J.-K. HUYSMANS
<< ...Pour moi,' la poésie est l'interprétation du monde confiée à la seule sympathie (prise au sens philosophique du mot). C'est donc l'expression des choses par les rapports qu'elles ont ou sont supposées avoir avec l'essence morale de l'homme. Il s'ensuit que le cœur joue dans la poésie un rôle prépondérant.
« La versification est l'art de choisir et d'adonner les mots de manière à en tirer une expression musicale qui en complète l'expression littérale. C'est donc l'art de conférer au langage la plus grande efficacité possible.
« La comparaison est essentielle à la poésie. Les images ont pour but de faire saillir le caractère d'une chose en les faisant reconnaître dans une autre; la comparaison, en les détachant, les met en évidence. Les images sont particuliè-
LES PETITES REVUES. 6l
ment utiles à l'expression des sentiments. Le cœut se fait comprendre par des analogies parce qu'il ne le peut par des définitions lesquelles ne sont pas de son ressort... La poésie a pour
inemie mortelle la méthode scientifique...
« Sully-Prudhomme. »
<< La poésie ne peut être définie, heureusement, car, si l'on parvenait à l'enfermer dans une formule, personne n'en serait plus épris. Elle n'aurait plus le charme suprême qui est précisément d'être indéfinissable...
« Martha. »
M. Charles Viguier comparait le poète à un magicien qui préside aux incantations en marmottant des mots de cabale et qui échoue si « le vers ou la phrase maléfique ne sont figés dans leur impermutable expression ».
Un inconnu appelait la poésie << l'essai d'expression de l'indéfinissable ».
Jean Moréas avait envoyé douze points d'interrogation. Laurent Tailhade plaisantait, ne retenant de l'état de poète lyrique que la facihté d'un beau mariage, et Joseph Caraguel ne voyait dans la poésie que « l'art de dire excentriquement des banalités ».
Pour aider à la définition de la poésie, la Vogue reproduisait VArt poétique d'Horace, traduit en vers français par Jacques Peletier du Mans- La Vogue de d'Orfer ne fournit pas une longue carrière. Le titre fut repris depuis à deux reprises pour des publications nouvelles, en 1889 par Gustave Kahn et en 1899 (avant de disparaître définitivement) par Tristan Klingsor.
LES POETES DECADENTS
Ce lut à l'hôpital Tenon, où la jeunesse lettrée c rendait, comme en pèlerinage, auprès de Paul N'erlaine, que je fis, un dimanche de Tété 1886, la connaissance d'Anatole Baju. L'assistance était nombreuse. Verlaine ne pouvait se lever. Sur son lit traînait un journal en grossier papier gris. Quelqu'un le prit et en lut à haute voix le titre : le Décadent, en se moquant. Encouragé par l'acquiescement de certains sourires, il demanda étourdiment : « Quel est l'imbécile qui a osé ramasser ce titre ridicule? — L'imbécile, c'est moi ! » répondit une voix nette, tranchante comme un défi. Je me tournai et tout Baju m'apparut alors, ramassé, âpre, têtu, avec, dans une petite figure vieillotte, la flamme d'un regard vibrant. L'interlocuteur, dérouté, revint
I plus de courtoisie et l'on discuta sur l'opportunité du mot décadent.
Le mot avait été prononcé pour la première fois par un critique du Temps, M. Bourde. (Le hasard a de ces rapprochements pleins de malice.)
II lui avait d'ailleurs été soufflé par des Déli-
quescences d'Adoré Floupette, où avaient collaboré deux bons écrivains : Henri Beauclair et Gabriel Vicaire.
Paul Verlaine trancha le cas :
« J'aime, dit-il, le mot de décadence tout miroitant de pourpre et d'ors. J'en révoque, bien entendu, toute imputation injurieuse et toute idée de déchéance. Ce mot suppose au contraire des pensées raffinées d'extrême civilisation, une haute culture littéraire, une âme capable d'intensives voluptés. Il projette des éclats d'incendie et des *- lueurs de pierreries. Il est fait d'un mélange d'esprit charnel et de chair triste et de toutes les splendeurs violentes du bas-empire ; il respire le fard des courtisanes, les jeux du cirque, le souffle des beUuaires, le bondissement des fauves, l'écroulement dans les flammes des races épuisées par la force de sentir, au bruit envahisseur des trompettes ennemies. La décadence, c'est Sardanapale allumant le brasier au milieu de ses femmes, c'est Sénèque s' ouvrant les veines en déclamant des vers, c'est Pétrone masquant de fleurs son agonie. C'est encore, si vous voulez prendre des exemples moins éloignés de nous, les marquises marchant à la guillotine avec un sourire et le souci de ne pas déranger leur coiffure C'est l'art de mourir en beauté. C'est d'ail-
1( urs ce sentiment qui m'a dicté le sonnet que vous connaissez :
Je suis l'Empire à la fin de la décadence.
