‹ La mélancolieChapitre 95 sur 153 · Baillarger, Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Baillarger, Ouvr. cité, p

4. Lemoine et Chaumier, Des troubles psychiques dans l’impaludisme, Ann. méd.-psych., 1887, t. V, p. 177.

3. Clouston, Art. Phthisical issanity in Hack Tuke, Diction, ofpsycholog. medicine. — Cullerre, Contribution à Fétu de de la tuberculose chez les aliénés, Ann. méd.-psych., 1876, t. XV,

l’aboutissant de toutes les maladies générales s’accompagnant de dénutrition, elle doit trouver un merveilleux terrain de développement chez les aliénés, qui sont tous plus ou moins atteints dans leurs fonctions et par conséquent dans leur résistance vitale. Les mélancoliques, qui sont souvent déprimés, refusent les aliments et languissent dans un état d’arrêt psycho-physique, sont plus que tous autres exposés à devenir tuberculeux. Mais cela prouve que la tuberculose est une complication plus ou moins fréquente de l’aliénation mentale et surtout de la mélancolie. Prédispose-t-elle aux troubles psychopathiques? C’est une autre question. Pour affirmer cela, il faudrait établir par des statistiques combien sur 1000 tuberculeux deviennent aliénés et combien sur 1000 gens non tuberculeux le deviennent aussi.

Quoi qu’il en soit, en clinique, on observe assez fréquemment des états psychopathiques et notamment mélancoliques développés au cours de la tuberculose pulmonaire, — car c’est d’elle que nous nous occupons surtout ici. L’euphorie des tuberculeux est une chose connue; mais ce n’est point là un fait constant. Il arrive par exemple dans la période de début de la tuberculose, lorsque l’individu se dénourrit., maigrit et sent ses forces l’abandonner, que l’état mental évolue dans le sens de cette dépression physique et qu’un sentiment de souffrance, qu’une diminution de l’énergie, et des idées de

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découragement et de tristesse envahissent le sujet. A ce moment l’inquiétude de la santé qui se détruit, l’émotion causée par cette idée plus ou moins nette de la phtisie, l’appréhension d’avoir à renoncer à ses occupations, l’ennui d’une vie plus réglée et moins distrayante, tout cela forme un ensemble de causes morales capables d’amener un état mélancolique nettement caractérisé. Dans les cas de ce genre la mélancolie ne paraît pas avoir une forme bien spéciale. Plus tard, la cachexie, l’épuisement, quelquefois même des lésions tuberculeuses de l’encéphale peuvent provoquer des états mélancoliques qui parfois se traduisent par des phénomènes de stupeur plus ou moins profonde et avec paresse psychique.

Le cas suivant est celui d’un délire mélancolique survenant au cours d’une tuberculose pulmonaire; mais l’étiologie est là complexe.

Obs. XIX. — Mélancolie délirante chez un tuberculeux.

Day... Eugène, trente-six ans, imprimeur, entré le 14 février 1896 à l’asile Ste-Anne (Service de M. Joffroy).

Père mort tuberculeux à quarante ans, était de caractère emporté. Mère âgée de soixante-trois ans, hystérique. Frère bizarre ; il a quitté les siens il y a une quinzaine d’années et on ne sait ce qu’il est devenu. Le malade à une fille âgée de huit ans, faible, maladive.

Il a été très malade en nourrice : on dut le retirer parce qu’on le faisait presque mourir de faim. A sept ans, rougeole. Bronchite (?) à vingt-six ans. Au cours de cette bronchite il aurait craché du sang. A vingt-huit

ans, il se marie et sa femme remarque qu’il tousse souvent. Dans ces derniers temps il eut plusieurs hémoptysies. Il a toujours été sujet à des éblouissements et des vertiges, deux fois il a même perdu connaissance et est tombé brusquement sur le plancher, mais sans convulsions ni' cloniques, ni toniques. Son amnésie est complète après chaque crise ; il a un caractère habituellement triste, renfermé. 11 a une grande passion pour le jeu des courses ; il s’y est même ruiné et a vendu des meubles pour continuer à jouer. Sa femme dut le quitter à cause de ce penchant vicieux. Des excès alcooliques sont probables,*mais non avérés. Il est atteint de saturnisme.

