Ed. Toulouse, Les causes de la folie , 1896, p
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très nerveuse^ mais sans crises de nerfs. Elle est morte à quarante ans de bronchite chronique (?). Le frère est mort en nourrice. Une tante maternelle paraissait mal équilibrée, très émotive. Un oncle maternel a présenté des troubles mentaux. Le grand-père maternel était déséquilibré ; il fréquentait beaucoup lès cafés. La grand’mère maternelle était très nerveuse.
La malade est née le 27 janvier 1877. Pas de convulsions pendant l’enfance. Une première (?) fièvre typhoïde à cinq ans. Très intelligente, elle apprenait bien à l’école, où elle travaillait un peu trop. Elle eut une scarlatine à dix ans. Réglée à treize ans, elle eut une fièvre typhoïde à seize ans, qui dura un mois. Elle n’a pas déliré pendant sa maladie, mais elle est restée trois semaines sans manger. A la suite de cette maladie, elle présente une grande faiblesse de la mémoire. Ses menstrues n’ont plus reparu que de loin en loin, tous les six mois environ,
Trois mois environ après la fièvre typhoïde, elle eut un accès de mutisme. Deux ans plus tard, le 18 août 1895, elle fut placée à l’asile, où elle présenta les signes suivants.
L’examen physique révèle des stigmates nombreux de dégénérescence : oreille à lobule adhérent, à conque regardant en avant; voûte palatine ogivale ; prognatisme supérieur prononcé; dents mal implantées; strabisme léger, absence congénitale du corps thyroïde. Doigts fuselés dont la dernière phalange est arrêtée dans son développement. De plus le corps en général présente les caractères de l’infantilisme; sa taille n’est que de 1 mètre 42 et le poids est de 44 kilog. 800 (avec ses vêtements) ; elle est plutôt grasse.
Les règles sont supprimées. La respiration est superficielle et rapide (25 respirations à la minute). Le pouls radial (60 pulsations en moyenne) est faible, dépressible, difficilement perceptible.
La sensibilité tactile ne peut être étudiée chez la malade, attendu qu’elle ne veut pas dire si elle sent ou non. Mais on peut constater que le réflexe de cha-
touillement est conservé à la plante des pieds; que les réflexes rotuliens sont exagérés surtout à gauche. La sensibilité à la douleur n’est constatable que sur une portion seulement du corps; elle existe, mais diminuée, à la paume des mains, à la plante des pieds et sur les avant-bras, ainsi qu’à la face; elle est presque entièrement abolie en avant et en arrière de la poitrine, ainsi qu’aux cuisses, et ne paraît exister intacte que dans la région abdominale et périombilicale en avant et au niveau des reins en arrière. Elle ne gâte pas et dort bien.
La malade est dans un état d’hébétude complet. Il faut insister énormément pour obtenir la moindre réponse, et alors elle parle d’une voix basse et indistincte. Mais le plus souvent elle garde le silence et prend un air étonné; parfois elle sourit niaisement.
On la voit par instants jeter autour d’elle un regard circulaire, mais sans expression, ne se fixant sur rien.
La malade est sujette fréquemment à des crises de rires non motivés, durant parfois une demi-heure. Au cours de ces crises, elle se balance sur sa chaise d’avant en arrière, au risque de tomber.
Elle a des impulsions violentes; c’est ainsi qu’elle voulait un jour battre sa tante au parloir. Elle mange seule, mais sans aucune propreté ni tenue. Elle se salit.
Rien de ce qui l’environne ne paraît l’intéresser. Elle ne veut pas faire le moindre travail ; elle se promène sans but ni plaisir, elle a des tendances à conserver les attitudes qu’on lui fait prendre. Elle obéit automatiquement aux ordres donnés successivement : «. Allez vers la cheminée. — Prenez le bougeoir. — Apportez-le. — Ouvrez la porte. — Sortez. — Rentrez. — Asseyez-vous par terre. (Elle résiste, puis obéit.) — Levez vos robes (Elle résiste et ne lève que sa robe et son tablier, mais non sa jupe, — ce qui montre la persistance du sentiment de la pudeur.)
Si on lui dit de lire le journal, elle s’en acquitte fort bien en s'arrêtant de temps à autre. Elle reconnaît son
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lit, sa place à table, elle mange sans aide et se déshabille seule.
