‹ La mêlée symboliste (volume 2)Chapitre 30 sur 38 · LAURENT TAILHADE A L'HOPITAL · texte numérisé non relu

LAURENT TAILHADE A L'HOPITAL

sympathies. Certes ! ce fils d'Apollon lance aussi vigoureusement les flèches que les rayons. Il imit à la vigueur de Tyrtée la verve malicieuse d'Aristophane. Comme Achille, lorsqu'il paraît, Tailhade jette dans le camp ennemi une soudaine épouvante, mais il n'a rien d'un fanatique, et il tolère chez ses amis l'indépendance des sentiments. Je le soupçonne même d'avoir moins de haine contre les personnalités qu'il malmène que contre les idées qu'elles représentent. Il lui arrive quelquefois d'oublier un nom en route, le temps d'une édition nouvelle. Ce qu'il vise, c'est, avant tout, la puissance du préjugé, la tyrannie de la sottise. Il faut lui rendre cette justice qu'il ne s'attaque qu'à des puissants du jour, qualifiés pour lui répondre par la plume ou par l'épée, et qu'on le trouve toujours du côté des opprimés, des affamés de justice et de vérité. Il peut bien lui arriver de se méprendre. N'at-il pas dit lui-même : « Le Pauvre Monde est sujet à l'Erreur » ? Mais, au moins, soufïre-t-il qu'en sa présence on dise du bien de ses ennemis, et, justement, le voici qui cause amicalement avec Ledrain qui vient de consacrer, dans la Nouvelle Revue, Marie Krysinska, chef de l'école symboliste. Je l'ai vu tout à l'heure écouter de la bouche d'un poète roman l'éloge.de Moréas. Un

jeune esthète> à sa barbe, défend Jean Lorrain. << Non, messieurs, s'écrie-t-il, vous n'empêcherez pas Jean Lorrain d'être, parmi les chroniqueurs de la grande presse, le plus digne d'être lu. C'est l'Aurélien Scholl de notre génération. Il a du style, de la fantaisie, du brio. C'est peutêtre le Seul (j'entends des fournisseurs habituels de nos grands quotidiens) qui ne soit pas assommant et qui ne se croie point obligé de pontifier, avec des phrases solennelles. N'est-ce donc rien, cela, à une époque où les vaudevillistes euxmêmes se font directeurs de conscience? Et puis, c'est le seul qui ait compris ses devoirs de critique. Depuis dix ans qu'il est sur la brèche, il n'a jamais cessé d'encourager les talents naissants, de mettre en lumière les génies méconnus. s II ne s*est produit aucun effort dans les arts ou dans les lettres qu'il n'ait accueilli avec sympathie. Aucune formule ne lui est restée étrangère. Il a parlé de tout et de tous avec intelligence, loyauté et désintéressement. Il n'a pas attendu, pour signaler les vers du noble poète Henri de Régnier, qu'il fût devenu adémicien. Comparez cette attitude avec celle de MM. François Coppée, Catulle Mendès, Anatole France, Armand Silvestre, qui, depuis un quart de siècle, régnent despotiquement sur la presse et qui n'ont usé

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