« Il y a aussi dans ce mot une part de langueur faite d'impuissance résignée, et peut-être du regret de n'avoir pu vivre aux époques robustes ci grossières de foi ardente, à l'ombre des cathédrales. Nous pouvons faire une application ironique et nouvelle de ce mot, en y sous-entendant la nécessité de réagir par le délicat, le précieux, le rare, contre les platitudes des temps présents ; même s'il était' impossible de laver complètement le mot décadent de son mauvais sens, cette injure pittoresque, très automne, très soleil couchant, serait encore à ramasser, en somme ! »
Verlaine venait de réhabiliter le mot décadent. Plus tard, Baju proposera, pour couper court à toute équivoque, d'atténuer la brutalité du mot en un dérivé : décadisme. Le maître, amusé, exultera :
« Bravo ! décadisme est un mot de génie, ime Trouvaille amusante et qui restera. Ce barbarisme est une miraculeuse enseigne. Il est court, i ommode, sonne littéraire, sans pédanterie, nfin fait balle et fera trou!»
Et en effet le décadisme a fait trou.
60 LA MÊLhE SYMBOLISTE.
Baju était accompagné ce» jour-là de Maurice du Plessys, que je ne connaissais pas davantage. L'aplomb massif de l'un exagérait encore, par contraste, l'allure toute dégagée et fringante de l'autre. Tous deux plaisaient par leurs qualités de nature, celui-là tenace et réfléchi, l'autre ingénieux, subtil, d'une ironie finiment aiguisée. Quand Verlaine eut achevé les présentations, nous fûmes ravis d'apercevoir que nous abondions en idées communes. Nous étions jeunes. Les choses vont vite à cet âge. En quittant l'hôpital, il semblait que nous fussions déjà de vieux amis. J'ai dit que c'était un dimanche. Nous avions le loisir de flâner dans les rues jusqu'au soir. 11 fallait traverser cette région désolée de Ménilmontant et de Charonne. Autour de nous s'allongeaient des terrains vagues, des jardins incultes rongés d'orties et de tessons de bouteilles. Les tournesols sauvages mettaient leur disque jaune et noir au-dessus des treillages affaissés, des palissades disjointes. De loin en loin, des réverbères coudés évoquaient d'anciennes potences. Des escahers de bois escaladaient des talus plantés de poteaux télégraphiques. Les trottoirs effondrés, la chaussée dépavée où croupissaient des flaques d'urine, les masures sordides, les étalages avariés, tout suait la misère. Les
tristes chemmées d'usines barraient l'horizon. La décrépitude d<-S choses torturait les nerfs, jetait au découragent: dit et prédisposait aux
infidences. Nous fûmes longtemps avant dS trouver un cabaret sortablc. A l'ombre des fusains poussiéreux, parmi les détritus et les loques, à l'angle d'une rue déserte, on nous servit, en guise de bière, une sorte de piquette acre, empestant le buis. On causa.
Voici ce que j'appris de Baju, moins de luimême, toujours silencieux sur son propre compte, que des amis présents. Nous nous trouvions une demi-douzaine, parmi lesquels Cazals, autant (j[u'il m'en souvient.
Baju, né dans la Haute- Vienne, était venu depuis peu à Paris, poussé par l'ambition de s'y faire un nom. il n'avait pas eu besoin de me confier qu'il était pauvre. Sa mise trop simple et sa figure ravagée en étaient les sûrs garants. Orphehn de père, astreint de bonne heure, pour gagner sa vie, à un métier dur et pénible, c'est sur ses heures de sonuneil qu'il avait économisé le temps de s'instruire. D'abord ouvrier piqueur de meules (ses mains en portaient le stigmate), il avait conquis de haute lutte (au prix de quels efforts surhvmiains 1) la modeste situation d'instituteur communal adjoint à Saint-Denis. Ce
n'est pas lui qtii me fit cet aveu. Il s'en cachait comme d'une taire. Il ne parlait jamais de sa pro- Jession et rougissait comme un enfant pris en faute, à la moindre allusion. On se doute quelle somme de satisfactions et de réjouissances mondaines il pouvait retirer, lui, soutien de famille, de ce modeste emploi aux appointements annuels de quatorze cents frahcs. Sa fréquentation devait me révéler la misère en redingote de ces éducateurs de la jeunesse, instruits, iiltelligents pour la plupart, insuffisamment rémunérés et que je voyais descendre, en dehors de leur service, à des travaux bas et vulgaires, pour gagner de quoi équilibrer leur maigre budget. Est-ce que l'un d'eux ne servait pas comme garçon, le soir, dans un café voisin de l'école ! Baju avait pour collègue notamment Théodore Chèze qui, dans un livre ânier, L'Instituteur, a dit les rancœurs de sa profession, et le peintre Aimé Pinault, qui a publié des études remarquées sur la perspective et la théorie des couleurs. Non seulement ces pauvres diables mouraient littéralement de faim, mais leurs excursions dans le domaine de la pensée leur valaient toutes sortes de tracasseries de la part de l' administration . Il ne fait pas bon s'évader de la routine et faire preuve de quelque initiative d'esprit dans le
monde des fonctionnaires. S'abrutir à d'interninables parties de manille ou de billard est liose courante, admise et très excusable, mais faire œuvre d'artiste, c'est se perdre irrémédiablement. Malheur à celui dont les collègues peuvent dire au café, entre deux absinthes, avec un geste de pitié ou de mépris : « Encore un intellectuel !... >> Circonstance aggravante, dans un milieu réactionnaire, Baju ne cachait pas ses préférences pour l'idéal politique de Jules Guesde. Par prudence il signait du prénom de son frère Anatole.