Ces faits montrent qu’elle n’est pas aussi démente qu’elle le paraît. Mais une expérience très intéressante nous a permis de nous rendre compte (en novembre) de la quantité de faits et de connaissances qui persistaient dans ce cerveau apparemment vide de toute pensée. Elle ne répond pas oralement aux questions qu’on lui pose ; mais si on lui dit de répondre en écrivant, elle obéit. Et c’est ainsi que nous avons eu la conversation suivante :
D. Quel est votre âge?
R. (en écrivant). Dix-sept ans.
D. Comment s’appelle votre.tante?
R. Mademoiselle Ca...
D. En quelle année sommes-nous?
R. Elle cherche quelque temps, hésite, puis écrit dix-huit et s’arrête. Alors on l’aide :
R. Elle écrit 9 après le 18, réfléchit encore et finalement ajoute un 0 :1890. (Il y a donc seulement souvenir de la décade et non de l’année même.)
On lui dicte des mots et des phrases pour étudier la conservation de la mémoire orthographique et grammaticale. Voici les mots demandés et, entre parenthèses, les mots écrits par la malade : Nabuchodonosor (exactement); Méditerranée (exactement, après avoir mis un deuxième n qu’elle supprime) ; hypothèse (exactement) ; anticonstitutionnellement ( anticonstutionnelle ment) ; Pyrénées ( Pyrénnées) ; colosse de Rhodes ( Colosse de Rodes) ; gymnastique (exactement) ; les fleurs que j’ai cueillies ( les fleurs que f aies ceuülis).
D. Quels sont les grands hommes du siècle de Louis XIV?
R. Au lieu de répondre, elle écrit la demande, sauf le chiffre XIV : elle cherche un peu, puis écrit en lettres le mot quatorze.
D. Citez-en quelques-uns?
R. Condé, Turenne, Luxembourg, Vauban, Duquesne,
Tourville, Jean Bart, Massillon, Fléchier, Duguay- Trouin.
Sur trois additions qn’on lui pose, deux sont bonnes. Quelques multiplications sont faites seulement à moitié.
Disons aussi, pour en finir avec l’écriture, que de la main gauche elle n’écrit pas en miroir, ainsi que le font bien des sujets se trouvant dans un état d’automatisme cérébral.
L 'influenza a, dans les récentes épidémies, souvent provoqué l’explosion de troubles mentaux. Aussi la littérature médicale est sur ce point riche en études d’ensemble 1 . Comme toujours c’est surtout à la convalescence qu’apparaissent les psychoses prolongées, et notamment les états mélancoliques. Dans un cas de stupeur, analogue à ceux qu’on observe dans la fièvre typhoïde, M. Pierret 2 a constaté des lésions attribuables à une méningoencéphalite infectieuse.
Il y a longtemps que l’aliénation mentale consécutive au choléra a été signalée 3 . Parmi les psychoses observées dans la convalescence de
1. Mairet, Grippe et aliénation mentale, Montpellier médical, 1890. — Ladame, Des psychoses après l’influenza, Ann. méd.psych., 1890. — Bidon, Étude clinique de l’action exercée par la grippe de 1889-1890 sur le système nerveux, Rev. de méd., 1890, p. 661 et 839. — Leledy, Contribution à l'étude de l'épidémie de grippe de f 889-90, th. Paris, 1891. — Ed. Toulouse, Les psychoses post-influenziques et post-fébriles, Gazette des hôpitaux, 1893, p. 583.
2. Pierret et Paret, Mélancolie avec stupeur suite d’influenza, etc., Lyon médical, 9 oct. 1892.
3. Delasiauve, Influence du choléra sur la production de la folie, Ann. méd.-psych., 1849, t. I, p. 331. — Griesinger, ouvr. cité, p. 221.
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cette maladie, la stupeur a été notée assez souvent. M. Séglas 1 a rapporté le fait d’une malade qui resta, après une atteinte de choléra, dans un état de confusion mentale avec arrêt des processus psychiques.
L 'impaludisme est une maladie infectieuse qui peut troubler les fonctions cérébrales soit par les accès de fièvre intermittente, soit par son empoisonnement lent qui amène à la longue une dénutrition profonde. Griesinger 2 a aussi décrit une sorte d’impaludisme larvé, où l’accès fébrile est remplacé par un accès de délire avec frissons, chaleur et sueur. Pour ce qui est de la mélancolie, Baillarger 3 avait observé, chez les paludéens, des étals de stupidité,; et plus récemment MM. Lemoine et Chaumier 4 les ont décrits chez les convalescents des fièvres paludéennes.
On s’accorde généralement à admettre que la tuberculose est plus fréquente chez les aliénés que chez les gens sains d’esprit s . La chose se conçoit facilement a 'priori. En effet, la tuberculose étant
1. Séglas, Un cas de folie post-cholérique à forme de confusion mentale primitive, Ann. méd.-psych., 1893, p. 376.