Sa femme a seulement remarqué le 10 février dernier l’état anormal de son mari. Il est rentré brusquement en s’accusant d’un vol de gravures fait au préjudice de son patron; il ajoutait en même temps que des agents couraient à sa poursuite. Inutile d’ajouter que ce vol n’a jamais eu lieu. Mais dès lors, tout ce qu’il voyait et entendait, il le rapportait à cette idée qu’il était un voleur : dans la rue, il avait peur, parce qu’il voyait partout des agents de police; chez lui il croyait toujours entendre causer derrière la porte des personnes venues pour l’arrêter.

A l’asile, il raconte qu’on a perquisitionné chez lui et qu’on y a trouvé plusieurs numéros du journal le Petit Français. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. On l’a conduit dans un asile d’aliénés non en tant que fou, mais comme criminel. II y a, dit-il, dans cette maison deux parties bien distinctes : l’une pour les maladies mentales, l’autre pour les condamnés à des travaux forcés ou à la mort. Il est très malheureux, ajoute-t-il. La nuit, il ne peut dormir par crainte de 1 échafaud. Il sait aussi à n’en pouvoir douter que tout le pays est ameuté contre lui : il est en butte aux moqueries de tous ses camarades ; on le nargue en chantant des chansons injurieuses pour lui; on pend

es placards insultants à son adresse. Le directeur de la maison où il se trouve fait publier à un grand nombre

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d’exemplaires un journal où sa figure est représentée afin de faire le plus de publicité possible sur son exécution. Cette dernière doit avoir lieu ce matin même à onze heures, attendu qu’un de ses camarades l’a appris d’un télégraphiste. Du reste, tous les journaux de ce matin contiennent la nouvelle. On lui apporte alors tous les journaux du jour. Il les parcourt fiévreusement, mais voyant qu’ils ne font aucune mention de son exécution, il proteste en déclarant : « Ce sont des vieux journaux, ces journaux sont faux ». Il est au reste complètement résigné à son sort, il a mérité la guillotine et il l’attend comme une délivrance. Il doit mourir. Sa fin est proche. Aussi refuse-t-il toute alimentation.

Il urine, dit-il, énormément, jusqu’à20 litres par jour. En réalité, il urine peut-être 1 litre et demi; c’est du moins la quantité que nous avons'pu recueillir. D’après lui, s’il urine beaucoup, c’est à cause de la peur qui ne le quitte pas. Pas d’idées hypocondriaques. Il est en proie à des hallucinations de l’ouïe; il entend.dans la rue la populace excitée contre lui crier : « A bas Day..! à mort Day...! » On excite les chiens pour les faire aboyer contre lui.

Voici maintenant les principaux symptômes physiques : pouls, 70; respiration, 16. Réflexes rotuliens abolis. Dynamomètre : MD, 27 ; MG, 24. Pas de troubles oculaires. Respiration rude aux deux sommets ; au sommet gauche quelques craquements secs à chaque inspiration. Tremblement très léger des mains.

L’action de la syphilis est assez analogue à celle de la tuberculose. Dans la période de début de la vérole, le chagrin d’être syphilitique, l’appréhension des accidents futurs et les préoccupations au sujet du mariage et des descendants suffisent chez des individus dénourris par l’évolution de l’infection, surtout s’ils sont quelque peu névro-

pathes, pour les plonger dans un état-de dépression mélancolique plus ou moins accusé. Les premiers syphiligraphes, Fracastor notamment, avaient remarqué ces troubles de l’état mental. Wiglesworth 1 a observé un cas de délire mélancolique qui débuta avec le chancre et disparut quelques mois après. Il ne paraît pas qu’il y ait de formes de lypémanie spéciales à la syphilis, pas plus d’ailleurs que d’autres formes vésaniques.; les caractères donnés par M. Mairet 2 pour établir ces variétés cliniques ne sont pas probants. Nous pensons d’ailleurs qu’aucune maladie ne peut donner lieu à une forme psychopathique spéciale. La question est plus complexe, les variétés cliniques peuvent être en rapport avec des groupes pathologiques et surtout avec les processus pathogéniques. Quand ceuxci sont identiques, où qu’on les observe (émotions, puerpéralité, maladies infectieuses, traumatismes), les troubles psychopathiques ont toutes les chances d’être analogues 3 .

