RÉACTIONS COLORANTES DE LA CALLOSE
Les réactifs de la callose sont tous des matières colorantes artificielles, bien distinctes de celles des composés pectiques, et dont quelques-unes ne colorent pas, non plus, la cellulose. Elles appartiennentsurtoul au groupe du triphénylméthane. Ce sont l'acide rosolique ou coralline,qui teint la callose en rouge et qu’on emploie en solution dans le carbonate de soude, ou mieux encore les bleus alcalins résultant de la sulfonisation de la triphénylrosaniline. Les produits dont Main (4) conseille l'emploi, sont les bleus solubles, bleus coton, bleus papier, bleus de Bayer, qui ne colorent pas la cellulose, mais se fixent énergiquement sur la callose en bain acide; ils colorent aussi les matières azotées, et très légèrement les membranes lignifiées.
C'est surtout, comme on l’a vu, chez les Champignons que la callose est répandue ; il n’en est pas moins vrai qu’on la rencontre assez souvent chez les Phanérogames, où elle constitue non seulement le cal des tubes criblés, mais encore siège dans les organes les plus divers chez des plantes assez nombreuses.
Le plus souvent, on la trouve dans des membranes incrustées de calcaire (Urtcacées, fruits de certaines Borraginées). Dans les cystolithes, la callose revtre dansla constitution de la trame organique qui supporte le carbonate de calcium: elle occupe toute cette trame et manifeste, après la dissolution du calcaire, les ornements ou les sculptures de la surface (Pariétaire) ; elle montre, en outre, une stralification très nette (Ortie, Pariétaire, Ficus, etc )
Les poils calcaires sont souvent obstrués par des dépôts de
callose, comme on le voit dans l'Ortie ou dans le Houblon. Parfois, dans le Géranium, par exemple, la callose remplit presque entièrement la cavité des poils en formant une sorte de cordon cylindrique vermiforme, contourné sur lui-même. Enfin, dans les cellules bordant les poils à cystolithes ou les poils calcaires, on trouve des amas arrondis el stratifiés de callose, tantôt localisés dans la rosette de cellules entourant les poils, tantôt développés par une sorte d'irradiation, sur une étendue plus ou moins grande des cellules épidermiques (Myosotis, Vigne, Houblon, Pariétaire, ete.). Quoiqu'elle accompagne souvent le carbonate de calcium dans les membranes, elle existe pourtant parfois dans des tissus où ce sel fait complètement défaut : dans des poils ou des cellules épidermiques, dans beaucoup de grains de pollen ainsi que dans les tubes polliniques, où elle constitue les bouchons interrompant la cavité du tube. Enfin elle apparaît fréquemment dans les membranes des cellules de l'épiderme ou du parenchyme qui limitent les régions subérifiées, à la suite d'une mutilation de la feuille (déchirure, piqûre, elc.) ; dans ce cas, son apparition est liée à un phénomène pathologique encore mal défini, assez grave cependant pour compromettre la vie de la plante (Chou, Myosotis) (2, 3).
TECHNIQUE
Lorsqu'on veut rechercher la callose dans des organes, dans des poils ou des cellules épidermiques, on ne peut pas songer à faire des coupes, car on risquerait fort d'en faire un très grand nombre,sans rien voir. 1l est donc indispensable d'employer d'abord le procédé général suivant, qui permet d'examiner au microscope des étendues considérables de l'organe à étudier.
Des fragments d'organe sec ou frais sont mis en digestion dans l'alcool bouillant afin de chasser l'air qu'ils renferment; on les dépose ensuite dans une capsule renfermant la quantité d'acide azolique ordinaire et froid nécessaire pour les recouvrir (on doit toujours opérer sur de petites quantités pour éviter les projections). Au bout de quelques minutes, l'oxydation des matières azotées détermine une vive effervescence ; on attend qu'elle soit calmée pour laver les tissus à l'eau froide, puis dans l'alcool bouillant ; puis on fait digérer les fragments de feuilles pendant quelque temps dans l'eau ammoniacale froide, de manière à dissoudre la xanthoprotéine et ses dérivés.
Lorsque les tissus sont assez transparents on neutralise par l'acide acétique à 30, et on laisse macérer les organes dans les réactifs colorants.
Lorsque l'observation est faite au moyen de coupes, quand il s'agit, par exemple, de la recherche de Péronosporées, parasites de feuilles ou autres organes, ces coupes, après avoir élé trailées par l’eau de Javel, pour les débarrasser des matières plasmiques et lavées à l'eau, sont déposées sur le porte-objet, et on y ajoute quelques gouttes d'une solution très concentrée de potasse ou de soude caustique. (Le traitement par les alcalis a pour but, comme on sait, de ramener la callose à l'état d'affinité maxima pour les colorants. Dans le cas de gros fragments traités, comme plus haut, par l'acide azotique, c'est cet acide qui, en oxydant les membranes, permet d'arriver au même résultat.)
De toutes facons, pour avoir l'élection de la cailose, on fait une double coloration avec un bleu soluble mélangé à de l'Orseilline B B ou additionné de brun vésuvien acide. La callose prend une belle coloration bleue, et la cellulose se colore en rose avec l'orseilline B B. On se sert du brun vésuvien dans le cas où les matières plasmiques n'ont pas été enlevées ou ne l'ont été qu'incomplètement.
Le brun convient très bien pour l'étude des tubes criblés ou des grains de pollen, toujours riches en matières azotées. La teinte bleue de la callose tranche alors sur le fond brun de la préparation. On pourra aussi se servir d'un mélange de benzoazurine et de rosazurine. Quand on colore ainsi les Péronosporées dans les organes végétaux, la rosazurine se fixe sur le mycélium, les suçoirs et la gaine en les teignant en rouge, tandis que la benzoazurine colore en bleu la cellulose des membranes des plantes hospitalières (5).
Ces produits sont, comme toujours, employés en solution aqueuse. Il suffit de mélanger les liqueurs, préparées séparément au préalable. Remarquons aussi qu'on doit opérer en bain acide. On emploie soit de l'acide acétique, soit de l'acide formique à 3 0/0. Après l'action du mélange colorant, action qui doit durer quelques minutes, on lave à l’eau et on monte dans la glycérine aqueuse ou dans la gélatine glycérinée. Les préparations peuvent être conservées quelques mois sans décoloration. Quand on se sert des bleus solubles, on peut indifféremment employer ceux qui portent, dans le commerce, les marques suivantes : bleu Nicholson 6 B, bleu coton C 4 B (1); bleu brillant verdâtre pour coton, bleu papier V (2) ; bleus alcalins 6 B, bleus nouveaux G et R (3) ; bleu de Bayer D B F (4).
Les bruns acides colorent le protoplasma en brun, et parfois la cellulose
(1) Maison Poirrier et Dalsace, à Saint-Denis (Société anonyme des matieres colorantes et produits chimiques).
(2) Bayer et Cie, à Flers, près de Roubaix. Représentant, M. J. Kahrès, 23, rue d'Enghien, Paris.
(3) Léopold Cassela et C°, Anilinfarben Fabrik, Francfort-sur-Mein, Concessionnaire en France: Manufacture lyonnaise des matières colorantes, 3, place Morand, Lyon.
(4) Neuville-sur-Saône. Badische Aniline soda Fabrik.