On suppose bien qu'avec si peu de ressources, Baju devait rogner sur sa nourriture pour subvenir aux frais de son journal. Par économie, il l'imprimait lui-même, aidé de son frère cadet, ouvrier typographe. Il avait loué, pour y installer son outillage, une mansarde au fond d'une cour de la rue Lamartine, mais la presse faisait du bruit. Les voisins se plaignaient. Baju reçut rongé. Pris au dépourvu, force lui fut de s'adres- ^^er à un imprimeur. Les frais s'accroissaient.
C'est dans les feuilles pubUques qu'à peine débarqué de sa province, il avait pris ce mot de décadent, alors à la mode. C'était le temps où des Esseintes régnait. On menait grand bruit autour de Paul Verlaine et de Sté]^lu-in.' "Mal-
larme. On discutait passionnément les Poètes maudits. Jules" Laforgue venait d^ pubiier-ses Complaintes. Le vent soufflait de ce côté. Il suivit le vent. Mille projets bouillonnaient dans sa tête. Il restait encombré d'un chaos de lectures. On sentait bien que la décadence n'était pas son fait. Fils d'une race saine de paysans pratiques, il pensait fort et droit. Il avait, dans les veines, du sang de lutteur. 11 avait d'autres visées que celles d'être un ciseleur de phrases, un délicat joueur de flûte. Son instinct le poussait vers de plus vastes entreprises ; il se préoccupait de l'évolution sociale ; il aimait l'atmosphère orageuse des réunions publiques ; il brûlait d'y prendre la parole et de conquérir les foules. Mais il avait rencontré Du Plessys qui, subtil et charmeur, lui avait imposé momentanément une attitude. Son esprit fruste subissait l'ascendant de ce raffiné qui l'éblouissait de tout son dandysme délicat et de toute sa séduisante désinvolture, mais il ne le suivait qu'avec difficulté, raturant, hésitant, tiraillé par mille pensées contradictoires. Cette première série du Décadent manquait donc d'esprit de suite et d'intérêt, en dépit, çà et là, de quelques collaborations précieuses. Les symbolistes auxquels Baju avait entr'ouvert son journal avaient failli l'absorber. Il
LES POÈTKS DÉCADENTS. 7!
fallait réagir. Nous décidâmes sur-le-champ de réorganiser cette entreprise et de créer une rédaction homogène. Un programme fut vite élaboré, inter pocula, et accepté d'enthousiasme. Deux ou trois numéros du format journal restaient encore à paraître. Il fut décidé que, pour bien marquer la différence, une courte suspension ^'ensuivrait, et que le Décadent renaîtrait alors ous un autre format.
C'est à la fin de cette même année que parut le numéro i du format revue, sous couverture jaune-citron, avec, au sommaire, les noms de Paul Verlaine, Maurice du Plessys, Laurent Tailhade, Jean Lorrain, Anatole Baju, Ernest Raynaud, auxquels se joindront, dans les numéros suivants, d'une façon régulière et continue, les noms de : Jules Renard, Albert Aurier, Pillard d'Arkaï, Georges Fourest, Boyer d'Agen, Edouard Dubus, Louis Dumur, André 'de Bré ville, Louis de Saint- Jacques, vicomte Jean Vassili, Valère Gille, Martial Besson, Paterne Berrichon, Félix Xoore, Norbert Lorédan, Emile Cottinet, Charles Darantière, A.-F. Cazals, Théodore Maurer, Fernand Mazade, etc.
