il y a un écart considérable, qui traduit mille autres conditions individuelles.

Ces mélancolies de nature alcoolique se distinguent des autres surtout par leur origine, qui souvent est connue. Mais souvent aussi, quand on n’a pas assisté à la phase aiguë et que certains renseignements sont cachés, on peut être dans l’embarras pour porter un diagnostic étiologique exact. Les hallucinations visuelles et nocturnes ne sont pas un signe pathognomonique absolument sûr.

Les troubles physiques seront d’un secours plus précieux. Le tremblement des lèvres, de la langue et des mains pourra nous mettre sur la voie, encore qu’on les rencontre aussi, mais plus atténués, chez certains mélancoliques non intoxiqués. Les troubles digestifs se rencontrent dans presque toutes les mélancolies ; quant aux amyotrophies, qui sont

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des stigmates d’alcoolisme chronique, ils manquent souvent dans cette intoxication. L’hémianesthésie, décrite chez les alcooliques par M. Magnan *, se rencontre surtout dans l’hystérie.

L’évolution de la psychose ne peut pas fournir grand renseignement; car l'a durée de la maladie ne paraît pas tant en rapport avec l’intoxication alcoolique qu’avec le degré d’aptitude vésanique du sujet. A.ussi l’abstinence — à laquelle cependant il faut toujours soumettre les malades dans un but prophylactique — n’a quelquefois pas grand effet sur les troubles délirants.

Mais il ne faudrait cependant point conclure dans ces cas que, parce que les gros signes de l’alcoolisme, les tremblements, l’excitation et les troubles hallucinatoires, ont disparu, il ne reste rien de l’intoxication alcoolique et proclamer que si le délire persiste, c’est qu’il n’est plus lié à elle. Il n’est plus lié aux signes objectifs de l’intoxication que nous connaissons, mais il est peut-être en rapport avec des troubles de la nutrition engendrés par l’alcool et lesquels, continuant d’évoluer, entretiennent le délire, qui serait ainsi rattaché indirectement à l’alcoolisme. De tout cela il faut retenir que le diagnostic étiologique d’alcoolisme n’est pas toujours facile.

Parmi les psychoses liées à l’alcoolisme aigu, il

1. Magnan, De Valcoolisme : des diverses formes du délire alcoolique et de leur traitement , 1874.

faut noter des états de stupeur, en tout comparables aux stupeurs mélancoliques 1 . Dans ces cas, le malade tombe brusquement au milieu de son agitation, dans une dépression, s’accompagnant de phénomènes pseudo-catatoniques. Il est immobile, il ne parle pas. Parfois il a des hallucinations terrifiantes; d’autres fois sa pensée paraît suspendue. Les faits de ce genre montrent comment une cause directe, l’alcool, peut produire de toutes pièces un état psychopathique qui, tout au moins en apparence, ne se distingue des autres états vésaniques par rien d’essentiel.

Voici un cas de stupeur survenue au cours de l’alcoolisme aigu. Il montre — fait intéressant au point de vue médico-légal — que les malades de ce genre peuvent se souvenir de tout ce qui s’est passé et de tout ce- qu’on leur a fait pendant leur crise.

Obs. XVII. — Stupeur cataleptiforme dans l'alcoolisme aigu 2 .

M me H... Marie, quarante ans, entrée le 2 décembre 1893, à l’asile St-Yon.

Cousin et cousine maternels aliénés. Collatéraux aliénés.

Bien réglée, ses fonctions physiologiques sont relativement bonnes. Nous disons relativement à cause d’un souffle de la pointe au premier bruit et des œdèmes

1. Garnier, La folie à Paris, 1890, p. 138. — Ed. Toulouse, De la stupeur cataleptiforme dans le délire alcoolique subaigu, 1894, p. 108.

2. Cette observation a déjà été publiée par l’un de nous, Ed. Toulouse, Tribune médicale, 1894, n° 6.

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•des jambes qui indiquent une lésion de l’orifice cardiaque dont le retentissement s’étend un peu sur tous les viscères.

Les abus de boisson durent depuis plusieurs années et portent surtout sur l’absinthe et l’eau-de-vie. Comme la plupart de ces malades, elle buvait plus qu’elle ne mangeait et dans ces derniers temps elle était devenue irritable, instable et peu assidue à ses occupations de ménagère.

