A.— MATIÈRES COLORANTES ARTIFICIELLES
Tandis que la cellulose manifeste, comme on l’a vu, une fonction basique vis-à-vis des colorants, les composés pectiques témoignent, au contraire, d'une acidité évidente, puisqu'ils ne se combinent qu'avec les matières colorantes basiques. Les sulfates, chlorhydrates, iodures, etc., employés en teinture, colorent les composés pectiques en bain neutre, et un acide même faible entraine immédiatement leur décoloralion.
[ n'y a guère, dans les tissus végétaux, que la gélose des Algues qui se comporte comme les composés pectiques à l'égard des colorants basiques. Cette substance est colorée en jaune par l'iode, elle ne donne pas de coloration bleue, avec les réactifs 1odés de la cellulose (acide iodhydrique iodé, ete.) et retient énergiquement les couleurs basiques. Toutefois, sa solubilité complète dans l'acide chlorhydrique étendu de son volume d'eau, son insolubilité dans les alcalis permettent de la distinguer des composés pectiques insolubles, qui présentent un caractère inverse, puisqu'ils ne se dissolvent pas dans les acides et sont solubles dans les alcalis.
Les colorants basiques dont l'emploi en anatomie végétale est dû à Manain (/. ce.) sont très nombreux et appartiennent aux groupes les plus variés; ce sont:
1° Groupe azoïque : brun Bismarck (vésuvine, brun de phénylène, brun d’aniline), chrysoïdine ;
2% Groupe du Triphénylméthane : vert malachite (vert Victoria, vert nouveau, vert solide), vert brillant, bleu de nuit, fuchsine, violet de méthylaniline (violet de Paris, violet direct), vert de méthylaniline (vert de Paris, vert lumière), vert d’iode, violet d'Hoffmann (dahlia, violet à l'iode), etc.;
3° Groupe des Oxazines : violet solide, bleu de naphtylène R, en cristaux (bleu de Meldola, nouveau bleu), muscarine, bleu de Nil;
4 Groupe des couleurs de Thionine : bleu de méthylène ;
»° Groupe des Eurhodines : violet neutre, rouge neutre ;
6° Groupe des Safranines : bleu neutre, safranine T, phénosafranine,rouge de Magdala, mauvéine (rosalane, violet Perkins), etc.
Toutes ces substances sont solubles dans l'eau et doivent être employées en solution aqueuse. La plupart, cependant, présentent l'inconvénient de colorer de la même façon que les composés pectiques, les matières azotées : protoplasme, noyau, et se fixent aussi sur la lignine, la subérine et la cutine. Aussi n’y en a-t-il que quelques unes dont on puisse conseiller l'emploi parce que, si elles se fixent sur toutes ces substances, elles les colorent d'une façon différente que les composés pectiques : telle est la safranine qui, dans la lumière solaire diffuse, colore les matières azotées, la lignine et la subérine ou la cutine en rouge cerise, tandis que les composés pectiques sont colorés en jaune orangé ; le bleu de méthylène et le bleu de nuit qui colorent les matières azotées, la lignine en un beau bleu, {tandis que les composés pectiques sont colorés en bleu violacé. En outre de ces différences de nuances, l'addition d'un acide sous le couvre-objet (acide acétique, acide lactique) permet de distinguer les composés pectiques des autres substances colorées en même temps, car ils se décolorent dès que la réaction change. On a vu, en effet, que les matières colorantes ne se fixent sur les composés pectiques qu'à la condition d'opérer dans un bain neutre.
Mais il est toutefois préférable, pour avoir des préparations plus lisibles, d'employer des colorations doubles, obtenues par le mélange de deux substances différentes. Un mélange qui donne de
bons résultats est celui du bleu naphtylène R en cristaux et du vert
acide JEEE (Poirier), employé suivant la méthode indiquée plus loin.