On pouvait y lire ces fières déclarations \
«Les Décadents ne voient pas comme tout le monde et ils sont assez hardis pour traduire fidè-
lement leurs impressions. Voilà ce qui fait leur personnalité. Peu soucieux des préjugés, ils les heurtent de front, au risque de les démolir, mais sans crainte de s'y briser. »
Et encore :
«l;a critiquer tiendra la première place dans le Décadent. Littéraire, théâtrale, artistique, elle sera faite par des esthètes tels que MM. Maurice du Plessys et Ernest Raynaud, dont la haute compétence n'a jamais subi l'irrévérence dudoute. C'est par elle, autant que par nos œuvres personnelles, que nous rectifierons le mauvais goût et que nous imprimerons au mouvement de l'intelligence la direction trop souvent évitée aujourd'hui. Aucune œuvre n'échappera à notre contrôle, toutes seront marquées au chiffre unique de leur valeur. Tant pis pour celles qui s'écraseraient sous les coups de poinçons ! Les critiques du Décadent n'duront que Fart pour critérium ; ils sont trop indépendants pour que des souvenirs hostiles ou amis puissent influer sur leur tempérament : leurs verdicts seront donc définitifs et sans appel ! »
Baju ne tarda pas à quitter Saint-Denis pour Paris. Il s'installa boulevard de la Chapelle. Une grande pièce vide, tendue de papier rouge, servait à la fois de cuisine, de salle à manger et
de cabinet de rédaction. M^^ Baju mère, cordiale vieille, sous son bonnet de paysanne, recevait, en l'absence de son fils, les visiteurs. Il en venait de toutes sortes, des poètes chevelus et crottés, des gentlemen fleuris d'orchidées, des esthètes chargés d'orfèvreries, des demi-vierges à bandeaux plats, des bas-bleus évaporés. D'un visage égal, M"^® Baju, dérangée de son pot-aufeu, ouvrait à tout le monde. Sa cuiller à la main, nullement intimidée par l'importance des faux cols et le relief des bijouteries, elle désignait un siège et retournait à son bouillon ou à ses ravaudages. Les chercheurs d'aventures détalaient vite, chassés par l'air d'honnêteté que respirait cet humble logis de travailleur. Les autres attendaient silencieusement et subissaient les petits potins du jour que les commères déposaient en passant dans l'escalier. Les deux fenêtres donnaient sur le boulevard, les chantiers du chemin de fer du Nord, H tour de bois d'une grosse horloge c^.essée en plein ciel. C'était une distraction de regarder tourner les aiguillon en attendant le retour de Baju.
Le cabinet de rédaction, vraiment trop incommode et trop souvent en proie aux coups de balais et aux bruits de vaisselle de M"^<^ Baju, nous forçait à abréger les conciliabules entre rédacteurs.
Nous préférions nous réunir dans les cafés du quartier. On se donnait rendez-vous les soirs de liberté, indifféremment ici ou là, pour éviter la cohue et les promiscuités fâcheuses. Nous choisissions de préférence ces petits cafés blancs à banquettes rouges, comme il en existait encore à cette époque aux environs de la rue de Flandre, à l'enseigne de Béranger, quand ce n'était pas le café du Commerce ou le café du Cercle. La province y respirait. Une fidèle clientèle de petits rentiers y taquinaient le domino. Ces cafés fossiles conservaient au râtelier la pipe des abonnés et Ton y buvait même des infusions de tilleul. Ils sentaient la moisissure propre et l'humidité, mais on n'y était pas étourdi par le bruit des voix et l'on pouvait s'attarder dans la lecture des journaux, toujours libres. L'élégance appliquée de du Plessys, les théories socialistes de Baju avaient bien, d'abord, jeté quelque défiance parmi cette paisible clientèle, mais on s'était vite rendu compte de nos ^'nt entions pacifiques et nos vers déclamés à mi-voix dans les coins, à la fin ne troublaient plus guère que la somnolence du garçon et de la dame de comptoir.
Au début, nous étions peu nombreux. Les frères Baju, Maurice du Plessys et moi, suffisions à assurer le service de la revue. Encore
du Plessys se contentait-il de nous tenir en haleine par l'exposé de projets grandioses sans cesse renouvelés. Il mettait son orgueil à rester le seul à qui, comme disait Baju, « on ne pourrait jamais reprocher son passé littéraire >>. Il n'écrivait pas ou peu, non par impuissance, mais par dédain. 11 se pouvait dire, comme Mallanné, «incompétent en autre chose que l'Absolu». La revue étant bi-mensuelle, nous n'avions guère le loisir de nous reposer entre deux nimiéros, si l'on considère que nous ne pouvions y sacrifier, accaparés par des besognes nécessaires, que le superflu de notre temps. Lorsqu'à la veille de paraître, la copie manquait, nous devions y >uppléer, mais, pour faire illusion, nous étions obligés de multiplier les pseudonymes. Tous les noms d'amis, même les plus étrangers à la littérature, y passaient, à leur grand étonnement. D'autres fois, on faisait collaborer, à leur insu, des personnalités fameuses, tel Coppée, tel Sully Prudhomme, tel le général Boulanger, tel Sarcey, dont nous annoncions, avec une joie feinte, la conversion au décadisme. Et le plus admirable, c'est qu'à ce propos nous recevions des lettres de félicitations.
Nous avions même imaginé d'imprimer du faux Rimbaud, mais cela devait nous perdre.
76 LA MÊLÉE SYMBoLlSTE.
Verlaine, froissé de ces procédés qu'il jugeait, à tort ou à raison, injurieux pour la mémoire de son ami, m'avait prié d'intervenir auprès de Baju pour qu'il s'en abstînt désormais, ce qui n'empêcha pas ce dernier de continuer — en l'absence de sonnets où il était incompétent — à émailler la revue d'annonces fantaisistes sur le grand disparu. Je dus me fâcher. Tailhade avait eu aussi à se plaindre de je ne sais quels manques d'égards et il exhalait sa rancune en cinglantes épigrammes :
Ce noble délire.