Ces troubles psychiques étaient cependant peu bruyants, lorsque dans la nuit du 30 novembre dernier, M me H... réveille son mari et lui dit : « Tu seras riche, car l’esprit de ton frère me l’annonce, s Elle se lève et se met à prier, puis court dans la chambre en criant que le diable allait les enlever. Durant quelques heures, cet état de trouble et d’agitation persista, mais le jour parut amener un peu de calme chez cette malade, qui toutefois redevint plus excitée le soir.

Durant la nuit suivante, elle se mit à briser tout ce qui lui tombait sous la main Elle poussait des cris d’épouvante, voyant des voleurs, croyant qu’on allait la brider, et, dans ces accès de panaphobie, essayant de se jeter par la fenêtre. Cet état persista en s’aggravant durant les jours qui suivirent. La malade s’est rappelée après et m’a raconté qu’elle avait des hallucinations de la vue, surtout lorsqu’elle était couchée, la position horizontale les réveillant aussitôt. Des scènes dramatiques se déroulaient sans cesse devant ses yeux, ■des gens armés, des démons s’approchaient d’elle, des flammes l’environnaient. Elle voyait surtout des têtes qui passaient et repassaient devant elle et qui l’effrayaient beaucoup. Et comme c’est habituel dans le délire alcoolique, le sens de l’ouïe était aussi excité. Mais, fait curieux à noter, les hallucinations appartenaient à cette variété que Baillarger appelait psychique et auxquelles M. Séglas a donné avec raison le nom de psychomotrices.

C’est donc dans cet état de délire hallucinatoire avec agitation que la malade fut amenée le 2 décembre à

l’asile. Après une nuit très agitée, elle s’apaisa et se montra très déprimée. Le 3 au matin, peu d’instants avant qu’elle fût examinée, elle était tombée dans un état de stupeur profonde. Il fallut presque porter dans la salle d’examen la malade, qui paraissait paraplégique. Une fois assise, elle garda une immobilité de statue, les bras pendant le long du corps, la tête droite, le regard fixé à terre. On s’approche de la malade, on lui parle, on la secoue, mais on n’obtient aucune réponse. Elle ne paraît ni entendre, ni voir le médecin. Cependant ses yeux sont grands ouverts et, détail important, les paupières ne clignotent pas. Durant trois quarts d’heure on n’a pas constaté une seule fois ce phénomène, et cependant les larmes ne coulent pas sur la joue comme cela arrive souvent dans la catalepsie où le clignotement est suspendu. La respiration est douce, superficielle, mais assez rapide, puisque le nombre des inspirations est de 23 par minute. Le pouls marque 88, les pulsations ne sont pas égales et certaines sont plus fortes que les autres. Si on lève le bras de la malade et qu’on le maintienne en l’air durant quelques instants, il revient lentement à sa place. Les membres ont ainsi une certaine tendance à conserver leur position.

Les diverses sensibilités paraissent abolies. Des piqûres et des chatouillements promenés sur divers points de la peau et des muqueuses ne déterminent pas. de réaction marquée. Les réflexes, notamment ceux des genoux, sont exagérés.

Pour se rendre compte de la faculté de perception de la malade, on fait diverses petites expériences basées sur un phénomène bien connu. On sait que la pupille subit des changements de forme plus ou moins visibles lorsqu’on provoque des sensations agréables et surtout douloureuses des divers sens. C’est un phénomène pas toujours facile à constater, mais qui peut fournir parfois des renseignements. Or, on ne remarque aucune contraction ni dilatation de l’orifice pupillaire, malgré mes diverses excitations sensorielles. La lumière et le passage dans le champ visuel de la malade de divers

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objets (dynamomètre, stéthoscope, plume) n’avaient aucune action sur la pupille qui restait immobile, et cependant la vision n’était pas abolie, car lorsqu’on approchait les doigts trop près des yeux, avant que les cils fussent touchés la tête se renversait en arrière. On essaie d’exciter les autres sens, on porte une montre aux oreilles de la stupide, on laisse tomber par terre un corps solide; on place sous le nez de la patiente des flacons débouchés et contenant diverses odeurs, on pique assez fort les jambes, les genoux, les bras et le front, on brûle les mêmes parties avec le termo-esthésiomètre, chauffé à 60°, on chatouille avec une plume d’oie les narines, les lèvres, la peau du canal auditif externe et ces excitations n’ont aucune action sur la pupille. On essaie alors de déterminer par les mêmes expériences des modifications sur la respiration et la circulation, qui, on le sait, sont aussi influencées par des excitations sensorielles; mais le pouls et les inspirations conservent leur rythme et leur fréquence. Il semble donc que la perception, même cette perception organique qui se traduit par des réactions sur le muscle ciliaire, le cœur et les poumons, est presque abolie. Mais elle ne l’est pas tout à fait. Il est dit plus haut que la malade rejetait sa tête en arrière quand on approchait un objet trop près de ses yeux, de même les flacons d’odeur portés sous son nez provoquaient un mouvement analogue, mais sans que la malade fît l’action de flairer.

