Sphinx du Danemark meurt sous un sort félon
Un sinistre palais du lugubre salon
Sur le blond fils de l'Aigle a refermé ses portes.
Une grâce de femme est dans ces trois enfants : C'est que tous trois sont faits, vaincus ou triomphants, Des grâces de Sarah qui fait toutes les femmes.
Et Phèdre et Jeanne d'Arc palpitent dans la chair
De ce Lorenzaccio qui prépare les lames
De l'Hamlet, Aiglon noir, de l'Aiglon. Hamlet clair.
Ainsi Sarah Bemhardt a joué un rôle dans révolution symboliste en se pliant à son esthétique extérieure et en la diffusant.
En attendant, les poètes de la Renaissance
(i) La Plume, n^276.
l8 LA MÊLÉE SYMBOLISTE.
exaltent Baudelaire. On sent que sa mémoire leur est chère et l'emprise sur les cerveaux de ce génie, encore si contesté, et que les symbolistes brandiront comme un drapeau, s'avère chaque jour grandissante.
En 1873 parurent trois volumes auxquels d'ailleurs personne ne prit garde, mais qui auront une grande répercussion sur le mouvement symboliste :
Une Saison en enfer, d'Arthur Rimbaud.
Les Amours jaunes, de Tristan Corbière ;
Le Coffret de Santal, de Charles Cros.
En 1874, Cros publie la Revue du Monde nouveau, qui n'eut que quelques numéros, mais où collaboraient Stéphane Mallarmé, Léon Dierx, Villiers de l'Isle-Adam, Germain Nouveau, Zola.
LES ZUTISTES
11 me fut donné de connaître Charles Gros, un des soirs de l'hiver 1883, à la maison de bois. La maison de bois était un chalet suisse à l'usage d'estaminet sis 139, rue de Rennes. Elle existe toujours, mais a changé de destination et la façade en est masquée par une construction neuve. Cette sorte de baraquement faisait tache dans le correct décor de pierre d'alentour. Comme il était en
trait de l'alignement et de la mode, il semblait en retrait de la vie. La foule le méprisait, passait devant sans s'y arrêter. Ses deux vastes saUes, celle du rez-de-chaussée, garnie d'un billard, et celle de l'étage, ornée d'un piano, semblaient, sous la surveillance d'un garçon fantôme, se morfondre dans l'attente d*im cHent improbable. Cette solitude plut à Charles Cros qui logeait en face et qui abandonna pour eUe le café de Versailles où, chaque soir, il allait rejoindre Coppée, Richepin et Raoul Ponchon. Le lieu lui parut propice pour s'affranchir de la «cohue des gens trop laids». Il y convoqua ses amis. L'ordre des Zutistes était fondé.
Les réunions avaient lieu dans la salle du bas, le jeudi soir. Le patron, porté à la lésine, y rationnait le gaz de telle sorte qu'il n'y flottait jamais qu'une demi-clarté et que l'arrière-fond restait noyé d'une ombre tenace, qu'accentuait le nuage aggloméré des fumeurs. Parfois un couple s'y dissimulait, trahi aux intervalles de silence par son seul chuchotement. Térence Gros, le neveu du poète, y avait introduit \me coutume de courtoisie. Les arrivants étaient salués d'une petite rumeur d'attention et de leur nom jeté à haute voix. A la table d'honneur. Gros se tenait, tantôt pétillant de paradoxes et d'entrain, tantôt (il était sur son décHn) écroulé contre le mur, anéanti dans une torpeur silencieuse. La présidence effective était alors accaparée par son fidèle lieutenant, son inséparable Louis Marsolleau. Ge dernier, dans tout l'éclat de son premier printemps, était la vedette du lieu.
A Rebours avait paru. La mode était aux élégances mièvres et raffinées. Marsolleau, levé, quittait sapipe, et récitait d'une voix dolente des vers
charmants :