‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 51 sur 155 · GF E E II · texte numérisé non relu

GF E E II

le - lu - ta.

E F Ga a G G

L val - de, al - le - lu - ia.^

d) Cantilène du V^ mode finissant en IP, ou mélodie hypolydienne déplaçant sa terminaison de la fondamentale à la médiante. Le cas est analogue à celui du chant iastien Ipse praeibit (p. 202), mais la transition s'opère en sens inverse. Là c'est la conclusion exclâmative (intense) qui a précédé; dans le présent exemple la cadence affirmative (normale) paraît être la plus ancienne. Les deux formes coexistaient au temps de Réginon, et jusqu'à nos jours chacune d'elles a conservé des partisans^

Thème 42, du V«.

Ec - ce Ma - ri -a ge - nu - it no - bis Sal - va - io - rem,

quem Jo - an - nés vi -dens ex - cla - ma - vit di - cens :

Fin originaire.

Ec-ce a-gnus De-!, ec-cequi toi- lit pec-ca - ta mnn-di, al - h - lu - ta.

Fin en Ile mode.

Ec-ce a-gnus De-i, ec-ce qui toi- lit pec-ca - ta mun-di,'^ al - le - lu - ta.

De OU. Nat. Dni ad Laud,

' Les quatre dernières ont repris leur terminaison primitive dans la plupart des livres de nos jours.

2 Même changement dans l'introït Victricem maniim. Gerb, Script., t. I, p. 231.

3 Plantin et Lambillotte ont la version en V^, comme l'antiphonaire du XlIJe siècle; Pustet, Solesmes, Trêves, Lyon exhibent la mélodie en IJe mode, très déformée, mais laissant encore parfaitement entrevoir la cantilène primitive.

4 Sur le déplacement des degrés au-dessous de la finale du II* mode, voir la seconde partie, chap. V, sect. III.

III. Mélodies dégénérées d'abord de IIP mode en I", et détournées ensuite de I" en VP (comme G loriosi principes, pp. 202-203). Parmi les morceaux conservés dans l'antiphonaire actuel, Réginon n'en désigne qu'un seul de cette espèce : Ascendente (ou Abeunte) jfesu in naviculam (th. 36). De son temps la mélodie originaire, à laquelle le IIP mode donne une fin si expressive, — un gémissement découragé, — se maintenait encore à côté de la forme doublement altérée, avec sa terminaison incolore et banale". Aujourd'hui cette dernière version seule subsiste.

Chant primitif, du III^ mode

A-scen-den - te Je - su in na - vi - eu - lam,

ec - ce mo-tus ma - gnus fa-ctus est in ma - ri :

et su - sci-ta-ve - runt e - um di - soi - pu-li e • jus, di - cen - tes

^=,=ig=''.ilb ■, ■■=^^

Do - mi - ne, sal - va nos, per - i - mus.

Loin. IV post Epiph. in Evang.

Chant dénaturé en 1er :

F G FGa a acFâ GF G GaG F EF F

A • scen - den - te Je - su in na - vi - eu - lam,

F FË D DC FGaGa GF

ec - ce mo-tus ma - gnus

F Ga abG GF

Do - mi - ne,

Terminaison actuelle en VJe:

GF gF ba FE ED D

sal - va nos, per - i - mus

GF gF Fa GaG F F

sal - va nos, per - i - mus.

ï L'antienne est mentionnée à la fois au Ille ton et au Vie.

IV. Cinquante ans avant Réginon, le moine Aurélien de Réomé cite une autre antienne de même genre, dérivée également du thème 36, et présentant cette particularité curieuse, qu'elle a subi toutes les altérations dont est susceptible un chant du IIP mode. En effet, la cantilène en question, Malos maie perdet, a dévié en deux directions opposées. D'une part, après avoir dégénéré, comme la précédente, de IIP mode en I", elle s'est détournée également de I" en VP.

Mélodie originaire, du III»

Ma

los ma - le per - det,

et vi - ne - am su - am îo - ca - bit a - li - is a - gri - co - lis,

qui red-dant e - i fru-ctum tem - po - ri - bus su - is.

Fer. VI post Dom. II Quacir. in Evang.