Dieu ! que ne l'ai-je eu ?
Je voudrais tant lire
Des vers de Baju !
OU encore :
Le stupide Baju qui dit : Je, ji, jo, ju.
Pillard d'Arkaï avait émigré vers la Côte d'Azur. Du Plessys écrivait moins que jamais. Livré à ses seules forces, Baju dut, au trente et unième numéro, en avril 1889, cesser la publication du Décadent, Donnant libre cours à son vœu le plus cher, il essaya d'une France littéraire. Ce titre montre excellemment quelle était la nature de ses ambitions. Comme s'il avait voulu se targuer d'un joug secoué, son nom, sur la couverture
LES POETES DÉCAi>i.Mh. 77
jaune, s'étalait en plus gros caractères, mais la France littéraire rendit Tâme après trois ou quatre numéros !...
Baju avait, entre temps, quitté le boulevard de la Chapelle pour le boulevard Barbes. Il ne devait plus s'occuper que de politique. Il se présenta même, comme député, dans sa province. Il ne fut pas élu. Il publiait, à longs intervalles, des brochures sociales chez Vanier, puis j'appris brusquement sa mort survenue le 24 avril 1903, à son dernier domicile, rue Poulet, à Montmartre. Alcanter de Brahm et moi, seuls de ses anciens collaborateurs, suivîmes, par un temps gris, son cercueil à travers les rues tristes de l'extrême Montmartre, vers la barrière de Saint-Ouen. Il s'était consacré, paraît-il, sur la fin, à des travaux de pure érudition. J'ai connu le plan d'une étude sur la langue de Racine. On pourra m'objecter que son bagage littéraire n'est pas très considérable et que la valeur n'en est pas incontestée. Je répondrai que le mérite de Baju fut surtout dans l'exercice de sa volonté.
Il a, en outre, rendu service aux écrivains nouveaux, car plus que personne il a contribué à créer autour de leurs œuvres Une agitation profitable. N'oublions pas que toUs ses articles étaient repris et commentés par la grande presse.
yS LA MÈI.ÉE SYMBOLISTE.
Le très puissant Figaro ne craignait pas, au moment de la polémique boulangiste, de l'opposer à Maurice Barrés. Être arrivé à donner aux autres une telle illusion de soi-même, témoigne, on l'avouera, d'un tempérament peu banal. 11 passa un moment, auprès des foules, pour diriger l'élite de la jeunesse. C'est peu et c'est beaucoup, suivant qu'on voudra bien l'entendre.
Baju fut si décrié qu'il me semble bon d'insister et d'opposer à ses détracteurs l'opinion de Paul Verlaine. Voici ce que disait le maître dans la notice des Hommes d'aujourd'hui qu'il lui a consacrée :
« Anatole Baju, littérateur français, né à Confolens (Charente), le 8 mars 1861, fils de meunier, fut élevé au moulin de Saint-Germain-sur- Vienne. Son père, qui était poète, ami de Lamartine et de George Sand, fit sa première éducation et l'envoya ensuite achever ses études au collège de Conf olens.
« Adolescence passée à la contemplation de la nature et à rêver. A la mort de son père, en 1879, il prit la direction des affaires de la maison, écrivit entre temps divers articles ou poèmes publiés çà et là.
« L'obsession de la littérature lui fit peu après abandonner l'industrie pour se livrer tout entier à son penchant.
LES POÈTES DECADENTS. 7()
- ^ ^.-L .11-1,^ (jik , dciii.^ .-.t ivLictilt de JicUac, il composa l'Assaut de l'Olympe (1882), recueil de poèmes publié à Limoges et devenu aujourd'hui introuvable.
« Ce livre marquait déjà une tendance Uv - .ucusée à l'affranchissement de la métrique et de la langue.
« Quoique profondément originale, Toeuvre eut peu de succès. Baju comprit qu'il devait changer de scène.
« Consciencieux, il voulut, avant d'aller plus loin, étudier mieux la vie, observer l'humanité. Dans cette vue il se mit à voyager, parcourant les diverses contrées de l'Europe et de l'Amérique en accmnulant les documents (i).
« Revenu en France, en 1884, le vœu maternel le. fixa à un emploi administratif qui lui laissait assez de loisir pour donner cours à ses goûts littéraires.
« Baju eut bientôt noué de nombreuses et cor diales relations dans le monde des lettres parisien .
« Considérant avec regret le manque d'unité du mouvement décadent qui commençait alor> à se dessiner, il résolut de fonder un organe qui
(i) Verlaine tenait re rpnsHfmPinmt de Baju lui-niin-ie, m.ii'^ j« soupçonne fort cej» voyages d'ôtre un produit fertile de. l'imaginniii»du jcuue pince-sans-rire.
rassemblerait ces << forces éparses en un faisceau << unique >>.
« Il fit alors la connaissance de Maurice du Plessys, le poète gentilhomme, avec lequel il fonda le Décadent.
« La suite est connue...
