‹ La mêlée socialeChapitre 93 sur 131 · LA EEGLEMENTATION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LA EEGLEMENTATION DU TRAVAIL

peut donner. Si un piston se casse, si une courroie de transmission s'use, on les remplace. Une vie humaine, aux yeux des économistes, a tout juste la valeur d'un piston ou d'une courroie. Ainsi le veulent ces fameuses lois naturelles que M. Léon Say assimile ai allègrement aux lois de Newton.

. Ces diables de lois naturelles ennuyaient fort Frédéric Passy, économiste endurci, cœur généreux. Je l'entends encore à la tribune pestant dogmatiquement contre les lois de fabriques, tout en reconnaissant les excellents effets qu'elles ne pouvaient manquer d'avoir. Ce qui l'offusquait, comme contraire à la sainte doctrine économique, c'était l'intervention de l'Etat. Il aurait voulu que les patrons prissent en mains ces réformes, et s'entendissent pour les appliquer de leur propre gré. A ses yeux, le meilleur moyen pour obtenir ce résultat, c'était une série de conférences que les députés seraient allés faire dans tous les centres industriels. Les patrons, subitement convertis, se seraient rendus aux bonnes raisons de M. Frédéric Passy, et nous aurions joui des bienfaits de la réforme, sans avoir fait de peine aux économistes.

Les députés applaudirent fort aux sentiments généreux de M. Frédéric Passy et, pour leur donner une sanction, votèrent les lois de fabriqués.

La loi ne permet pas à l'homme d'aliéner son corps, de vendre sa vie en bloc. Pourquoi lui permettraitelle de la vendre en détail? Pour être logiques, nos bons économistes devraient autoriser quiconque à se mettre à l'encan, et à user de sa liberté pour se vendre comme esclave au plus offrant. Ils ne vont pas jusque-là.

Puisque l'Etat intervient légitimement pour inter-

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dire cet abus, comment lui contester le droit de prolonger cette intervention jusqu'à empêcher Thomme de livrer tous les jours, à la machine, une fraction de son capital de vie, au nom d'une prétendue liberté qui, chez les afl'amés, n'a qu'un nom : la nécessité?

Détail à noter. Parmi ceux qui prirent le parti de Ihomme contre la machine, beaucoup n'osèrent pas donner l'argument de fond : la défense de l'individu. .Ils alléguèrent l'intérêt social : la race s'étiolait dans les centres industriels, un grand nombre de conscrits étaient reconnus impropres au service. Ce fut l'argument qui porta. Il fallait conserver l'homme, non pas pour lui-même, mais pour la raison sociale. On le gardait moins pour la vie que pour le champ de bataille. Enfin, le vote fut obtenu. C'est le principal.

Les questions relatives à l'hygiène et à la sécurité des travailleurs, dans les ateliers et manufactures, furent réglées sans trop de difficultés. Le Conseil d'Etat vient justement d'adopter un règlement — rendu en exécution de la loi du 12 juin 1893 — pour déterminer les mesures générales de protection et de salubrité applicables aux établissements industriels. Un délai de trois mois à un an est accordé aux patrons pour se mettre en règle. Passé ce délai, cette réforme, qu'il faut approuver sans réserves, produira tous ses effets .

Pour la réduction des heures de travail, ce fut une autre antienne : on allait diminuer les salaires, abaisser la production nationale, augmenter la détresse des malheureux, appauvrir la nation.

Le second numéro du Bulletin de rOffice du Travail contient une note qui répond justement à ces objec-

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