Mélodie dénaturée en I" mode :

B. gzi.

Ma - los ma - h per - det,

et vi - ne - am su - am lo - ca - bit a - li - is a - gri - co - lis.

- 1 -■ . Il

qui red-dant e - i Fin détournée en VJe :

fru-ctum tem - po - ri - bus

su - is.

- fru-ctum tem - po - ri - bus

su ■ is.

D'un autre côté le chant primitif a passé directement, par un simple changement de la cadence finale, en VHP mode (comme Et respicientes, p. 215).

2i8 CH. VII. — ALTERATIONS AVANT REGINON.

Début originaire en III^ :

Ma - los ma - le per - det,

et vi - ne - am su - am lo - ca -bit a • H - is a - gri - co - lis,

qui red-dant e - i

Fin détournée en Ville D.

/ru-cium tem • po - ri - bus su - is.

De ces quatre formes modales, trois se partageaient l'usage au IX^ siècle. Réginon n'enregistre que le chant du IIP mode (A); Aurélien mentionne les versions du VP et du VHP (C et D)'; seule la mélodie du protus (B) ne se montre nulle part. Au bout de mille ans rien n'est changé : les trois mêmes versions se rencontrent dans nos antiphonaires, et aucune d'elles n'a réussi à évincer les deux autres^ Tant il est vrai que, même dans ses anomalies, le chant de l'Eglise catholique manifeste son caractère d'immutabilité.

§ 15g. Sauf quelques rares cas discutables, réservés pour le catalogue analytique, nous avons fini de passer en revue les cantilènes que nos deux plus anciens documents signalent expressément comme modifiées. Il nous reste à mentionner les antiennes déjà altérées assez longtemps avant Réginon, et qui à

» « Antiphona quae initium habuerit authenti deuteri et finis ejus finierit de plagis « triti, non finietur de plagis triti sed de [plagis] tetrardi : quia in semet retinent « quamdam connexionem authent[us] deuter[us et] tetrardus in sui fine. Antiphona « hujusmodi haec est : Malos maie perdet. » Gerb. Script., t. l, p. 46. Ce que je traduis : « Toute antienne ayant son début en Ille mode et se terminant en Vie, ne finira pas « réellement en Vie, mais en Ville. Car le Ille mode et le tétrard ont entre eux une « certaine parenté, par rapport à leur conclusion. » (En effet la psalmodie du III» finit souvent sur la corde principale du tétrard. G.) On voit qu' Aurélien ne s'expliquait pas la coexistence des versions C et D, et son texte m'a longtemps induit en erreur. La découverte des trois formes modales de l'antienne Hodie Christus natus est (ci-dessus, p. 204) m'a donné la clef de l'énigme.

2 Pustet et Solesmes ont le Ille mode, Plantin a le Vie, Trêves le VIII*.

son époque n'étaient plus senties comme anormales. Pour les découvrir nous avons eu comme guide l'analyse comparative des mélodies, appuyée sur les observations déjà recueillies. En effet, ayant appris à connaître, à l'aide des changements constatés pendant la période documentée, les variations modales réellement possibles, leurs causes déterminantes, et les thèmes, fort peu nombreux, auxquels elles s'appliquent, nous avons pu, sans difficulté, distinguer les antiennes qui ont subi une modification quelconque et les rétablir, presque toujours à coup sûr, dans leur forme primitive.

Cette troisième exploration de notre source principale n'a ajouté qu'une petite quantité de mélodies altérées à notre liste. Ici nous laisserons de côté celles dont la restitution est en partie conjecturale.

I. Deux antiennes attribuées au protus, sans aucune observation, doivent être transportées au IIP mode (thème 36). Leur mélodie dans ses inflexions les plus caractéristiques est manifestement identique à celle de Domine qninqtte talenta (p. 194).

Do - mi - ne, si hic fu - is - ses, La- za-rus non es - set ntor - tu - us:

ec - ce jam foe - tet qua • tri -du - a - nus in mo - nu - men - ta.

Fer. VI post Dont. IV Quadr. in Evang.

Do -mi - ne, si tu^ vis, po-tes me mun-da - re '^ ■■ M»i ■ *^ I ËB «■?■__ .

et a - it Je - sus : Va - lo, mun - da - re.

Dont. III post Epiph. in Evang.

