S V. — AUTRES SUBSTANCES INCRUSTANTES DE LA MEMBRANE
Sphagnol
Les Mousses ne renferment jamais d'hadromal, corps si fréquent au contraire chez les Phanérogames, mais elles contiennent un phénol de même nature qui a la propriété de se colorer en un rouge magnifique, par le réactif de Mrzzon. Ce corps, que CzaPpeck (23) a nommé sphagnol, se trouve abondamment répandu chez les Sphagnum et, en général, chez les Mousses habitant les endroits humides. Doué de propriétés antiseptiques énergiques, il jouerait un rôle important dans la préservation de ces plantes contre tous les microorganismes qui pullulent dans les lieux humides où elles vivent.
Tanins
Chez les Mousses des régions sèches, surtout chez les Dicranacées, c'est une sorte de tanin, l'acide dicranumtanique, qui incruste la membrane. Sous l’action des sels ferriques, celle-ci prend une coloration noirâtre (CzAPEGKk, /. c.).
On attribue également à une substance de même nature, la coloralion brune du sclérenchyme et autres tissus lignifiés des Fougères. On sait aussi que les membranes des cellules à parois minces des écorces de quinquina, de cannelle, de chêne, de sassafras, sont brunes. Elles ne possèdent pas cette coloration à l’état frais, mais, par contre, il existe dans les cellules des acides taniques divers qui, s’oxydant facilement au contact de l'air, se transforment en des corps rouges tels que le rouge de quinquina (acide quinnotanique), le rouge de chène (acide quercitanique), etc. Ces substances, que l’on a nommées phlobaphènes, sont absorbées avec avidité par la membrane morte. Elles lui sont si intimement liées, qu'on ne peut les en extraire que très lentement par la potasse à l'alcool.
Matières colorantes La membrane cellulaire s'imprègne parfois de diverses matières colorantes encore mal connues. Ces substances se trouvent dans des parois déjà lignifiées ou subérifiées. C'est à elles que sont dus cer-
tains bois colorés si communément employés dans l'industrie. Tels sont : le bois de santal, coloré en rouge par la santaline; le bois de campèche, coloré en rouge sombre par l’hémaloæyline, qui devient violet-noirâtre par l'ammoniaque ; le bois de Fernambouc, coloré en jaunâtre par la brasiline, qui devient rouge carmin, si on y ajoute une trace d'alcali; le bois jaune du mûrier, coloré par un tanin, l’acide morintanique, et par la morine, elec.
L’aubier de ces arbres est toujours incolore ; c’est dans le cœur du bois que la matière colorante est localisée. Elle se produit aussi, dans le bois protecteur qui se forme aux endroits blessés.
Résine
La paroi cellulaire peut aussi s'infiltrer de résine. Ceci n'arrive, toutefois, que chez les plantes possédant des réservoirs à résine, et s’observe dans les vieux troncs des Conifères. Il se produit ainsi ce qu'on appelle du bois résineux. C’est là, évidemment, un signe de dépérissement et même de la mort du bois qui en est atteint. D'aiileurs, comme l'incrustation par des matières colorantes, la résinificalion se montre communément dans les tissus blessés des Conifères les plus diverses.
Chiline
Si les travaux de Wtesner et de KRrasEer laissent penser qu'il existe des malières albuminoïdes dans la membrane, les recherches plus récentes de Gizson (44) et de Winrersrein (24) ont prouvé la présence d’une matière azotée dans la membrane des champignons (Polyporus, Claviceps purpurea, Agaricus campestris). Cette substance est identique à la chitine animale et, comme celle-ci, traitée par l'acide chlorhydrique, fournit de la glucosamine. Au contact de l'iode et de l'acide sulfurique la chitine donne une teinte rose violacée qui peut la faire confondre avec la cellulose ou l'amyloïde.
Iwanorr (22), en étudiant l'Aspergillus niger, Boletus edulis, Claviceps purpurea, Bacillus megatherium, B. Anthracis, Microccocus pyogenes aureus, a pu obtenir la réaction de la chitine et en conclut à sa présence chez ces végélaux. D'ailleurs, leur membrane traitée par l'acide chlorhydrique donne de la glucosamine, comme dans les expériences de Gizson et de WiINTERSTEIN.
Matières minérales
Outre les nombreuses matières organiques incluses dans la membrane et dont il a été question jusqu'ici, la paroi cellulaire est toujours imprégnée de substances minérales : silice, oxalate ou carbonate de calcium. La plupart des membranes en sont même si abondamment pourvues, que si on les calcine avec précaution, on peut conserver leur forme intacte. L'union de ces matières minérales avec les substances organiques de la membrane paraît, d'ailleurs, très intime et l’on sait que dans les cystolithes, par exemple, les fins cristaux de carbonate de calcium sont englobés dans une trame très fine formée surtout de callose. Il est vrai qu'à côté de cela, on trouve des membranes dans lesquelles le sel minéral, qui est ici l'oxalate de calcium, au lieu d’être uniformément réparti, s'y montre enchassé sous forme de cristaux relativement volumineux. Les procédés employés pour caractériser ces matières minérales sont trop connus pour que j'aie à les décrire ici. Je me bornerai à indiquer comme réactif nouveau le vert d'anthracène en poudre, qui a permis à Manaix de déceler les incrustations d’oxalate de calcium dans la membrane des Mucorinées.
Emploi du vert d’anthracène en poudre (MANGiN) [1]
Ce produit se rencontre, dans le commerce à l’état de poudre noire insoluble dans l’eau, l'alcool, les acides, mais soluble dans les sels alcalins et surtout dans les alcalis.
Les solutions ont une belle couleur verte tant qu'elles sont fraichement préparées ; mais, au bout de deux ou trois jours, elles s'altèrent et brunissent. Aussi, ne doit-on employer que des solutions récentes, notammentdes solutions ammoniacales ; ce sont celles qui conviennent le mieux.
Pour préparer la solution, on place 10 centimètres cubes d'eau, dans un tube à essai, on y ajoute 3 à 4 centimètres cubes d'ammoniaque, puis on y introduil à peu près le volume d'un grain de blé de la matière colorante, on agite le liquide et on filtre. Ce liquide filtré est employé immédiatement ; il colore en vert les membranes incrustées d'oxalate de calcium. On s'en sert en traitant d'abord les objets à éludier par l'alcool, puis les disposant sur le porte-objet et les baignant à plusieurs reprises par quelques gouttes de la solution de vert d'anthracène. Au bout de quelques minutes de contact, on lave à l'eau distillée el on recouvre d'une lamelle couvre-objet.
(1) Le vert d'anthracène est délivré par la maison Bayer et Cie, à Élberfeld.
Dans un milieu neutre et après lavage, la teinte verte peut être conservée un certain temps. Si on humecte la préparation avec un acide, elle devient noire et peut être conservée indéfiniment.
Enfin, GENEAU DE LaMARLIÈRE (48) a reconnu, comme on l'a dit, la présence de phosphates et peut-être aussi de silicates dans les membranes lignifiées; on les caractérisera facilement par la réaction du molybdate d'ammonium, qui colore ces sels en jaune. Ilse fait, en effet, un précipité de phosphomolybdate quand on traite de celte façon un phosphate soluble. Ce précipité, traité à son tour par du chlorure stanneux abandonne de l'oxyde bleu de molybdène. On a donc, avec le chlorure d’étain,un moyen de contrôler la première réaction.
BIBLIOGRAPHIE