LA REGLEMENTATION DU TRAVAIL
lions. La question est toute d'actualité, car on sait qu'il est question, en ce moment, de modifier la loi du 2 novembre 1892 sur le travail des enfants, des filles mineures et des femmes, dans le sens d'un retour aux errements du passé.
Nous sommes bien loin, hélas 1 d'être à la tête du progrès en cette matière. Nous avons vécu jusqu'en 1892, sous le régime de la loi du travail de douze heures, due à la Révolution de 1848, et il a été démontré au cours de la dernière enquête, que dans certaines fabriques des Vosges, on travaillait jusqu'à quinze heures par jour.
En Angleterre, le premier Act relatif au travail des enfants remonte à 1802. L'agitation pour la journée de dix heures remonte à 1830. La loi qui l'établit est de 1847. Sir James Graham, secrétaire de l'intérieur, fit un long discours pour prouver que cette mesure ruinerait le commerce d'exportation. Suivant lui, le résultat de la loi serait de faire baisser les salaires de 25 p. 100. Douze ans après — en 1859 — M. Baker, inspecteur du travail, déclarait, au congrès 0*is sciences sociales de Bradford, que, « malgré H diminution des heures de travail, les salaires avaient été augmentés, dans certains cas, de 40 0/0, et généralement de 12 0/0, sans que cette réduction des heures de travail et cet accroissement des salaires eussent diminué en rien la production textile, ni causé le moindre tort à la prospérité nationale ». De 18i4 à 1858, la production manufacturière et la prospérité commerciale s'étaient si bien accrues, que le chiffre des affaires avait presque doublé.
En 18i30, dans la discussion d'un bill, qui étendait cette législation aux imprimeries sur étoffes, Sir James
Graham fit la déclaration suivante : « J'ai une confession à faire à la Chambre. L'expérience a montré, à ma grande satisfaction, que beaucoup des prédictions faites contre le factonj bill, ne se sont pas réalisées, et qu'en somme, cette grande mesure a contribué à lamélioration des classes laborieuses, sans faire tort aux patrons. Par mon vote de ce soir, je m'efforcerai de réparer Topposition que j'ai faite autrefois au factory biil. »
Si Ton prend, en effet, un ensemble d'industries embrassant une centaine de professions en dehors de l'agriculture, les salaires des hommes, des femmes et des enfants ont augmenté de 10 fr. 50 par semaine, de 1850 à 1883, ce qui représente 50 p. 100 du taux de
Cela n'empêchait pas l'Angleterre d'exporter, en 1880, 3,693,000 yards de coton en pièces, alors qu'elle n'en exportait que 3'<0,000 en 1830 ; d'exporter 222,000,000 de livres de filés de coton en 1880, tandis qu'elle n'en exportait que 39,000,000 en 1830.
Mêmes résultats dans le Massachusetts, où M.Carrol D. Wright résume comme suit l'enquête de 4381 : « Il apparaît que le Massachusetts en dix heures produit autant, et même davantage, par homme, par métier, par broche, que les autres Etats en onze heures. Les salaires sont aussi élevés, même plus, que dans ces autres Etats. »
C'est pourquoi le gouvernement demande au Parlement de la République française de revenir sur la lui de 1892, et d'augmenter les heures de travail !
LES TROIS HUIT ii?