‹ La mélopée antique dans le chant de l'Église latine. Suite et complément de l'Histoire et théorie de la musique de l'antiquitéChapitre 98 sur 155 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

CANTILENES lASTIENNES (suite) ET HYBRIDES.

§ 177. Quatre combinaisons de Vlasthis varitis s'offrent ici à notre examen : 1° des cantilènes en iastien normal, terminées incomplètement sur la dominante aiguë, 2° des chants en iastien intense, finissant sur la médiante de la triade modale (pp. 14-15; 72, III; go); 3° des mélodies dont le thème est iastien et la conclusion éolienne; 4° des chants débutant en éolien, et opérant leur cadence finale sur la médiante iastienne; par exception sur la fondamentale. Aucune de ces variétés modales ne possède de nomes propres; toutes partagent leurs thèmes avec des formes terminées sur une fondamentale.

Section I. — Chants de V iastien incomplet, se terminant sur le 5= degré ascendant de Véchelle modale (d).

§ 178. Si ce genre de mélodies remonte aux temps du paganisme, ce que nous laisserons indécis, il a dû être considéré alors comme une des formes exceptionnelles de l'iastien normal, et son usage n'a pu être bien fréquent. Des cantilènes finissant tout à l'aigu de leur parcours ne conviennent qu'à de courtes phrases exclamatives ou interrogatives, éléments accessoires du discours poétique. Très rares également dans la liturgie latine, les formes modales en question y ont néanmoins apparu de bonne heure,

320 lASTIEN INCOMPLET (Tétr. auth., viiie irrég.)-

témoin le chant du symbole de Constantinople, dont l'antiquité ne paraît pas douteuse'.

5 — ■ ■ - ■ " — TZMTIZ —^5

Cre-do in n-nnm Detim, Pa-trem o-mni-po-ten-tem, fa - ctorem cae-li et ter-rae,

sizb:

vi - si - bi - H - uni o - mni-um

et

in - vi - si - bi -H- uvi 2.

§ 179. L'office des Heures renferme aujourd'hui, juste comme il y a mille ans, quatre petites antiennes appartenant à la présente variété modale. Trois d'entre elles, issues d'un thème commun, étaient alors assignées au VIP mode (pp. 120-122) ; la quatrième paraît avoir été mêlée de tout temps aux cantilènes du VHP. Toutes, dans les recueils liturgiques de l'époque actuelle, sont transposées à la quinte grave.

Thème 28, primitif (G a cd d e c d) : apparemment la forme originaire du nome polyirope. Réginon le range dans la classe principale du VIP mode. Aujourd'hui, quand sa terminaison n'a pas dévié, ce thème s'adjoint une psalmodie particulière, le tonus peregrinus, et constitue à lui seul une variété modale, le VHP irrégulier (p. 121).

Antiennes de la i^ époque :

Nos qui vi - vi - mus, be- ne- di - ci-mus Do- mi- no. Cf. pp. 91, 120, 122.

Lyon en a fait un iasti-éolien (thème 31).

Variante formée par l'addition d'une anacrouse, l'appoggiature aiguë de la fondamentale iastienne^.

aGaccdd edeedcfecedd||

Mar-ty-res Do - mi - ni, Do-minum be-ne-di- ci-te in ae-ternum. (Cf. p. 122)

De plur. Mart. ad Laud. Déformée chez Plantin et Lambillotte; terminée en IVo chez Pustet.

1 Pendant la domination byzantine à Rome fsss-yas), le rituel du baptême comprenait deux récitations chantées du Symbole, la première en grec, la seconde en latin. Voir le sacramentaire gélasien dans Muratori, Liturgia romana vêtus, t. I, p. 540 et suiv. Il y a trace de cet usage en Angleterre. Chappell, Use of the Greek language in the early service books of the Church of England, dans The Archœologia, vol. 46.

2 La conclusion musicale du Credo se fait par un Amen en IV= mode.

3 La Commemoratio transcrit en notes une antienne psalmique de cette espèce, In templo Domini (ci-dessus, p. 122).

lASTIEN INCOMPLET (Tétr. auth., vine irrcg.).

Thème 28.

ede edcfe c edd|

Do-minum be-ne- di-ci- te in ae-ternum.

a G a c cd d

An-ge - H Do -mi - ni.

De s. Mich. ad Laud. Déformée chez Plantin et Pustet. Lyon donne un dcbut correct, mais il a, comme Pustet, la psalmodie du Ville.

La dernière mélodie de cette espèce a un thème absolument isolé dans TAntiphonaire, et qui en commençant fait entendre toute la triade éolienne (a c e). On pourrait donc ranger cette antienne dans la seconde catégorie des hybrides (voir ci-après section IV).

"a ced d e d c!:f a cd da cd ed c de e ed tjc êë d 1|

Spi-ri - tus Do-mi-ni re-ple - vit or - bem ter-ra-rum, al - le - lu- ia.

De Pentec. ad Laud, L'introït du jour est composé sur le même thème.

Section II. — Antiennes de Viastien intense,, finissant sur le 3^ degré ascendant de l'échelle modale (tj).

