CONCLUSIONS
Vigny et Hugo, si dissemblables, sont tout de même enrôlés sous l'étiquette romantique. Sully Prudhonmie et Coppée, qui n'ont rien de commun, sont, par la critique, réunis sous la même étiquette parnassienne. Il y a le Sjmibolisme de Gustave Kahn, celui de Henri de Régnier, celui de Vielé-Griffin, celui de Charles Morice, celui de Maeterlinck, celui de Verhaeren, celui de Jean Moréas. On trouve même chez les symbolistes des poètes comme Albert Samain et Laurent Tailhade, restés fidèles à la formule parnassienne, mais tous sont imprégnés du même esprit nouveau et se marquent initiateurs par un certain côté de leur doctrine.
Le Symbolisme fut émancipateur. H a illustré cette vérité que la Poésie n'est pas contenue dans une question de forme et il peut se prévaloir d'un riche apport psychologique. La plupart des poètes ont repris de Baudelaire le mode de se raconter, comme dit Laforgue, sur un ton modéré de confessionnal. Le Symbolisme a introduit en Art un goût de spiritualité et le sens du mystère. Il est une des manifestations de cette Loi de Progrès incessant qui régit le Monde et qui fait que le moins tend au plus, « l'inconscient au conscient et le conscient au divulgué »>. Les symbolistes ont en effet acquis au conscient
l80 LA MÊLÉE SYMBOLISTE.
une bonne somme d'inconscient. Ils ont entrepris résolument la conquête du Moi ; ils ont défriché des terrains nouveaux, projeté une lumière vive dans les arcanes de l'être, éclairé des dessous jusque-là inexplorés. Ils ont enrichi et assoupli la langue.
C'est parce que nous dirons tout à l'heure leurs torts et leurs excès qu'il nous plaît d'insister aujourd'hui sur leurs vertus et les titres qu'ils se sont acquis à l'estime et à la reconnaissance des Lettrés.
EPHÉMÊRIDES POÉTIQUES 1870-1890
1870. — Emile Blémont: Poèmes d'Italie.