CEUX D'EX HAUT
et Ton tue... par habitude. Suggestive rivalité de l'assassin et du bourreau. C'est la désespérante histoire d'hier, contre laquelle la République fut une protestation vivante, et qu'elle s'acharne à continuer aujourd'hui.
Grand triomphe de l'ordre social demain, quand, au petit jour, sur la place de la Roquette, s'abattra le couteau. Quel dommage que le gendarme qui fut le père de Vaillant n'ait pas eu un bel avancement. Je l'aurais voulu là, sabre au clair, impassible représentant de la Justice humaine, regardant tomber la tête de l'enfant 4uil a jeté dans la rue pour le faire rebondir à la sinis tre bascule.
Et puis, le sang lavé, on recueillera la fillette qu'on aurait laissée sur le pavé, si Vaillant n'avait pas jeté de bombe. Dans le même article de journal, on demande à la fois la r^ort du père et une dot pour l'en fant. Ainsi, se confondent etra igement, dans l'homme, la férocité, la sensiblerie... et peut-être aussi le cabotinage.
Restent les complices. « Il faudra maintenant, dit le Soleil, s'occuper des complices de Vaillant : car il en a, et de plus dangereux que lui-même. Les complices de Vaillant sont les hommes qui ont pris à tâche de discréditer et de corrompre toutes les sauvegardes sociales. Complices de Vaillant, les législateurs qui ont déshonoré la loi par des attentats légaux contre la conscience, contre la liberté, contre la famille, contre Dieu. Complices, les magistrats, etc., etc.. » Toute l'antienne.
Oui ! M. Casimir-Perier, M. Raynal, complices de Vaillant ! Si cette imputation peu bienveillante pouvait au moins leur enseigner à ne pas prodiguer légère-
ment des accusations analogues ! Ils hausseront les épaules, et ils auraient bien raison, s'il n'y avait pas d'autre reproche à leur adresser. Mais que répondre à M. Bonghi, opposant à la perversité d'en bas la folie d'en haut, et proposant, pour ramener les prolétaires, d'élever le niveau bourgeois ?
Qu'est-ce que cela veut dire, sinon que les heureux se désintéressent trop aisément des misérables, ce qui est d'un niveau moral déplorablement bas ; que lorsqu'on a payé ses impôts et pris toutes ses précautions à l'égard du Code, on ji'est pas quitte encore envers ses compagnons d'humanité ; qu'il faut viser plus haut, et, au lieu de se cantonner dans la possession d'aujourd'hui, préparer, par son effort personnel pour l'amélioration sociale, une jouissance plus paisible et plus juste des biens du monde pour tous les hommes ?
Donner aux pauvres qu'on voit, c'est un accès de sensibilité. Créer un lit d'hôpital au détriment de ses héritiers, c est un acte de bonne volonté posthume. Mais le sacrifice, l'effort sur soi pour se débarrasser des préjugés cruels qui parquent les uns dans la richesse, comme les autres dans l'abjection de la misère, où sont-ils? Les meilleurs se mettent en règle par un don, et se disent : la police correctionnelle pourvoira au reste. Eh bien ! non. D'en bas, vient la rumeur confuse des lamentations, des cris de douleur, de colère et de menace, que la force brutale est désormais impuissante à contenir. Le prêtre a échoué, le bourreau ne suffit plus. Il faut parlementer, composer.
Ne criez pas que la tâche est trop compliquée et le problème insoluble. On ne vous demande pas de construire la rté de Dieu. Donnez un peu plus de justice,