ORGANE DE JACOBSON
L'organe de Jacobson est un organe très-singulier qui fut découvert en 1811 par l'auteur dont le nom lui a été donné. Cet organe nous a été exposé d'une manière claire et inimitable par l'illustre Cuvier dans son rapport sur les travaux de Jacobson. Mais la description de Cuvier était encore incomplète ; Gratiolet, dans sa thèse inaugurale, en 1845, décrivit d'une manière très-complète cet organe qu'il avait étudié avec son maître de Blainville. Comme Cuvier et Jacobson, Gratiolet, dont l'ouvrage est aujourd'hui trop peu connu, le range parmi les organes des sens. J. Mul^ 1er, Bérault, Robin, partagent cette manière de voir. De plus récentes études de cet organe ont été faites par Fleischer Richard sur le développement, par Balogh sur la brebis, par Kôlliker sur l'homme.
Cet organe ne se rencontre qu'à l'état de vestige chez l'homme adulte, où Gratiolet l'a constaté le premier. Kôlliker est revenu sur cette description ; moi-même j'ai constaté sur les fosses nasales d'un
embryon de 2 centimètres l'existence d'un tube qui doit être un vestige de cet organe. Cet organe se rencontre de plus en plus développé à mesure qu'on descend dans la série des mammifères ; peu développé chez le singe, il l'est davantage chez les carnassiers, plus encore chez les solipèdes et les ruminants. Il atteint son plus grand développement chez les rongeurs. D'après Jacobson et Cuvier, les cétacés paraissent en àtre entièrement dépourvus. Il serait intéressant da savoir si les dauphins, qui, d'après les assertions de Cuvier, n'ont pas de lobes olfactifs, possèdent cet organe en quelque sorte de remplacement. Pour nous, en en faisant l'anatomie, nous avons été frappé de quelques traits de ressemblance avec l'organe olfactif des poissons, et il reste à chercher s'il n'est pas un trait d'union entre l'organe olfactif aérien et l'organe olfactif aquatique. Gratiolet pensait que cet organe n'est qu'un cornet qui se serait soudé avec le plancher des fosses nasales.
Développement. — J'ai pu étudier le développement de l'organe de Jacobson sur un embryon de chat, dont les préparations m'ont été communiquées parM.Tourneux. Les fosses nasales de cet embryon présentaient les cornets en voie de développement. L'organe était situé, comme il l'est chez l'adulte, à l'angle de réunion de la cloison médiane avec le plancher. Il consiste alors en une gouttière cartilagineuse, ouverte sur côté, qui contient dans son intérieur un tube membraneux dont la structure rappelle celle de la muqueuse des fosses nasales. Ce tube membraneux s'ouvre en avant dans une fente qui fait communique
la bouche avec le nez, et en arrière, après un assez long trajet, se termine par un groupe d'acini glandulaires, fait qui m'a frappé, car il n'existe pas encore de glandes de la muqueuse nasale. Sur l'homme, em-
Fig. 6. Fig. 7.
Développement de l'organe de
Jacobson.
Embryon de chat.