II. Une des cantilènes que Réginon, d'accord avec les antiphonaires modernes, assigne au V^ mode, se révèle au premier aspect comme provenant d'un thème fréquemment dénaturé

ï De même que le Resp. greg. Réginon a le pronom.

du VIP {Caro mea, p. ig8), et sa mélopée première se reconstruit d'elle-même.

Non in so - lo pa - ne vi - vit ho - mo.

sed in om - ni ver - bo qnod pro • ce - dit de o - re De - i. Dont. I Quadr. in Evang.

III. La suivante antienne du psautier (Sabb. ad Vesp.), que tous les antiphonaires actuels font du VP mode,

FGaFGFÊD FGGF||

Be - ne-di-ctus Do - mi - nus De- us me - us. Ps. 143.

est assignée par Réginon au IV^.

FGaFGFËD EFGEE|I

Be - ne - di- ctus Do - mi - nus De - us me - us.

Or les deux formes sont indépendantes l'une de l'autre (un IV^ mode s'égarant en VP, ou vice-versa, est sans exemple); elles ne s'expliquent que par la préexistence d'un chant en protus (thème i), source commune des deux précédents.

FGaFGFËG FEDD||

Be - ne - di - ctus Do - mi - nus De - us me - us.

En effet nous avons vu plus haut le I" mode tourner en IV' (pp. 201, 214) aussi bien qu'en VP (pp. 200, 214).

IV. Enfin trois chants antiphoniques rangés parmi ceux du VHP mode {Sapientia clamitat in plateis, Dum venerit Paraclitus, Dixit Dominus mulieri Chananaeae) trahissent avec évidence un état postérieur, tant par leur début extraordinairement grave (une quinte ou une quarte au-dessous de la finale), que par leur thème nomique, inséparable de l'iastien normal et de ses variétés. Tous les trois ont été partiellement transposés à la quinte inférieure {comme Jérusalem gaude, p. 212). La première mélodie y a perdu toute son énergie expressive. En effet, l'énorme abaissement du diapason a eu pour résultat d'annuler l'intention pittoresque suggérée par le texte Sapientia clanùtat in plateis^ si frappante

lorsque le dessin est réintégré dans son parcours primitif, à l'extrême aigu de l'échelle commune'.

vile mode.

Sa - pi - en - ti - a cla - mi - tat in pla -te - is

SEf^ï^iE^

Si quis di - H • git sa -pi - en - ti-am, ad me de - cli - net,

et e - am in - ve - ni - et

I^^E?^E?E^!^ÎEHE?E!EiEi3E;:

et cnm in - ve-ne-rit, be - a-ttis e-rit, si te -nu - e - rit e-am.^

De Sap. Salora. (Sabb. ante Dom. IV Aug. ad Magn.).

§ 160. Nous avons atteint le terme extrême de nos recherches sur l'histoire des cantilènes de l'office romain, ce qui nous reporte approximativement jusqu'à l'époque du pape Hadrien et de Charlemagne, vers la fin du VHP siècle, cent ans à peine après l'achèvement du répertoire antiphonique. Au delà, nous n'apercevons plus qu'une collection de mélodies exemptes de toute apparence d'altération.

Il nous est possible maintenant de donner une réponse suffisamment précise à la question posée au début de ce chapitre. Des 951 antiennes que nous avons recueillies chez Réginon et ses contemporains, 280 à peu près ont subi une altération quelconque^ mais les quatre cinquièmes d'entre elles se laissent reconstituer d'un bout à l'autre avec une certitude complète, et presque toutes les autres sont réparables, au moins quant aux traits essentiels de leur dessin mélodique. Une demi douzaine d'antiennes seulement sont restées pour moi tout à fait énigmatiques, quant à leur primitive forme musicale. On est donc fondé à dire,

» L'antienne jumelle Sapientia aedificavit sibi domum, composée sur le même thème (27J, mais moins étendue vers le haut, a continué à se chanter en VII^ mode jusqu'à nos jours.

2 La reconstitution mélodique des deux autres antiennes présentant quelques parties conjecturales, nous la renvoyons à notre catalogue (th. 27).

3 Elles sont marquées d'un astérisque dans notre catalogue thématique.

sans forcer la vérité, que nous possédons réellement, dans son ensemble, le recueil des mélodies antiphoniques formé entre 450 et 680.