« Mais il convient d'ajouter à ces notes biographiques sommaires que Baju, indépendamment de son très réel mérite personnel, de son intelhgence et de son énergie des plus remarquables, existe littérairement surtout par le journal le Décadent (second semestre de 1886) et la brochure l'École décadente (juillet 1887). Relisez ses articles dans la collection déjà précieuse du fameux canard, vous dégageant, bien entendu, de tous préjugés, de par la Presse hostile lue, ou des plaisanteries trop faciles, écoutées ; relisez surtout le récent pamphlet, et vous resterez persuadés comme moi, non seulement de la conviction si profonde et si courageuse, mais encore et surtout, de l'absolu bon sens absolument triomphal, envers et contre tout et tous, du polémiste comme du théoricien.
« Je prouve mon dire :
« En somme, voyons, de quoi retourne-t-il, au fond, sous cette question des décadents?
« Un certain nombre de jeunes gens, las de lire
LES POÈU'.> l>hCADENTS. -Si
toujours les mêmes tristes horreurs, dites naturalistes, appartenant d'ailleurs à une génération plus désabusée que toutes les précédentes, mais d'autant plus avide d'une littérature expressive, de ses aspirations vers un idéal, dès lors profond et sérieux, fait de soufirance très noble et de très hautes ambitions, — injustement, sans doute, un peu dépris de la sérénité parnassienne et de l'impassibilité pessimiste d'un Leconte de Lisle, d'ailleurs admiré, s'avisèrent un jour de lire mes vers, écrits pour la plupart en dehors de toute préoccupation d'école, comme je les sentais, douloureusement et joyeusement poétiques encore, et pleins, j'ose le dire, du souci de la langue bien parlée, vénérée comme on vénère les saints, mais voulue aussi exquise et forte que claire assez. Ces vers leur plurent par la sincérité de leur art et l'intense simplicité du fond. Le hasard voulut qu'à l'époque qu'il fallait je fisse paraître les Poètes maudits, beaucoup pour Corbière et Mallarmé, mais surtout pour Rimbaud. Cet opuscule eut tout le succès souhaité et quelque tapage s'ensuivit. Je fus assez heureux pour que le nom de mon cher ami Mallarmé, déjà si honorablement connu d'un tout petit choix d'élus parmi l'élite des raffinés et des curieux compétents, retentît cette fois un peu plus fort et allât taqui-
S2 î A MÊLÉE SYMBOLISTE.
ner l'oreille de la Presse. Il la taquina si bien, cette oreille, ce nom d'un artiste suprême, de qui j'ai dit, d'ailleurs, qu'il considérait la clarté comme une grâce secondaire, qu'une assez plaisante confusion commença de régner. Êchotiers et chroniqueurs, gent malicieuse, affectèrent d'envelopper dans le même reproche d'ésotérisme pointu et de « symbolisme » frisant le rébus mes humbles vers, ceux si nets de Corbière et ceux si superbement lucides de Rimbaud.
Bref, dès ce moment précis, « décadents » — un mot vaguement né où? comme << romantiques », comme, mais mieux que « naturalistes » — signifiait, en nous désignant, mes trois Maudits et moi, et ceux d'entre les jeunes gens dont il a été parlé plus haut, qui avaient déjà publié des vers — amateurs de l'obscur, propagateurs de théories abstruses, absconses et tout ce qu'on voudra dans ce goût-là, et, par quelle étrange association d'idées? pessimistes et schopenhauriens (or je vous annonce, pour peu que vous y teniez, que je n'ai jamais, pour ma part, lu une ligne du, paraît-il, décourageant Êpicure teuton).
« C'est alors que Baju vint, et, en vue de congrég er « les forces éparses en un faisceau unique », pour me servir de ses propres expressions rapportées au commencement de ce travail, fonda le
LES POÈT'-^ I ADLNTS.
Décadent, au milieu de quelles difficultés, avec combien de bravoure et de furie, ce n'est rien que de le dire. Dès les premiers numéros, il rétablit la vérité, alla droit au but, mit les pieds dans le plat et, fort de sa rédaction vraiment homogène, n'hésita pas à prendre l'offensive en toute témérité vraiment française, et si franche ! Naturellement, les ripostes abondèrent, fourmillèrent, dures, cruelles, mais que lui faisait? Et il rendit coup pour coup. ^
On n'attendait pas d'écrivains, échauffés de leur jeunesse et de leurs convictions, persuadés de leur bon droit, des procédés de polémique d'une courtoisie de talons rouges. Les Décadents n'ont même pas le mérite d'avoir inauguré dans la littérature ce que M. François Coppée appelait des << mœurs de Caraïbes >>. Ces mœurs ont été apportées par les romantiques (i). Lorsque Théophile Gautier traitait Racine de « polisson »,
(i) N'exi^taient-elles pas même au delà ? Rappelons-nous le:; polf^miques de Ronsard et de Grévin, celles de Boileau et de l'abbé Cottin, de Voltaire et de l'abbô Desfontaines. Et les diatribes de Jean-Baptiste Rousseau et celles de Gilbert ;\ l'encontre de leurs confrères, et, plus haut encore, les trcdts do Virgile \ l'endroit de Ba\'ies et de Mœvius ; mais il faudrait reprendre toute l'histoire littéraire. Ces mœurs sont étemeîlds.
lorsque Victor Hugo traitait Boileau de « cuistre >> et disait :
Un âne ressemblant à M. Nisard brait.
ils montraient la route à leurs successeurs, ils donnaient le ton à la polémique future. Les naturalistes, débraillés et cyniques, avaient encore accentué ces mauvaises façons, ces étranges arguments de discussion. Ils se frayaient un passage à travers T opinion à coups de massue et à coups de gueule. Ils nous ont déshabitués du respect.