M me H... sortit le soir même de cet état. Après quelques alternatives d’excitation et de dépression, elle redevint peu à peu lucide. Le 6 décembre, c’est-à-dire quatre jours après son entrée, elle était en partie revenue à elle et raconta qu’elle avait gardé un souvenir complet de mon examen ; elle se rappelait parfaitement qu’onl’avaitpiquée, chatouillée, chauffée (avec le thermoesthésiomètre). Elle sentait, racontait-elle, mais d’une façon obtuse ; elle voyait, mais ne pouvait parler. Elle avait peur qu’on lui fasse du mal. Pour expliquer son état, elle dit qu’elle devait être une somnambule.

Pour en finir avec l’histoire de cette malade, disons

que ses idées devinrent de moins en moins confuses, qu’il resta pendant quelques jours une émotivité exagérée, qui s’atténua peu à peu, et enfin qu’elle put sortir le 7 janvier, en pleine convalescence de son délire alcoolique. Avant de quitter l’asile elle fut examinée de nouveau. Elle ne présentait aucun stigmate d’hystérie. Les inspirations étaient de 20 par minute et le pouls marquait 80. Les réflexes étaient moins vifs. Les diverses excitations sensorielles, tactiles, auditives, gustatives ne modifiaient l’état de la pupille que d’une manière peu sensible. Leur action sur la circulation et la respiration paraissait à peu près nulle. En revanche, la pupille se contractait facilement à la lumière.

Les individus qui font usage de morphine peuvent être distingués, selon la classification de M. Magnan, en morphiniques et en morphinomanes. Les premiers sont tous ceux qui s’intoxiquent habituellement avec la morphine, et forment les pendants des alcooliques ; les seconds sont ceux qui éprouvent, par paroxysmes, le besoin d’absorber de la morphine et sont les symétriques des alcooliques dipsomaniaques. Toutefois il faut noter que ce besoin, bien qu’il puisse prendre chez certains névropathes une physionomie obsédante, est la règle chez tous les morphinisés; aussi l’étiquette commune de morphinomanes appliquée dans le langage courant à ces derniers se justifie par quelques raisons.

Quoi qu’il en soit, les morphiniques présentent assez rarement des troubles délirants. Dans la période de besoin, quand ils sont sevrés de leur

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poison, ils montrent inquiets, anxieux, agressifs; mais en somme ces troubles psychiques sont peu intenses ou du moins peu caractérisés. C’est l’opinion de la plupart des aliénistes d’expérience 1 que la morphine produit rarement des délires. Toutefois on conçoit que celte intoxication puisse, chez certains individus prédisposés, et par la dénutrition qu’elle imprime à tout l’organisme, éveiller certains états dépressifs.

Le cocaïnisme est souvent associé au morphinisme. Soit par sa combinaison habituelle avec un autre empoisonnement, soit par ses seules propriétés, la cocaïne- produit des désordres psychiques plus graves. MM. Magnan et Saury 2 ont montré que les hallucinations étaient fréquentes et intenses dans le cocaïnisme. Le délire se rapproche en somme du délire alcoolique et peut se. prolonger en présentant une physionomie mélancolique.

Le chloroforme, l’éther, le protoxyde d’azote, la digitale, la quinine, le sulfate d’atropine, ont, imprudemment maniés, provoqué des troubles psychiques, le plus souvent à base hallucinatoire ei de courte durée. Dans les observations publiées, on trouve çà et là des idées mélancoliques, mais peu ou pas de délires mélancoliques quelque peu cohé-

1. Paul Garnier, Ann. méd.-psych., 1889, t. IX, p. 430 et 454.

2. Magnan et Saury, Trois cas de cocaïnisme chronique, Société de Biologie, 26 janvier 1889.

rents. On a essayé de décrire un état mélancolique lié à l’intoxication iodoformique (de Brun) \

Le plomb expose les personnes qui le manient à des accidents cérébraux parfois très graves. Le délire plombique subaigu se rapproche beaucoup, par ses hallucinations, du délire alcoolique. Mais il peut survenir, au cours du saturnisme, ainsi d’ailleurs que dans la plupart des intoxications, des délires tranquilles avec préoccupations mélancoliques et qui sont surtout caractérisés par de la confusion mentale a .

