‹ La mêlée symboliste (volume 2)Chapitre 18 sur 38 · LE LIMAÇON · texte numérisé non relu

LE LIMAÇON

L'Insénescence de l'humide argent accule La glauque vision des possibilités Où s'insurgent, par telles prases abrités. Les frissons verts de la benoîte Renoncule.

Morsure extasiant l'injurieux calcul,

Voici l'or impollu des corolles athées.

Choir sans trêve ! Néant des sphynges Galatées !

Et vers les Nirvanas, ô Lyre, ton recul !

La mort... vainqueur... et redoutable :

Aux toxiques banquets où Claudius s'attable

Un bolet nage en la saumure des bassins.

Mais tandis que l'abject Amphictyon expire, Eclot, nouvel orgueil de votre pourpre, ô Saints ! Le lys ophélial orchestré pour Shakespeare.

SONNET

Il splendit sous le bleu- d'athlétiques natures Dont le roc a fourni les éléments altiers : Les fontes et l'airain de leurs musculatures Excèdent les parois des divins compotiers.

Leurs biceps ont des fûts robustes de mâtures ; Leur timbre tient son or des célestes Luthiers, Et, nourris du fort miel des doctes confitures, La Santé, sous leur peau, couve ses églantiers.

Car de glaces, ô Femme impure ! à tes Malices Leur cœur d'aube fleurit comme un doux cyclamen, Et sacrant leurs seize ans aux candeurs de calices.

Le hautain contempteur des sordides hymens,

Anteros aux yeux d'or cuivre de ses déhces

Le concombre inclément de leur vierge abdomen.

Ce n'étaient même pas ici des pastiches de Rimbaud. Rien ne ressemblait moins à sa manière, sauf peut-être les deux quatrains du dernier sonnet, mais les falsificateurs avaient beau jeu, puisque, un petit lot de lettrés mis à part, Rimbaud n'était encore connu que de nom. C'était donc un cadre commode pour intercaler nos billevisées.

Bientôt l'implacable Réalité se plut à démolir e palais de songe où nous voulions asseoir notre idole. Des bribes d'interviews, des correspondances de famille dévoilées, des poèmes retrouvés, venaient restreindre le champ de la fantaisie. Notre Rimbaud, que nous imaginions une sorte de Salomon, pasteur de peuples, entouré d'une pompe nègre, s'avérait simple voyageur de commerce. M. Paterne Berrichon, projetant des rais de lumière crue sur cette vie aventureuse, la dépouillait de son mystère. L'illusion n'était plus possible. Ah ! qui dira le tort des démolisseurs de légendes! Nous hésitions, l'âme en peine, ne sachant quelle figure investir du rayonnement de l'Absolu, lorsque l'un de nous découvrit à propos le néphélibate Mitrophane Crapoussin

« dont le chant de cygne perspicace, affamé du non-être, sur l'étang des Luxures, lamentait le lotus aboli >>. Et, un beau jour, les pages du Décadent se magnifièrent de cet « Avis » insolite où la venue du Roète-phénomène était, à grand renfort d'orchestre, notifiée :

<< Que le Cistre redonde et que jubilent nos cithares ! Déchaînés aussi, mais liturgiques, sur les dômes et par les vais, que le tympanon et la saquebute; que les cymbales clair-sonnantes et les harpes funéraires; que le psaltérion décacorde ; que la viole d'amour et les orgues de douleur; que les flûtes onaniaques des ithy phalliques adônies; que les trompettes écartâtes, les buccins de pourpre et de sinople, les tubas; que les clairons vermeils ; que les hautbois agrigentins ; que le tambour des Mimallonnes où s'effare l'Evohé; que le cri des Thyades et le rugissement des panthères ; que la fureur des Béhémoth et le souffle du Léviathan; que l'onagre et l'étalon gorgé de chair humaine ; que la licorne et l'unicorne ; que l'hircocerf et le caprimulge ; que le guivre et l'alérion; que l'âne priapique aux dons joyeux, vocifèrent la louange de ce poète bien venu... >>

Ce faire-part de naissance continuait longtemps sur ce ton et le Timbalier ne manquait pas d'ajouter :

« Par un jeu coutumier à la professionnelle iiodestie, l'Auteur, exposa naguère, sous des noms aimés, ses poèmes, aveuglants joyaux, curieux de savoir, peut-être, ce que la vitre du pseudonyme interposée entre son œuvre et lui absorbait de rayons.

<< Sigillées d* Arthur Rimbaud, d'Ernest Raynaud, le Maurice du Plessys, de Laurent Tailhade, iiaintes strophes ont fulguré que ces bons écrivains restituent pieusement au, Maître admir abonde qui leur -fit cette gloire de vêtir quelque temps leur personnalité.

« Les Cornues, Oméga blasphématoire, etc., où se délectèrent nos féaux, appartiennent dans V éternité au bienheureux

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