Les Décadents, imitant leur exemple, ne s'embarrassaient guère de scrupules et tombèrent à bras raccourcis sur les réputations les mieux établies. Un vent d'anarchie soufïïait d'ailleurs à cette époque. Les institutions ne furent pas épargnées. L'Académie française (qui commence par y être habituée) a senti la violence de leurs coups. On écrivait d'elle :
— << N'a-t-elle pas toujours été un obstacle à tous les mouvements de la pensée ? Un foyer de haines sourdes ou d'hostilité déclarée contre toute œuvre marquée à V empreinte de l'Art? Pas de phraséologie ; des faits I Opposition furieuse aux romantiques, aux naturalistes et aux Décadents. »
Et çà et là, on pouvait lire, à l'adresse de divers, des aménités de ce genre :
LES POETES DECADENTS. S 5
— «Ce n'est pas à nous de quémander les suffrages de cette kyrielle de normaliens, conservateurs de la bêtise française. Notre honneur consiste à n'être pas compris de ces gens-là. >>
— « Grâce à M. Marcade, le supplément littéraire du Figaro soutient encore un parallèle victorieux avec le Bulletin des Halles. // fournit de temps en temps sur la race chevaline ou sur les littérateurs fossiles des détails pleins d'intérêt pour les maquignons ou les centenaires lettrés. »
— « Henri Heine n'aura pas de statue en Allemagne. La France, qui le fit barboter dans son auge aux fonds secrets, peut seule lui rendre un hommage que les Allemands lui refusent. »
— << M. Jules Lemaître est le plus heureux des hommes : il vient de faire jouer à l'Odéon une pièce qui n'a pas été sifflée. »
— « Un des associés de la maison Alexandre Dumas (manufacture de romans) vient de mourir. Cet industriel vivait depuis longtemps, déjà, retiré des affaires. »
— « M. Henry Fouquier se plaint, dans l'Echo de Paris, d'allusions à la corruptibilité de sa critique. Ce 71' est pas nous qui avons formulé ce doute. Nous n'avons jamais songé à le comparer à M. Francisque Sarcey. >>
— «La famille Victor Hugo est un suçoir qui
pompera tout l'or français. Ce n'était pas assez que, vivant, ce vieillard cupide ait corrompu le goût public avec ses extravagances littéraires. Il nous fallait aussi le subir après sa mort. Voici qu'on annonce encore sept ou huit kilogrammes de manuscrits à publier. C'est un défi à la civilisation. >>
Voilà le ton. Emile Zola n'est pas mieux traité. Il est << dégoûtant, abject, répugnant >>. M. Paul Bourget continue dans la Vie parisienne la série de ses << naïvetés psychologiques ». « Cette fois, pouvait-on lire, la roue a tourné Mensonges. Bonne affaire, trente-six grammes de papier de plus qu'à l'ordinaire. » Coppée est « débilitant ». Pierre Loti a manque d'originalité ».
