CEUX D'EN HAUT
ce sera bien. Donnez-le de bon cœur, et prêchez d'exemple, ce sera mieux.
Mais quoi ! l'état social repose sur 'a labeur individuel, sur l'effort de chacun en vue d'acquérir et de conserver. Et quand tout l'être a été entraîné pour cette lutte d'un seul contre tous, voilà qu'on lui demande de s'arrêter, de se limiter, d'abandonner une partie de ce qu'il a conquis ou reçu. Il se rebelle, il consentirait encore à un acte de générosité qui le grandit dans l'opinion des autres et dans la sienne. Mais donner la main à l'organisation d'un état de choses qui le rationne plus sévèrement que l'état actuel, et cela sans que personne puisse lui en avoir de reconnaissance, voilà ce à quoi il résiste, voilà en quoi il se montre d'une humanité inférieure, et voilà pourquoi M. Bonghi est obligé de lui crier : « Elevez d'abord ceux d'en haut, si vous voulez ramener ceux d'en bas. »
C'est que tout le côté bourgeois de la question sociale est là, en effet. Il faut le reconnaître, l'effort qu'on demande n'est pas sans mérite, et dépasse peutêtre, en valeur morale, l'acte d'un La Rochefoucauld ou d'un Montmorency, se ralliant, en 1789, à la cause du Tiers. L'heure est proche, cependant, où il ne pourra plus être différé. La répression brutale d'un côté, l'anarchie de l'autre : voilà le régime qui a trop duré. La violence, venue d'en bas, ne peut que détruire. La justice venue d'en haut doit fonder. Hommes d'en haut, hommes qui détenez, avec la force, le pouvoir intellectuel, l'autorité morale, faites la justice. Fondez.