‹ La mêlée socialeChapitre 90 sur 131 · UNE ENQUETE SUR LE TEAVAIL · texte numérisé non relu

UNE ENQUETE SUR LE TEAVAIL

la haute autorité morale dont nous sommes actuellement déchus.

Pour le moment, nous dormons paisiblement, laissant ceux qui nous gouvernent accumuler à plaisir tous les éléments de la prochaine secousse. Des bourgeois apeurés qui ne veulent rien concéder, des populations ouvrières dont le mécontentement monte silencieusement : voilà ce qu'on appelle l'opinion publique en France, aux heures où il n'y a pas d'opinion publique.

Pendant ce temps, l'Angleterre mûrit ses réformes sociales, et les réalise sans bruit. Une commission d'enquête vient justement de présenter son rapport sur les conditions du travail dans le Royaume-Uni. Elle a siégé trois ans, entendu 383 témoins, publié plusieurs rapports partiels avec documents et statistiques à l'appui, concernant le travail dans tout le monde civilisé.

Je ne puis songer sans quelque mélancolie à l'enquête sociale que je fis voter à la Chambre — malgré le gouvernement — en 1884, et qui, confiée à une majorité de députés hostiles, échoua, bien entendu, de la façon la plus misérable.

En Angleterre, on a procédé d'autre sorte. Trois ans durant, les enquêteurs se sont acharnés, ne se laissant rebuter par aucune investigation, par aucun labeur, et les voilà qui publient aujourd'hui Un rapport de majorité et un rapport de minorité. Le rapport de la majorité représente à peu près la moyenne de l'opinion gouvernementale. Le rapport de la minorité, l'état actuel de l'opinion qualifiée chez nous de socialiste révolutionnaire. Il est donc intéressant d'analyser brièvement les conclusions de ces deux documents :

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La majorité demande :

1° La création d'un comité de conciliation et d'arbitrage, et la nomination d'arbitres par le board of trade (ministère du commerce) ;

2" La réorganisation et le développement des attributions, ainsi quo des procédés d'information, du Département du travail, au ministère du commerce;

3" Une enquête spéciale sur l'effet des différentes lois qui concernent le travail et le salaire ;

4° La prohibition des heures supplémentaires de travail pour les mineures, dans certaines industries, et notamment chez les couturières;

o° L'application énergique des règlements sur l'hygiène des fabriques;

6'^ Certaines modifications dans les lois relatives aux marins, de manière à pouvoir donner une allocation mensuelle à leurs femmes pendant qu'ils sont en mer.

Chacun de ces articles appellerait, à lui seul, de longues réflexions.

L'institution de l'arbitrage est dans l'enfance, chez nous. Est-ce que nos législateurs ne pourraient pas essayer de l'organiser de manière à prévenir quelquesuns des graves conflits entre le salaire et le patronal

Notre Office du travail, de création récente, est biei misérable en comparaison de la tâche si haute qui! faudrait lui assigner. J'y voudrais voir comme une sorte de commission d'enquête permanente, occupée de tirer les conclusions scientifiques de la grande expérimentation sociale qui se déroale, chaque jour, sous nos yeux.

Quoi de plus utile, au point de vue des conséquences pratiques, pour le législateur d'une démocratie,

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