§ 180. Un court fragment de Pratinas et un vers d'Eschyle parlent de cette variété modale au V^ siècle avant J. C. Sous l'empire romain il n'en est plus question. Toutefois l'oubli de l'ancien nom n'implique pas la disparition de la chose. On ne mentionne pas davantage à la fin de l'antiquité l'iastien relâché, dont nous avons cependant un long spécimen. Il y a lieu de supposer que les deux formes secondaires de l'harmonie iastienne étaient englobées alors dans la dénomination générale de mode iastien (ou hypophrygien). Ceci est d'autant plus vraisemblable qu'une promiscuité analogue existait primitivement dans le chant liturgique. L'iastien intense ne fut séparé du normal, le IV^ mode ne se distingua du VIP, qu'après l'établissement de la théorie ecclésiastique, lorsque le son final de l'antienne fut devenu le régulateur suprême de la modalité, et que l'on eut été amené, par une fausse analogie d'échelle, à réunir l'iastien intense au mode dorien (p. 112).

Encore cette doctrine mit-elle des siècles à pénétrer la pratique entière. Chez Aurélien de Réomé les antiennes de l'iastien intense, quand elles ne sont pas mêlées d'autres éléments modaux, font partie du tétrard authente et prennent sa psalmodie (p. 205), en

322 lASTIEN INTENSE (Deut. plag., ive mode).

sorte qu'aux temps carlovingiens, le VIP mode latin contenait des mélodies terminées sur les trois sons de l'accord iastien (G, tj, d).

Tous les thèmes du IV^ mode ecclésiastique usités dans l'office des Heures se retrouvent, soit en VIP, soit, lorsqu'il s'agit de mélodies hybrides, en P"" mode'. Par l'absence d'une conclusion positive, la mélopée de cette catégorie composite de chants revêt un caractère empreint d'exaltation mystique^ (p. loo).

§ i8i. Les antiennes du IV^ mode qui commencent et finissent en iastien sont au nombre de 8g dans le tonarius de Réginon; elles y remplissent les divisions 2, 3 et 4. Nous les noterons au même diapason que les autres cantilènes bâties sur la fondamentale G, c'est-à-dire dans l'échelle par bécarre.

Thème 2g, Apnd Domimim (G a cd d e c d tf), la forme la plus belle et la plus répandue du nome polytrope ; ses dérivés remplissent chez Réginon la troisième division du IV« mode. C'est une mélodie fixe, à de rares exceptions près, qui revient à presque chaque page de l'Antiphonaire. Nous avons raconté plus haut l'histoire des altérations successives de ce groupe d'antiennes (pp. 205-211).

Antiennes psalmiques

ià^

* A-pud Do -mi - mim mi - se - ri - cor-di - a,

"ir~i^

et co - pi - o

De Nat, Dni ad Yesp.

a-pud e - um red-em-pti-o. Ps. 129.

*"G a G c cde d d" c d e de d d | d tje d Ga i; df; t} ||

Po-su-i-sti, Do - mi-7ie, su-per ca-put e-jus co-ro-nam pre-ti-o-so. Ps. 20.

De uno Mart. in III noct.

ï Exception apparente pour le thème 30, qui en VII^ ne forme pas un groupe d'antiennes, mais une cantilène isolée : Asswnpsit Jésus (p. 201).

2 Les définitions de Vethos du IV^ mode sont vides ou contradictoires chez les musicistes liturgiques. « Quartus harmonicus » : d'Ortigue, Dict. du plain-chant, art. Mode. « Per « plagin deuteri magnifiée aliquid extollere possumus. » Guy, De mod. form., p. 107. « Ce « mode est bas, humble, mou, langoureux... il prend quelquefois le haut ton du III^, etc. » Poisson, Traité du plain-chant, pp. 164-165.

lASTIEN INTENSE (Deut. plag., ive mode).

Thème 29,

* ' G a c cd d

dcdedcddlt^ecd GâptjtjH

E -le-va-ta est

ma-gni-fi-cen-ti - a tu- a super caelos al - le - lu-ia. Ps

De Ascens. Dîii in I iioct. Voir p. 171, note 7. Dans le même oiTice : Exaltait Domine, ps. 20 (R. T., ib.).

Antiennes de la 2^ époque :

*"G a cd d"

dcdedcddl

Ex Ae-gy - pto

vo-ca-vi fi-li-um me-um, etc., pp. 90, 112, etc.

*"G a cd d"

dcdedcddd|di;ecd Gai;dt|t|

E-go au -tan

ad Dominnm ad-spi-ci-am, et ex-pecta-bo.... Sal-va-torem meum.

Fer. VI ante Vig. Nat.

Dïii ad Laud.

*"G a cd d"

cdedcdditjecd tjcdctî

Di -xi vo - bis

jam et au - di-stis : lu-tum mi-hi di-ci-tur Je-sus.

Fer. 17 post Dom, IV Quadr. in Evang. Ant. Trev., p. 350.

*"G a cd d"

cdedcddli^ecd ^ d ^ ^

Si quis si - tit,

ve-ni-at et bi-bat : et de ven-tre a-quae vi-vae.

Fer. II post Dom. Pass

in Evang. Ant. Trev., p. 367. Texte actuel du romain : ventât ad me.

*"G a cd d"

cdedcdddijëcd Gatjdt^tj

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