Les mêmes troubles psychopathiques, rappelant certaines variétés de mélancolie, ont été constatés au cours de l’intoxication par le mercure 1 2 3 . Les états psychiques avec confusion et torpeur produits par l’oxyde de carbone 4 se rapprocheraient plutô t de la démence.

En résumé, les intoxications donnent souvent lieu à des troubles mentaux dont le type le plus fréquent est, après la phase aiguë, une -sorte de torpeur, de stupidité avec confusion dans les idées, qui se rap-

1. In Rossignol, De Vintoxication iodoformique à la suite de •pansements iodoformés , th. Paris, 1890, p. 35.

2. Tanquerel des Planches, Traité des maladies du plomb, 1839, t. II, p. 285.

3. Chapuis, Aliénation mentale déterminée par l’exposition aux vapeurs de mercure, Ann. méd.-psych., 1867, t. X, p. 39.

4. Bourdon, Des paralysies consécutives à l'intoxication par la vapeur du charbon , th. Paris, 1843. — Raffegeau, Note sur un cas de démence consécutive à l’intoxication oxycarbonée, Ann. méd.-psych., 1889, t. IX, p. 455 et suiv.

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proche par certains caractères de la stupeur mélancolique.

Nous ne dirons rien ici de la pellagre — bien que par son étiologie elle appartienne aux intoxications de nature alimentaire, — car c’est là une maladie qu’on n’a plus guère l’occasion d’observer. La pellagre a une symptomatologie des plus complexes; et toutes les formes psychopathiques, y compris la mélancolie, ont été observées au cours de cette affection.

g. Maladies infectieuses. — Elles peuvent donner lieu à deux variétés de troubles délirants i . Lés uns surviennent au moment de l’acmé fébrile. Ils sont généralement diffus et à base hallucinatoire; et les conceptions morbides sont trop mobiles pour se systématiser dans un délire quelque peu cohérent et caractérisé. Ils paraissent surtout en rapport avec l’hyperthermie, avec l’intensité de l’infection portant son action su*de système nerveux, et beaucoup moins avec la^prédisposition vésanique du sujet. Ils durent d’ailleurs fort peu et ne sont pas à proprement parler de l’aliénation mentale. Quel-

1. Thore, De la folie consécutive aux maladies aiguës, Ann. méd.-psych., 1850, t. II, p. 586. — Chéron, th. de Paris, 1866. — Christian, De la folie consécutive aux maladies aiguës, Arch. génér. de médecine , 1873, p. 257 et 421. — Bail et Ritti, Art. Délire, Dictionn. encycl. des sc. méd., l re série, t. XXYI, 1882, p. 357. — Kraepelin, De l’influence des maladies aiguës sur la genèse des maladies mentales, Anal, in Arch. de neurologie, 1881, t. Il, p. 263, et 1882, t. IV, p. 105.

quefois cependant ils se prolongent jusqu’à la convalescence et se transforment en un délire plus oùmoins bien organisé et de longue durée, comme pour montrer combien la division absolue en délires fébriles et délires vôsaniques est chose artificielle 1 2 .

D’autres troubles mentaux surviennent au moment de la convalescence. Ils sont surtout en rapport avec l’état d’épuisement de l’organisme et peut-être davantage avec la prédisposition du sujet. Parmi les psychoses qu’on observe dans ces derniers cas, il faut surtout noter des états de confusion mentale % qui trahissent la dénutrition du système nerveux, appelés délire d’inanition, stupidité, etc. Leur physionomie rappelle cellq de la stupeur mélancolique, quoiqu’elle se distingue parfois par l’absence de toute idée triste. Enfin des étais mélancoliques, variés d’aspect, se manifestent au cours des convalescences des maladies infectieuses, peut-être plus souvent encore que les états d’excitation maniaque. C’est ce que l’on peut constater au cours de fièvres éruptives, de la variole 3 , de la rougeole 4 , de la

1. J. P. Falret, Des maladies mentales et des asiles d’aliénés , 1864, p. 7. — Foville, Art. Délire, in Nouv. Dictionn. de méd. et de chirurgie, t. XI, 1869, p. 18.

2. Régis et Ghevalier-Lavaure, Des auto-intoxications dans les maladies mentales, La Rochelle, 1893, p. 40 et suiv. — Ballet et Roubinovitch, Contribution à l'étude des autointoxications dans les maladies mentales. Congrès des neurologistes et aliénistes. La Rochelle, 1893.

3. Quinquaud, Sur quelques troubles nerveux consécutifs à la variole. Encéphale, 1884.

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