Obs. XX. — Mélancolie avec idées délirantes associées et multiples chez une syphilitique.

M Ue Dh. Florestine, vingt-neuf ans, couturière,

entrée le 29 août 1894 à l’asile Ste-Anne (Service de M. Joffroy).

1. In Parant, Syphilis et folie. Ann. méd.-psych.. 1888, t. VIII, p. 415 et suiv.

1893 ^ a * ret ’ Aliénotwn mentale syphilitique, Montpellier,

• 3. Ed. Toulouse, Les causes de la folie, 1896, liv. III.

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Père inconnu, mère morte à trente-six ans de variole.

A onze ans, fièvre typhoïde, après laquelle sa mémoire a beaucoup baissé. A vingt-sept ans, syphilis reconnue et traitée; syphilides sur le tronc et la figure. Elle a toujours eu un caractère bizarre.

A la fin du mois d’avril 1894, dix-huit-mois après le début de la vérole, la malade manifesta quelques idées de persécution. Ses voisins et son amant disaient du mal d’elle, voulaient l’empoisonner et l’assassiner. Au commencement du mois d’août, elle commença à parler de certains esprits qu’elle accusait de produire tous ces effets; elle aurait senti en même temps l’odeur de la poudre et aurait vu très distinctement la sainte Vierge en rouge, les saints, l’esprit de sa mère.

Placée à l’asile, un matin, elle s’éveille, se croyant hypnotisée par son amant et voyant tous les objets qui l’entourent en rouge ; elle aperçoit aussi la sainte Vierge qui lui parlait et l’engageait à se tuer. Elle se préparait à mourir. Le lendemain, elle trouve dans un coin de sa chambre un vieux torchon, et immédiatement elle s’imagine que. c’est avec ce torchon, saupoudré de poudre « jaune ou rouge » , que son ami l’avait hypnotisée.

En novembre; son délire était encore très actif et les hallucinations nombreuses et variées. Elle manifestait des idées hypocondriaques. Elle croyait avoir un serpent gris et « une serpente » noire dans son corps ; ils y ont été mis par son amant pendant qu’il l’hypnotisait. Elle voyait aussi d’autres petits serpents, ainsi que des démons, des chacals. Elle entendait chuchoter des spirites, qui la traitaient de « P...! Vache! » Elle avait aussi des hallucinations psycho-motrices. Un serpent montait à sa gorge et y répétait la pensée de la malade ; quelquefois il la faisait parler malgré elle. Elle déclarait aussi sentir l’odeur des cadavres.

Contre ces idées délirantes variées, elle avait un délire mélancolique nettement accusé. Elle était dans un état de dépression, parlant peu, refusant parfois les aliments dans l’espoir d’expier ses fautes. Elle

faisait aussi des génuflexions et récitait très souvent un « Pater noster » pour satisfaire ses sentiments d’autoaccusation.

Symptômes physiques. — Voûte palatine très ogivale ; sensibilité cutanée égale des deux côtés. Pas de troubles oculaires. Pupilles égales, moyennement dilatées; reflexes lumineux et accommodateur conservés.

Pour en finir avec la syphilis, rappelons que des états mélancoliques peuvent survenir dans le cours de la syphilis tertiaire à l’occasion de lésions de l’encéphale. Mais ces troubles psychopathiques font partie en réalité des maladies encéphaliques.

La blennorrhagie est une maladie que l’on tend actuellement à considérer comme une maladie générale. Ce qui est vrai, c’est qu’elle provoque parfois des accidents nerveux 1 , notamment lorsqu’elle s’accompagne de rhumatisme 2 . Sans parler des cas où il paraît exister une méningite 3 ou du ramollissement cérébral 4 , il y en a d’autres où les causes morales, invoquées dans la pathogénie des troubles psychopathiques des syphilitiques, sont valables pour la blennorrhagie. On sait d’ailleurs que toutes les affections qui frappent les organes génitaux provoquent facilement des états de dépression mélancolique, parce que les fonctions [intellectuelles et

1. Paul Raymond, Les complications nerveuses de la blennorrhagie, Gaz. des hopit., 1891, p. 957.

-■ Bonnet, Complications du rhumatisme blennorrhaaiaue, th. Paris, 1877.

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