LE CHETAL DE BOIS
dit-on. Malgré les avis du Parquet, il demeurèrent membres du bureau du syndicat, à titre d'anciens employés. Les voilà attaqués en justice par la Compagnie même, qui veut les obliger à se démettre. Mais le tribunal, prenant en considération les circonstances de la cause, se refuse à les condamner. Appel de la Compagnie. Condamnation des employés devant la Cour. Cheval de bois de malheur, voilà de tes coups.
Ainsi, parce qu'une Compagnie aura renvoyé deux ouvriers, qui se trouvent par hasard (?) les chefs du syndicat de leur corporation, parce que d'autres Compagnies, sohdaires de la première, ne voudront pas occuper ces deux hommes, ils sont, de ce chef, exclus du syndicat, et frappés par la loi s'ils y demeurent.
Il dépend de toute Compagnie, dans ces conditions, d'exclure des syndicats qui il lui plaira. Il serait peut-être plus honnête de faire tout simplement désigner les membres du syndicat par les Compagnies.
Voilà où nous en sommes, après cette belle réforme sociale qui devait permettre aux ouvriers de se concerter pour discuter librement de leurs intérêts corporatifs vis-à-vis des patrons.
Nos gouvernants connaissent-ils bien le résultat ' à.' une "^^lvqWXq propagande par le fait dans le populaire? Ils n'ent ont cure peut-Atre.
Un journal opportuniste, parlant de la condamnation de Bordeaux, dit : « C'est la loi. Il faut respecter la loi ou décorer Vaillant. »
L'ouvrier qui lit ces choses se dit que celle loi, dont on fait tant de bruit, n'est la loi que pour quelquesuns; que M. Spuller, ministre, est à la tête d'une vaste association politique qui a des ramifications dans tous les départements de France; que cela est
défendu par la loi, et qu'aucun juge de police correctionnel ne s"est encore avisé de condamner M. SpuUer, Il se dit que la loi sur les associations est violée tous les jours, que personne n'y prend garde, et qu'on ne pense à lui que pour le déférer aux tribunaux.
Ainsi on lui enseigne le mépris de la loi, qui lui paraît un grand mot derrière lequel il voit clairement le caprice et l'arbitraire.
Ainsi on lui enseigne le mépris du juge, qui lui paraît l'instrument servile des forts contre les faibles.
Ainsi on lui enseigne le mépris du législateur, qui, prétendant le servir, l'a trompé, l'a trahi.
Ainsi on lui enseigne le mépris de la République, décevante en ses promesses, indulgente aux grand?, dure aux petits.
Il ne faut pas décorer Vaillant. Il ne faudrait pas non plus lui préparer des recrues.