Comment expliquer cette conservation étonnante à travers la période la plus obscure de l'histoire européenne ? Selon nous elle fut l'œuvre des moines. En retirant au clergé séculier le service des heures canoniques à la basilique de Saint-Pierre, pour le confier à une congrégation conventuelle dirigée par un chef unique, Léon le Grand assura de la manière la plus efficace la fidèle transmission des cantilènes de la liturgie occidentale. Abandonné aux influences du dehors, le chant latin se serait transformé de siècle en siècle, comme la musique mondaine, comme la mélopée de l'Église byzantine', et n'aurait pas tardé à devenir méconnaissable.

Sauf l'introduction plus ou moins fréquente du bémol dans l'octave hypolydienne^, premier pas vers l'unification du mode majeur, les modulations antiphoniques, stéréotypées par l'exécution quotidienne et par un enseignement continuel, n'ont éprouvé sans doute aucun changement notable tant que l'autorité en cette matière est restée concentrée dans la corporation des chantres pontificaux. Les déviations auront commencé à se produire après la diffusion de l'Antiphonaire au nord des Alpes sous Pépin et Charlemagne, lorsque les centres d'instruction musicale se multiplièrent dans le royaume frank et que le prestige des maîtres de l'école romaine allait déclinant. Mais, à ce moment même, l'esprit monastique sauvegarda encore une fois la tradition et l'intégrité du chant ecclésiastique en créant une littérature didactique et en vulgarisant l'usage de la notation,

La pratique persistante, universelle, de cet art vénéré, et immuable par destination, pendant les longs siècles où l'art profane, en voie de transformation continue, cherchait laborieusement sa route vers un monde sonore insoupçonné de

1 Plusieurs échelles de VOdoechos de l'Eglise orientale actuelle sont incompatibles avec la théorie gréco-romaine, et se retrouvent, d'un autre côté, dans les mélodies slaves et arabo-persanes.

2 Encore n'est il pas certain que cette métabole ait été inconnue aux Anciens. Voir le passage de Ptolémée, p. 54.

l'antiquité, c'est là un phénomène unique, ce semble, et qui a dû exercer une influence incalculable sur les destinées de la musique européenne. Là peut-être est la cause intime de son développement original, le secret de sa nouveauté, de sa puissance. L'œuvre prodigieuse de Bach, dont aujourd'hui on commence à deviner la grandeur, n'est-elle pas, pour ainsi dire, le confluent oij viennent aboutir et se mêler les deux courants séculaires?

§ 161. Il ne nous reste plus qu'à aborder la partie démonstrative de ce travail. Nous l'avons conçue comme un catalogue thématique des antiennes de l'oflice romain déjà employées au IX^ siècle et conservées jusqu'à nos jours. Les mélodies y sont rapportées aux modes gréco-romains et aux thèmes nomiques dont elles dérivent; de plus elles sont rangées par époques, d'après le système exposé au précédent chapitre. Nous avons rétabli les mélodies dans la forme la plus ancienne à laquelle il nous a été possible d'atteindre', en nous aidant de toutes les sources, de tous les éléments critiques dont nous disposons^.

» Les sons ou passages restitués d'une manière plus ou moins conjecturale sont entre crochets.

2 Nos sources anciennes ont été citées fréquemment et décrites dans les pages précédentes. Voici l'indication précise des recueils modernes qui ont été utilisés pour notre travail :

1° Antiphonariiim et Psalterîum jtixta ordinem breviarii romani, 3 vol. in-fo. Ratisbonne, New-York et Cincinnati, Pustet, 1881.

2° Antiphonale romanum, i vol. in-f°. Anvers, Plantin, 1773.

3^ Liber antiphonarius pro diurnis horis juxta rittim monasticum, et les autres livres de chant {Processionale, etc.) publiés pendant ces dernières années à Solesmes.

4° Antîphonariiim romanum (de Lambillotte). Paris, Adr. Leclère, 1857.

50 Antiphonale juxta usum eccl. cathedr. Trevirensis. Trêves, Grach, 1864.

6° Paroissien romano-lyonnais. Lyon, Pélagand fils, 1870.

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