UNE ENQUÊTE SUR LE TRAVAIL
L'Angleterre est le pays des enquêtes. La Chambre des Communes a toujours une bonne demi-douzaine de Commissions en train d'interroger les gens sur les
effets bons ou mauvais d'une loi, sur les inconvénients ou les avantages d'une réforme, sur les conditions des uns, les plaintes des autres, les besoins di tous.
L'Anglais, volontiers bataille. Cantonné dans son droit légal, dont il ne veut rien céder, il est continuellement en défense contre ceux qui ont accepté ].' charge des affaires publiques. Il ne tolérera aucun i usurpation gouvernementale, aucun empiétement administratif. Et s'il a le bon droit pour lui, fût-il le dernier épicier de VEast-End^ sa cause deviendra subitement celle de tout le monde, et nulle puissance n. pourra résister.
Par de telles mœurs, les pouvoirs politiques sont contenus dans leurs justes limites, et les révolutions, monnayées chaque jour, se liquident paisiblement en échéances successives.
Il en va tout autrement de nous. Débonnaires, indolents, incapables de comprendre que la cause d'autrui peut être la nôtre, nous laissons faire, et le^ pires politiques, à certains jours, ont pu tout se permettre à notre égard. Tôt ou tard, cependant, la révolte survient par excès de folie gouvernementale, et le sang coule à flots. Après quoi, soulagés, nous retombons dans la volupté de nous laisser vivre, jusqu'au prochain sursaut.
Une telle disposition d'esprit, souvent accompagnée d'une parfaite satisfaction de soi-même, rend rhoninif peu propre à profiter des exemples de l'étranger. C'est un grand malheur pour nous. Car si nous pouvions allier aux admirables qualités de notre race les solides vertus de peuples plus lourds, mais plus robustes, oous aurions bientôt fait de reprendre, en Europe.