TROIS TEMOINS
Et après? Quand nous aurons réchaufFé pour une heure quelques vieux, quelques petits, est-ce qu'elle ne sera pas encore là, la terrible question de toujours : que faire?
C'est la question sociale, messieurs les heureux du monde qui n'êtes pas plus méchants que d'autres, mais que le contact journalier de la misère a blasés, et que la desséchante facilité du bonheur condamne à la pitié intermittente, à l'inutile charité d'apparat.
Le mot de ce sphinx redoutable, je ne l'ai pas plus trouvé que vous, et je ne crois pas qu'il dépende d'une formule économique de faire régner le bonheur ici-bas. Mais il faudrait essayer — tous — de bonne foi, de bonne volonté, au lieu de résister à tout, bêtement, brutalement, parce qu'on est le plus fort. Il faudrait surtout méditer un mot qui est une grande leçon, et que j'emprunte tout simplement à l'article de M. Chincholle, où j'ai pris le fait divers qui m'occupe : « Ce peuple de vaincus est, quand il sent quon veut le souligei\ d'une douceur dont on n'a pas idée. «
Voilà le grand secret. Vous n'êtes pas requis, comme vous faites semblant de le croire, de résoudre la question sociale d'ici à demain. Vous êtes tenus de commencer, de vous mettre à l'œuvre généreusement, résolument.
Et quand vous aurez fait les premiers sacrifices pour diminuer la misère, les misérables vous aideront à leur tour. Les malentendus seront dissipés, les cœurs seront changés, les violents seront apaisés, les désespérés renaîtront à l'espoir. Le malheur humain, attaqué dans sa source, reculera devant la solidarité des hommes affirmée, pratiquée, plus saine, plus bienfai-
34 LA MÊLÉE SOCLâXE
santé encore, peut-être, aux privilégiés qui se dévouent qu'aux déshérités qu'elle relève.
Amour chrétien, fraternité, que fait le nom? Il faut l'acte.