On sentait dans ces attaques, dont l'outrance soulignait l'enfantillage, un besoin de piquer au vif l'opinion ; Cabrion se plaît à scandaliser Pipelet. Imaginez la stupeur de Joseph Prudhomme lisant des aphorismes de cette envergure:
— « Le plus sûr moyen de se faire mépriser d'une femme, c'est de lui donner de l'argent. »
— << Constatant que sur cent journalistes qui se suicident, il y en a quatre-vingt-dix qui le font par amour, Parisis prétend que « c'est honorable << pour la corporation ». Mais non, mon cher Parisis, c'est au contraire honteux; vous prouvez par là
'jne Its journalistes sont des êtres inférieurs qui .:e savent pas manier les femmes. >>
— • << Tout est affaire d'entraînement ou d'éduca- 'ion; il est à prévoir que dans cent ans on ne parera du mariage que comme d'une chose profondément immorale. »
Et ceci encore à propos d'une demoiselle qui \enait d'être reçue docteur en médecine :
— << Quelques-uns s'alarment de voir les femmes titrer en concurrence avec le sexe mâle. C'est un tort. Le travail n'a pas de sexe, et plus les femmes en font, moins il en reste pour les hommes. >>
Anatole Baju, poussant l'invraisemblance à ses extrêmes limites, parlait de l'enlèvement,
pour ne pas dire l'assaut », des numéros du Décadent, tiré à « dix mille exemplaires », tellement le monde littéraire ne pouvait assister, indifférent à la réapparition d'un périodique « lont le mot d'ordre était : << Guerre au mercantilisme ! Place aux artistes ! Sus aux camelots ! »
Il est vrai qu'au numéro suivant il avouait que trois abonnements suffiraient à le couvrir de ses frais, « le désintéressement de ses collaborateurs étant assez notoire pour les mettre à l'abri du soupçon injurieux de toute rétribution ». Il déclarait voulues les défaillances de son impression et l'insuffisance de son papier, sous
prétexte d'archaïsme, et comme il y avait presque autant de coquilles que de mots et que les errata eussent tenu trop de place, il proclamait non sans fierté :
« Le Décadent ne fait jamais d'erratum pour une coquille, même quand le sens d'une phrase en serait dénaturé. Il se fie à l'intelligence de ses lecteurs pour reconstituer la pensée de l'auteur. >>
Si le Décadent ne s'était composé que de ces seules joyeusetés de lycéens émancipés, il eût été inutile de l'exhumer de ses cendres. Mais la note fumiste était l'appât destiné à capter l'attention pour des fins plus sérieuses. Ces coups de grosse caisse, les plus subtils esthètes s'y résignaient, à commencer par Maurice Barrés qui faisait, le lendemain de l'exécution capitale de je ne sais plus quel criminel (Morin, je crois?), promener sur les boulevards des placards, avec ces mots : « Morin ne lira plus les Taches d'encre. » Tout le monde n'a pas le moyen d'offrir, en prime, une maison de campagne et de convertir les exemplaires de son journal en billets de loterie, comme le font certains grands quotidiens, pour se former une clientèle. Et puis cette attitude de pourfendeurs — étant donné qu'elle ne s'adressait qu'à des gens puissants capables de riposter — avec toutes ses injustices, n'était-elle pas plus
LES POÈTES DÉCADENTS. Sç
cr«âne, plus défendable, à coup sûr, que celle de nos arrivistes, piliers d'antichambres, plats valets de toute renommée influente?
Pour répondre à la curiosité du public et rendre notre doctrine plus saisissablc, nous avions tenté d'incarner en Arthur Rimbaud le type idéal du Décadent. On le disait disparu à jamais de notre horizon, retourné à l'état nature, roi d'une peuplade sauvage. Sa vie peu connue restait enveloppée de légendes.
Les lettrés étaient à la recherche de ses œuvres perdues. C'est alors que l'idée nous vint de publier, sous sa signature, des sonnets du style décadent le plus pur, idoines, dirait Tailhade, « à exaspérer le Mufle >>. Pour que la supercherie se couvrit d'une apparence d'authenticité, nous n'hésitions pas à les faire paraître mutilés. Et nous annoncions ainsi une édition prochaine des œuvres du maître, miraculeusement retrouvées :
« D'aucuns messages épistolaires du Ponant et de l'Orient advenus en les Bureaux de la Décadente Ecriture, interrogent — dubitatifs — la foi de notre du Plessys touchant V authentique des Poèmes — comhie^i trop rares! — par nos soins pieux colligés — du paradisiaque Rimbaud.
« A ces correspondants timorés et pour que de
leurs Intellects, où jamais le Rêve n'outrecuide, soient, itérativement, les syndérèses amorties, nous indiquons volontiers les Sources — que bénédictes soient leurs Eaux — d'oîi profiua jusqu'à nos réservoirs, ce Fleuve de Lyrisme et de Véracité.
<< Trois pièces, dont le vélin défailli mais irréfutable, permane exposé aux regards (i), nous viennent du Professeur Marcus van Hiffergue, de V Université de Groningen qu'illumina Rimbaud pendant son hégire à travers les Pays-Bas. Ce sont: les Cornues, Doctrine et l'Oméga blasphématoire ici-contre divulgué.
« Le surplus nous fut mandé par Don Esteban, Inigo-Luis-Josaventura-Forcamideros, baron de VAssuncion, richomme guipuzcoan, émigré depuis quelques lustres aux bords du Rio Salado et qui nous partagea les mandements suprêmes de V admirabonde Voyageur.
«Par nos soins, premier que déclinent les septembrales journées, s' affirmera, colligée en un rare volume, cette glane d'après-midi, si pleine de Vomissures et d'Azur I
<< Nous postposerons, à la suite, des variantes contradictoires propres, comme il nous semble, pour
(i) On lisait ea note : < Aux bureaux du Décadent ».
LES POÈTES DÉCADENTS. (jl
(lénuer les lacunes et masquer les effondrements, heureux si nous érigeâmes ce << Grande signum et
! signe >> qu'atteste, dans une prose épiphanique, ,c Missel de Cluny, si nous pûmes restituer aux Lettres humaines ces Reliquaires jusqu'alors épars : les Rythmes effeuillés du Divin Jeune Homme, pareils aux clous d'or que sème, en la frappant du '^icd, V Hippogriphe conculcateur de l'Omnipotente I >éotie. >>
Voici quelques échantillons de cette littérature :