‹ La mêlée socialeChapitre 122 sur 131 · Epilogue · texte numérisé non relu

Epilogue

sonnera préventivement pour délit de presse. Cela donne confiance aux trembleurs.

On dit : la presse excite par ses mauvaises paroles, Je ne suis pas sûr que de simples déclamations — même haineuses ^ — suffisent à obscurcir la conscience, jusqu'à faire apparaître comme glorieux l'acte cri minel. Les faits sont, à mon avis, de bien plus rcdou tables pervertisseurs. Ce n'est pas les articles que je redouterais dans les journaux, ce sont les faits divers, tous ces horribles récits de suicides, de violences, de malheurs immérités, qui sont le cortège du misérable, vie la naissance à la mort.

C'est là que le législateur devrait regarder. C'est là l'enseignement funeste, la redoutable propagande par le fait. M. Raynal retarde de cent ans. On ne croit plus aux articles, aux opinions, aux idées. C'est le fait qu'on recherche, parce que le fait brutal et nu ébranle les nerfS;, étreint les cœurs plus rudement que ne le saurait faire tout l'art du conteur. C'est un thermomètre social que la colonne des faits divers. . Comptez-y les degrés de la misère agonisante, et voyez où nous en sommes de l'affreux drame social.

Ecartez donc les écrivains qui enjolivent ou dramatisent, pour aller droit au malheur humain qui fournit la matière.

C'est une parole impie, évocatrice de haines et de violences que de dire, comme l'ont fait vingt journaux, que la société ne devait rien à Vaillant, bâtard jeté à douze ans dans la rue. Lisant ces choses, les misérables disent : puisqu'on ne nous doit rien, que devonsnous, nous autres? Et c'est la violence qui répond à a barbarie.

Il faut leur enseigner qu'on leur doit, afin qu'ils

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sachent qu'ils doivent aussi. Et l'apaisement, qui ne naît pas des condamnations, n'attendra pas, pour venir, le règne de la félicité universelle.

Non, il suffira de la bonne volonté de tous, sincèrement manifestée par des actes non équivoques, il suflira de la bonté des forts pour désarmer cet ennemi redoutable : les faibles. Cela pourrait être demain.

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